Il s’agit d’une extension de méta-cognition à installer sur l’application d’intelligence artificielle dans son smartphone. Où l’IA corrige même l’IA dans le cadre d’une interaction avec l’étudiant ! Le but : se réapproprier la phase de réflexion. Explications avec Nicoleta-Roxana Arpasanu-Susoi, étudiante en psychologie à l’université Paul-Valéry, à Montpellier, et Fabien Cayla, professeur de maths et d’informatique.
L’IA est partout. Son mésusage aussi. Le pape Léon XIV en est arrivé à appeler à “désarmer l’intelligence artificielle” alors que le “pouvoir technologique prend un visage inédit”. La Banque des Territoires et Mistral AI viennent de lancer un programme souverain pour 100 000 agents publics mais que pour eux… Au final, l’IA qui ne réduit pas forcément les besoins, les déplace et grippe notre intellect… Mais rien, ou si peu, pour bien remplir les têtes de nos étudiants avant leur passage dans la vie active. Qui sont nombreux à ne pas résister à la paresse intellectuelle et donc à appauvrir les mécanismes de la réflexion.
Des étudiants de l’université Paul-Valéry de Montpellier en ont, quant à eux, eu conscience et ont bien réfléchi, proposant une solution, sous la forme d’un programme à installer sur votre IA préférée, de Claude à ChatGPT ou Gemini. Une sorte de tableau de bord. Pour l’instant, c’est à l’état de projet qui a été retenu par l’Inria, Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique, dans le cadre d’un concours international destiné aux étudiants.
Si vous utilisez votre GPS en permanence, vous serez moins bon pour vous orienter. Si vous utilisez l’IA pour remplacer votre réflexion, il y a fort à penser que vous perdrez en qualité de réflexion
On est dans la pédagogie, pas l’éthique. “Un étudiant qui copie-collerait un résultat de l’IA sans travailler soi-même son sujet aurait avec cette extension des indicateurs de mauvaise performance, explique Fabien Cayla, professeur de maths et d’informatique à l’université Paul-Valéry de Montpellier qui encadre ce projet. Si vous utilisez votre GPS en permanence, formule-t-il, vous serez moins bon pour vous orienter. Si vous utilisez l’IA pour remplacer votre réflexion, il y a fort à penser que vous perdrez en qualité de réflexion.” Compliqué de dire aux étudiants de ne pas mal pratiquer. “Le tableau de bord, justement, les responsabilise. La démarche est très intéressante. Elle n’est pas dans un but répressif mais dans un but de rendre l’étudiant autonome sur ce sujet.” Et le responsabiliser.
Un tableau de bord pour des “recommandations concrètes”

Après plusieurs phases de pré-sélection, des étudiants de l’université Paul-Valéry de Montpellier sont arrivés en finale (1). Directeur enseignant, Fabien Cayla explique que désormais, ce projet est soumis au vote du public : il s’agit de créer un dashboard, un tableau de bord, pour guider l’étudiant, vers de bonnes pratiques d’utilisation de l’IA. Avec des indicateurs pour lui donner le niveau de pratique. Un niveau bon ou pas pour lui. Il s’appelle : Résister à la paresse cognitive : Un tableau de bord pour rendre l’utilisation de l’IA visible et transformer la pensée critique. L’Inria va ensuite recueillir les idées des étudiants pour en faire quelque chose. “Ce défi invite les étudiants à dépasser le simple débat d’opinion autour de l’intelligence artificielle afin de proposer des recommandations concrètes face aux enjeux sociaux, éducatifs et éthiques liés à ces technologies.”
Ce que l’on propose, c’est qu’une interaction ait lieu avec le dashboard pour déclencher la phase d’apprentissage derrière”

Étudiante en psychologie et cheville ouvrière du projet, Nicoleta-Roxana Arpasanu-Susoi développe l’idée qui permet d’agir comme une sorte de rattrapage cognitif pour des étudiants, nés avec l’IA, qui n’auraient pas eu le cerveau “formé” à la réflexion comme leurs aînés : “Ce sera une extension pour ChatGPT, Gemini, etc., à télécharger qui sera disponible sur le smartphone et c’est la personne qui la déclenchera volontairement au début de la conversation. Un tableau de bord apparaîtra sur demande. On y déversera les textes produits par l’IA consultée et que l’ont veut résumer ou synthétiser. Habituellement, l’utilisateur fait un copié-coller. Ce que l’on propose, c’est qu’une interaction ait lieu pour déclencher la phase d’apprentissage derrière.” C’est là que le tableau de bord intervient. Jusqu’à dire que “le résumé est copié par exemple ; qu’il n’y a pas de réflexion derrière ; que la réponse est trop automatisée…” Où l’IA corrige l’IA !
Le professeur va pouvoir évaluer notre tableau de bord et l’université qui va jouer un rôle actif dans la formation et des usages critiques de l’IA”
Mais au final n’est-ce pas le rôle de la communauté enseignante d’éduquer les étudiants à l’IA ? Pourquoi n’y a-t-il pas une “matière” IA à l’université ? “Qu’il y ait des micro-formations pour donner du recul, oui mais c’est souvent lié à la matière dans laquelle on travaille, répond Fabien Cayla. Je suis enseignant en maths et informatique. Ce n’est pas la même façon d’appréhender pour un enseignement de langue ou de géographie.”

Nicoleta-Roxana Arpasanu-Susoi intervient : “Nous sommes dans une relation à trois. Le professeur va pouvoir évaluer notre tableau de bord et l’université qui va jouer un rôle actif dans la formation et des usages critiques de l’IA. Cette extension pourra s’intégrer à des panels de formations dans lesquelles les étudiants détecteront avec plus de facilité les “hallucinations” ou les erreurs.”
Si on ne fait rien, que restera-t-il à l’être humain ? Nous perdrons nos capacités cognitives. Sans parler des féroces pertes d’emplois, notamment dans les professions intellectuelles ? “On parle partout et tout de le temps de la manière où les étudiants utilisent l’IA mais on leur donne rarement la parole. Là, à travers ce défi, on leur a demandé de faire des propositions sur la façon d’appréhender l’IA”, souligne Fabien Cayla. D’avoir assez de recul pour que cela reste un outil. Sans déshumaniser.
Olivier SCHLAMA
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L’équipe réunit Nicoleta-Roxana Arpasanu-Susoi, étudiante en master 2 Psychologie ; Josela Aramburu, étudiante en master 2 Information-Communication ; Anthony Miranda, étudiant en licence 3 MIASHS. Et l’équipe pédagogique référente de l’IA Grand Challenge à l’Université de Montpellier Paul-Valéry est composée de Fabien Cayla, Isabeau Chabanon, Sarah Labelle, Lise Roy et Julien Vidal, avec le soutien de l’Atelier, service d’appui à la pédagogie.