Initiative solidaire : FabLabs et « makers » mobilisés pour des visières

Aux quatre coins de l’Hexagone, les imprimantes 3D tournent à plein régime. Anthony Seddiki a créé le 22 mars un premier groupe de solidarité en Île-de-France pour la fabrication de visières. Depuis, les groupes Facebook fleurissent dans chaque région de France, dont l’Occitanie.

Ils s’appellent les makers (*). Des particuliers qui confectionnent des protections pour le personnel soignant face à la pénurie de masques homologués. Tel ce groupe Facebook du 34 qui permet de mettre en relation les imprimeurs et les demandeurs de visières. Sans réelle occupation pendant le confinement, Romain Vireton est de ces « makers » qui ont rejoint bénévolement le groupe Shields VisièreSolidaire34.

Romain Vireton, un « maker » et son imprimante 3D… Photo D.-R.

« Nous aidons des gens qui sauvent des vies tous les jours, c’est beau », s’exclame le jeune homme. Près de 250 livraisons dans la région ont déjà été réalisés grâce à ce groupe. Mais ce n’est pas fini : « J’ai reçu un appel du Conseil départemental, raconte Romain Vireton. Il souhaitait équiper un maximum d’infirmière de la région, soit plus de 17 000 personnes dans l’Hérault. Je vais déjà pouvoir leur fournir un minimum de 300 visières. »

L’Université de Montpellier s’y met, le RedLab aussi

Ce groupe Facebook, Yvan Duhamel en fait aussi partie. Ingénieur spécialisé en fabrication additive, il travaille à l’université de Montpellier à la plateforme PRO3D. Autour d’une discussion avec la direction de l’université, l’idée d’utiliser les imprimantes 3D du laboratoire mécanique s’est rapidement imposée. Ainsi, la salle de classe s’est transformée en usine à visières.

Et depuis la crise, huit imprimantes tournent à plein régime pour produire une cinquantaine de porte-visières par jour. Des feuilles plastiques A4, originalement utilisées pour les rétroprojecteurs, sont perforées pour les clipser aux porte-visières sans élastique. Ces feuilles n’avaient, jusqu’à aujourd’hui, plus d’utilité : « Aujourd’hui, nous utilisons Powerpoint et plus les rétroprojecteurs », rigole l’ingénieur.

L’association RedLab (réseau Des FabLabs d’Occitanie -1-) se mobilise aussi depuis le début de la crise sanitaire, mettant à disposition ses parcs de machines,  son temps, ses fonds et son savoir-faire pour créer et distribuer des masques et des visières. L’ensemble des documentations est accessible sur le site : www.redlab.fr.

 Une visière ne remplace pas un masque

Attention, la visière n’est qu’ « une protection supplémentaire », précise Romain Vireton. Avec ses deux imprimantes 3D, le jeune maker tourne à une cinquantaine de visières par jour pour deux modèles de porte-visières différents, avec ou sans élastiques. Ces dernières « ne répondent à aucune norme ou certification précises, mais permettent d’aider un maximum de gens à se protéger », insiste-t-il. Récemment, une livraison d’une quinzaine de visières pour l’hôpital de Sète a été effectuée. « Le médecin doit encore valider le modèle, les hôpitaux se doivent d’être exigeants, c’est normal », rapporte le jeune homme.

Une infirmière vient récupérer les visières d’un groupe de makers… Photo D.-R.

Yvan Duhamel, lui, réfléchissait déjà depuis la deuxième semaine de confinement. Un coup d’œil sur internet pour regarder ce qui avait déjà été fait ne le satisfaisait pas. Le cerveau en ébullition, un porte-visière sans élastique et un masque respiratoire furent dessinés en une semaine. Le masque n’a pas été validé par le CHU de Montpellier. « Nous n’avons aucune idée de l’efficacité réelle. Il était normal de ne pas prendre le risque de donner ce masque à quelqu’un », reconnaît l’ingénieur.

De son côté, le FabLab de Nîmes a pu faire valider un modèle de visière par le CHU de Nîmes. En quelques jours le Gard pouvait fournir 300 visières, la Haute-Garonne 500 ! Le FabLab du Grand Narbonne également s’est lancé dans la production…

Pour éviter la transmission, la visière permet d’éviter de porter la main au visage après avoir touché une surface contaminée par le virus ou d’être en contact direct avec les gouttelettes respiratoires produites par une personne infectée. « La visière descend vraiment en dessous du menton et protège des projections directes », développe-t-il. Un objet devenu indispensable qu’Yvan Duhamel utilise même pour manipuler ceux qu’il fabrique, dans le même but.

Des stocks suffisants… pour l’instant

La mairie de Sète et la métropole « nous ont donné un gros coup de pouce en livrant 600kg de feuilles », rapporte Romain Vireton. Une entreprise a aussi fait don de 60 kilos de filament au groupe, et « je galère un peu à l’imprimer », confesse-t-il en rigolant. A l’université de Montpellier, Yvan Duhamel est rassurant sur ses stocks. Avant que les cours soient suspendus, ceux-ci étaient basés justement sur les porte-visières. « Nous avons ainsi pas mal de stock et beaucoup font de dons de leurs feuilles », rassure-t-il.

Avec ces différents réseaux d’intervention, plus de 4 000 visières ont déjà été fabriquées et livrées en Occitanie. Pour rejoindre le groupe de makers ou faire une commande de visière, il suffit de passer par le formulaire du groupe Facebook ou sur le site du RedLab. Chaque maker a accès à un tableau de livraison, où chacun tente de prendre des commandes proches de chez lui.

Marie-Amelie MASSON

(*) La culture maker est une culture contemporaine constituant une branche de la culture Do it yourself tournée vers la technologie et la création en groupe. La communauté des makers apprécie de prendre part à des projets orientés ingénierie.
-1- FabLabs : Pour les contacter : http://redlab.fr/demande-de-protections/ 
RedLab lance aussi un appel aux dons pour acheter ou récupérer les matières premières qui permettront de continuer à produire les solutions indispensables aujourd’hui et demain : https://frama.link/je-soutiens-redlab

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