Face à l’échec du recyclage : “B:Bot arrive à transformer vos bouteilles d’eau en plastique en or !

Alors que l’Europe tente de réduire le recours aux plastiques dans notre vie quotidienne, dans le circuit classique de collecte et de traitement, qui coûte très cher aux Français, seulement une bouteille d’eau sur deux est, par exemple, recyclée à cause de nombreux freins. Une start-up met en place un cercle vertueux, qui, en plus, récompense le consommateur, avec des collecteurs dans les grandes surfaces préparant à la revente immédiate à l’industrie. Un millier sont prévus cette année, notamment en Occitanie. Une innovation saluée par Macron en personne.

Le plastique est une engeance. Et le plastique à usage unique est une engeance suprême. Il y a bien eu, annoncée par Macron le 3 septembre 2021 à Marseille, pour le 1er janvier 2022, la “révolution” de la fin du plastique pour les fruits et légumes, par exemple, pour éviter de les emballer sous film (37 % le sont, souvent les bio !) mais qui ne concerne encore que 30 produits et pas ceux qui sont proposés en lots de plus de 1,5 kg… Avec des exception au moins jusqu’en 2026 (Lire ci-dessous). Les cotons-tiges ? Pas encore bannis… Quant aux bouteilles en plastique, la loi aimerait en diviser par deux la production d’ici 2030.

De 1,5 million en 1950 à 350 millions de tonnes en 2018…

“Avec 3 000 à 5 000 individus en Méditerranée, la baleine est une espèce vulnérable très sensible à la pollution par métaux lourds, pesticides, plastiques..”. Photos : Renaud Dupuy de la Grandrive.

Un rapport du WWF est alarmant. Pailles, gobelets, touillettes ? L’élimination progressive des produits en plastique à usage unique pourrait potentiellement réduire la demande de plastique de 40 % d’ici à 2030, estime ainsi le WWF. L’Europe souhaite interdire d’ici 2020 huit objets de ce type. Mais lobbies et industriels essayent toujours de gagner du temps… Soit disant au nom de l’emploi et surtout des affaires… Imaginez la folle croissance de ces produits polluants qui viennent souiller et tuer faune et flore marine : 8 millions de tonnes de ces déchets terrestres viennent chaque année polluer les océans…! On est passés de 1,5 million de tonnes produites dans les années 1950 à 350 millions de tonnes en 2018…

Au moins 25 % de bouteilles en plastique recyclé en 2025

Que fait l’Europe ? Elle s’alarme. Pas question d’interdire les bouteilles en plastique, certains états-membres y sont farouchement opposés, notamment celles en PET. L’UE a toutefois fixé une règle : elles devront être fabriquées à partir d’au moins 25 % de plastiques recyclés d’ici à 2025, et 30 % d’ici à 2030 (pour toutes les bouteilles).  On verra. La directive européenne établit également un objectif de collecte de 90 % pour le recyclage des bouteilles en plastique d’ici à 2029. Mais rien ne dit que l’on va y arriver. Légiférer sur le plastique est très compliqué. Certains sont faits de polymères qui sont nombreux et très différents. Du coup, il est très difficile de faire émerger une filière de recyclage et ces objets finissent souvent enfouis ou incinérés, générant dioxines et autres polluants néfastes à notre santé et pour les écosystèmes…

Des collecteurs intelligents dans les grandes surfaces

80 bouteilles en plastique comme celle-ci, retirées de la mer ,seront utilisées pour chaque planche de surf. Photo D.-R.

Née à Rouen (Normandie), la start-up GreenBig a une solution pour ces bouteilles en matière plastique dit en PET “dont seulement une sur deux est finalement recyclée sur 17 milliards produites chaque année, après ramassage, en France”, dixit l’un de ses créateurs, Benoît Paget, ce que confirme Citeo ICI.

Son idée, née il y a quatre ans, et qui commence à faire florès partout en France et depuis peu en Occitanie ? La solution s’appelle B:Bot (“bouteille et robot”). Elle consiste à installer des collecteurs de bouteilles d’eau en PET (polytéréphtalate), de jus de fruit dans les grandes surfaces qui sont transformées in situ. Le collecteur, bardé de technologie, analyse le code-barre de chacune des 3 500 bouteilles – deux jours d’activité – qu’il peut ainsi contenir sans être vidé et les découpe ensuite façon paillettes. Une fois cette étape franchie, le volume d’origine de bouteilles est divisé par 25, une sacré économie en terme de transport et de logistique qui fait de cette solution une solution économiquement pérenne.

