Langues régionales : Anthologie poétique en 6 « langues de France »

Aux éditions Le Bord de l’Eau, en souscription jusqu’au 31 décembre au prix de 22€  : « Par tous les chemins, florilège poétique des langues de France », un ouvrage coordonné par Norbert Paganelli et Marie-Jeanne Verny. Préface de Jean-Pierre Siméon, ex-directeur du Printemps des poètes.

« Il y a des livres possibles, des livres pourquoi pas, des livres on se demande pourquoi, et des livres nécessaires : celui-ci en est un », écrit le poète Jean-Pierre Siméon dans la préface de cet ouvrage. Et il argumente ainsi son propos: « Toute langue non conforme à la langue dominante est une terre de liberté. En outre nulle langue n’est seule : elle est toujours terre de migration, le français si profondément métissé depuis toujours, comme les autres. C’est donc une chance inestimable à mes yeux que le français cohabite en son lieu même d’usage avec d’autres langues  il me plait d’imaginer que des millions de locuteurs bilingues, voyageant chaque jour d’une langue à l’autre, apportent à la langue française des accents neufs, des mots oubliés, des syntaxes imprévues, des couleurs qu’elle avait perdues. C’est toujours la rencontre avec l’autre qui nous fait meilleur. »

Découvrir des poètes « au-delà des assignations identitaires »

L’auteur exprime ainsi en termes choisis l’intention des coordonnateurs de ce projet collectif, à l’opposé de tout enfermement identitaire : rassembler en un même ouvrage de 456 pages l’expression poétique contemporaine dans six langues de France dites « régionales », accompagnée d’une traduction française. Cette entreprise est la première du genre. En effet, s’il existe des publications associant deux langues régionales (occitan et catalan, occitan et basque, occitan et corse, par exemple), nul n’avait jusque-là entrepris de rassembler en un seul et même ouvrage la poésie contemporaine en alsacien, basque, breton, catalan, corse, occitan.

La partie « Occitan » de cette somme a été confiée à Marie-Jeanne Verny (professeur à l’université Paul-Valéry de Montpellier) : « Composer une anthologie est un exercice cruel parce qu’il est parfois vécu. autant par le lecteur que par le concepteur, comme une opération d’élimination, souligne-t-elle. Et que sa réalisation laisse toujours un goût d’inachèvement et d’injustice… Bien d’autres écrivains occitans auraient pu figurer ici ; les réalisations des maisons d’éditions en témoignent. »

La place centrale de la langue

Et l’universitaire précise : « Le choix que nous avons fait (…) nous a contrainte de laisser de côté des pans entiers d’une œuvre poétique singulièrement complexe et variée. Nous voudrions insister sur cette variété de la production poétique d’Oc des cinquante dernières années. Impossible de parler d’écoles, encore moins d’une école. Le choix de la langue d’écriture demeure le seul point commun entre ces textes. Le choix aussi, sans quasiment d’exception, de se plier à un standard graphique, qu’il soit celui de la tradition mistralienne -pour une partie des poètes provençaux- ou de la tradition graphique dite « occitane », ou encore « classique » ou encore « alibertine » (d’après le nom d’un de ses principaux normalisateurs du XXe siècle)… »

« La maquette du présent ouvrage a permis aux poètes de nous livrer des propos, souvent inédits sur leur conception de la poésie. Pour les poètes disparus, nous avons-nous-même puisé dans leur œuvre pour y trouver des « arts poétiques ». Et l’évidence nous est apparue, une fois de plus de la place de la langue chaque fois qu’il était question de poésie : langue désirée, langue que l’on voit mourir et que l’on tente désespérément de retenir, langue que l’on écrit ou que l’on chante, parce que la mort n’est jamais qu’un moment et que de la mort peut naître une autre forme de vie… »

L’universel, c’est le local,

moins les murs »

Et de souligner : « Les poètes ici rassemblés le sont d’abord pour des raisons biographiques : ce sont des poètes vivants ou décédés au XXIe siècle. Ils donnent donc un aperçu d’une production poétique abondante, qui ne tarit pas malgré les reculs de la langue parlée. Même si le lectorat demeure limité, il ne l’est relativement pas plus que le lectorat de la production poétique en langue française. »

Le dernier mot à Jean-Pierre Siméon : « Jamais ici de repli identitaire, d’idolâtrie du terroir, d’abandon à une idiosyncrasie restrictive mais, au rebours des préjugés courants, tout le contraire. Ce ne sera pas la moindre surprise du lecteur de découvrir combien les poètes rassemblés ici et qu’on nomme volontiers locaux sont, à l’inverse, des poètes de l’ouverture au monde, des individus engagés dans leur temps et, pour beaucoup, des voyageurs qui nourrissent leur imaginaire des lointains. Cela me fait songer au reste à cette magnifique formule de Manuel Torga : L’universel c’est le local moins les murs. »

Philippe MOURET

En souscription jusqu’au 31 décembre  : 22€. Puis prix de vente public à partir de janvier : 29 euros. Visualiser La table des matières sur le site de l’éditeur – paiement en ligne possible.

Pour l’Oc, les poètes présents : Max Allier, Franc Bardou, Pèire Bec, Sèrgi Bec, Jòrdi Blanc, Benedicta Bonnet, Joan-Frederic Brun, Joan-Ives Casanòva, Fèlix Castan, Estelo Ceccarini, Silvan Chabaud, Cecila Chapduelh, Michèu Courty, Joan-Pau Creissac, Jan dau Melhau, Marcela Delpastre, Miquèl Decòr, Maëla Dupon, Marc Dumas, Frederic Fijac, Joan-Claudi Forêt, Carle Galtier, Felip Gardy, Danièla Estèbe-Hoursiangou, Sèrgi Javaloyès, Danièla Julien, Joan-Peire Lacomba, Robèrt Lafont, Joan Larzac, Aurelià Lassaca, Bernat Lesfargas, Bernat Manciet, Joan-Francés Mariòt, Gui Matieu, Brigitte Miremont-Orazzio, Roland Pecout, Alan Pelhon, Joan-Maria Petit, Jaumes Privat, Andriéu Resplandin, Jan-Peire Reidi, Rosalina Ròcha, Maria Roanet, Max Roqueta, Ives Roqueta, Joan-Ives Roièr, Jan-Luc Sauvaigo, Joan-Bapista Seguin, Joan Pèire Tardieu, Didier Tousis