À peine 50 % des bouteilles recyclées habituellement…

Comment est-ce possible ? Seulement une bouteille sur deux ? D’abord, la récupération n’est pas optimale en habitats collectifs et dans les quartiers historiques où il n’y a pas forcément de locaux poubelle. Ensuite, même minoritaires, quelques mauvais élèves qui ne suivent pas les consignes en jetant leur poubelle de déchets organiques dans celle des bouteilles plastique. Ce qui rend le recyclage des bouteilles mal engagé.

bbot ​: Brune Poirson 2

Autre frein, le fameux conteneur jaune contient, certes, des bouteilles en PET mais aussi des cartons, papiers et autres emballages. Lors du ramassage, le camion-poubelle que fait-il ? “Il écrase, compacte tout cela ensemble pour gagner de la place ; cela demande trop de temps. Problème, il devient compliqué de recycler ces déchets plastique, qui ne sont pas tous de la même famille”, détaille Benoît Paget.

Faites le calcul : 17 milliards de bouteilles plastiques (eau, soda, jus) non recyclée chaque année… “Et seulement une sur deux sont recyclées et à peine 15 % sont recyclées en bouteilles…”, précise-t-il. La solution B : Bot assure que, a contrario, “100 % des bouteilles en PET sont ainsi recyclées. Si on compte en tonnes, c’est 97 %, car il faut ôter bouchons et étiquettes qui sont dans une autre matière”. 

Levée de fonds réussie de 6 M€

Forte de 30 salariés, la start-up, a réalisé 4 M€ de chiffre d’affaires (contre 700 000 € en 2020) et prévoit de le multiplier par cinq, pour atteindre 20 M€, cette année. Une croissance incroyable. Actuellement, le Crédit agricole, la Région Normandie, deux banques et deux entreprises normandes dont montés au capital. L’été dernier, un fonds d’investissement, Colam Impact et un industriel du plastique, les ont rejoints après une levée de fonds de 6 M€ pour accélérer le déploiement des collecteurs.

1 000 collecteurs seront posés d’ici à fin 2022

“On a démarré notre solution de collecte il y a un an ; nous avons déjà installé 200 collecteurs surtout depuis notre région d’origine, la Normandie. Puis, dans la région parisienne. Et on s’aperçoit maintenant que la demande est forte, y compris en Occitanie, principalement dans le Gard chez Leclerc, plus gros, et Système U, des magasins plus petits mais plus nombreux – ceux avec qui nous bossons le plus – qui y ont une densité d’implantation plus importante.”

Une forte demande en Occitanie

Le chef d’entreprise confie encore : “Nous travaillons beaucoup avec ces trois chaines d’indépendants. Carrefour va suivre. Nous prévoyons d’installer un parc de 1 000 machines à fin 2022 ; nous louons chaque collecteur 650 € par mois aux hypermarchés. Ensuite, nous récupérons les paillettes de PET. Nous agissons comme une centrale de vente pour les revendre aux industriels.” Pour être rentable, le système a besoin d’au moins 50 personnes par jour apportant 20 bouteilles chacune, soit 1 % de la clientèle d’un magasin. “Nous en espérons rapidement 10 %”Cette solution a même été testé par Macron les 2 et 3 juillet 2021 à l’Elysée lors de l’événement le Fabriqué en France (ci-dessous).

Les consommateurs récompensés

La solution permet aux consommateurs de retirer 1 centime ou 2 centimes par bouteille payés par les magasins qu’il peuvent aussi cagnotter sur leurs achats traditionnels. Les magasins apparaissent, eux, plus vertueux et polissent leur image. Benoît Paget analyse : “Il y a une tendance de fond : une prise de conscience globale de faire mieux. Eux-mêmes sont aussi distributeurs de ces bouteilles et ils ont compris qu’ils fallait qu’ils fassent passer le message d’une consommation plus responsable. Notre solution, c’est une façon de déculpabiliser le consommateur.”

Cette bouteille est tout sauf un déchet. C’est une ressource. C’est de l’or. Tout le monde en cherche”

Benoît Paget

Benoît Paget souligne : “Nous avons déjà collecté presque 20 millions de bouteilles en PET en 2021. Notre mission c’est de recycler des bouteilles pour en refaire des bouteilles et pas autre chose. Pourquoi ? Pour conserver la qualité du recyclage. Si on prend l’exemple d’une laine polaire, on peut la faire à partir de bouteilles mais on ne peut pas faire de bouteilles à partir d’une laine polaire ; en revanche, on peut recycler quatre fois la même bouteille. Pour nous, cette bouteille est tout sauf un déchet. C’est une ressource. C’est de l’or. Tout le monde en cherche. Tous les industriels souhaitent incorporer davantage de ce PET, surtout quand il est issu de bouteilles incolores – qui servent à refaire des bouteilles ou non colorées, impossible de refaire des bouteilles incolores avec des colorées – comme celles utilisées par la marque Cristalline qui domine le marché.”

“Ce PET, récupéré moins cher, sera vendu plus cher aux industriels. Là, c’est plus vertueux : c’est la revente du plastique qui paie la collecte et recyclage.” Un système qui n’existait pas avant B:Bot. Actuellement, ce sont les impôts, la redevance de plus en plus chère des agglos, qui paient une collecte et un mauvais recyclage.

“Notre philosophie, ce n’est pas le plastique ou le verre. Mais l’un et l’autre”

Et revenir au verre, cela ne solutionnerait-il pas tout ? “Eh bien non répond. Les solutions alternatives comme le verre posent d’autres problèmes, entre autres logistiques. Le verre a un impact énergétique fantastique, il faut le chauffer à 1 600 degrés, notamment, et réutiliser du verre dans une optique de redistribution nationale, cela veut dire des boucles de ramassage très courtes ; car si elle est consommée à Lille ; nettoyée à Paris et re-remplie par Coca à Marseille pour revenir à Lille, c’est une hérésie environnementale. Et une bouteille de PET recyclée, c’est une bouteille qui ne pollue pas et en plus elle se substitue à un recours au pétrole. Notre philosophie, ce n’est pas le plastique ou le verre. Mais l’un et l’autre.”

“En France, le problème, c’est la collecte”

Les tortues marines font partie des victimes de la pollution plastique dans les océans… Photo D.-R.

Âgé de 50 ans, après une école de commerce à Paris, Benoît Paget a “toujours été entrepreneur ; j’en suis à ma cinquième boîte : distributeurs automatiques de café dans les entreprises ; une autre pour faire défiler des messages publicitaires dans les salles de sports, les bars… ; des collecteurs de canettes et de gobelets financés par la pub. Ça m’a appris ce qu’est l’industrie et le marché des déchets. Il y a plein de trucs à inventer dans l’économie circulaire. L’idée lui est venue d’un constat. “Comment se fait-il qu’il y ait 17 milliards de bouteilles consommées par an, des poubelles qui débordent de nos bouteilles et des industriels qui cherchent ce plastique ?” Il ajoute : “À peu près tout est recyclable, hormis les déchets nucléaires. Le problème est donc de savoir si c’est recyclé et s’il y a assez de volume pour que ce soit économiquement viable. En France, le problème c’est la collecte.”

Les collecteurs pourront servir de consignes à l’avenir

B:Bot a un coup d’avance. Les collecteurs sont conçus pour durer “dix ou quinze ans”. On ne va donc pas penser tout de suite à leur… recyclage. Et si demain, il y a une meilleure solution de la part de l’Etat et des collectivités ? “Selon les chiffres du marché, la collecte et le recyclage classiques se sont améliorés de 15 % en dix ans.” Il y a donc de la marge. “Ce qui risque de se passer c’est que face à cela il y ait un jour une proposition de consigne sur le verre et les bouteilles plastique dans les années à venir. Si tel est le cas, notre machine est déjà conçue pour cela. On sera donc l’une des solutions le jour où il faudra déployer 25 000 machines…”

Olivier SCHLAMA

Plastique : d’autres mesures d’interdiction

Il y a l’interdiction, encore timide de l’interdiction des emballages en matière plastique découlant de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (AGEC) promulguée le 10 février 2020 et qui fixe un objectif de taux de collecte des bouteilles plastiques de boisson de 77 % en 2025 et 90 % en 2029, et confie à l’Ademe une mission d’observation de la performance de ce taux. Et entrée en vigueur ce 1er janvier 2022.

Trente fruit et légumes concernés

Des endives sous plastique… O.SC.

Trente fruits et légumes sont concernés avec des exception (2). La sortie du plastique jetable est une très longue étape fixée vers 2040 et qui a commencé par la fin des sacs gratuits en caisse en GMS en 2016. Pour arriver à supprimer plus d’un milliard d’emballages plastique inutiles chaque année. Ainsi, en théorie, finis les jouets et gadgets offerts aux enfants dans les fast-food, par exemple ; les sachets de thé ou de tisane aussi bio soient-ils… sauf s’ils a été prouvé qu’ils sont biodégradables…

Les bouteilles en plastique, encore elles, sont désormais théoriquement bannies dans les lieux recevant plus de 300 personnes. Pareil pour l’historique blister protégeant les magazines et journaux envoyés à domicile. Tout cela est encore très théorique mais a le mérite d’exister : on trouve facilement encore beaucoup de films plastique, comme les boîtes de polystyrène expansés ou des touillettes et encore des pailles.

O.SC.

(2)  Dès 2022 seront concernés :

  • Les poireaux, courgettes, aubergines, poivrons, concombres, tomates rondes, choux, choux-fleurs, courges, panais, radis, topinambours, légumes racines, pommes de terre, carottes, oignons et navets primeurs (pour ces quatre derniers légumes, ceux qui sont récoltés avant leur pleine maturité seront concernés ultérieurement) ;
  • Les pommes, poires, bananes, oranges, clémentines, kiwis, mandarines, citrons, pamplemousses, prunes, melons, ananas, mangues, fruits de la passion, kakis (sauf fruits mur à point).