Emploi : Quand l’intérim recrute en « job truck »

Job Truck intérim Dans mon camion, je fais tout de A à Z. Je prospecte les offres, parfois auprès carrément de Pôle emploi ; je mobilise plusieurs acteurs spécialisés comme les Mission locales ; les associations spécialisées comme Face Hérault.. Photo : DR.

Un nouveau concept d’agence d’intérim, le job truck, sillonne les communes isolées pour recruter les chômeurs directement chez eux. Sans chichi et en toute confidentialité. Exemple dans l’Hérault avec Laure Morgant qui vient de créer ce service, notamment autour du bassin de Thau, et dans l’ex-Midi-Pyrénées avec le groupe Oxygène.

Enchanté, l’artisan. « Je lui ai dit ce que je voulais, un manœuvre et un maçon. Dans la journée, elle les avait trouvés. On s’est tous ensemble donné rendez-vous devant le chantier pour signer les contrats d’intérim de trois semaines. Et ils ont commencé à bosser tout de suite. C’est formidable. C’est un concept pratique que je recommande. »

Jusqu’alors, le Poussanais Marc Rouanet, qui construit des maisons individuelles, avait ses habitudes dans une agence d’intérim à Sète. Il n’a pas hésité à faire confiance à Laure Morgant, 33 ans, et son drôle de concept d’agence intérim mobile (qui propose aussi des CDD et des CDI) grâce auquel il n’y a « aucune perte de temps ! Pas besoin d’arrêter de travailler une demi-journée pour aller à une agence ».

Dans mon camion, je fais tout de A à Z. Je prospecte les offres d’emploi, parfois auprès carrément de Pôle emploi ; je mobilise plusieurs acteurs spécialisés comme les Mission locales ; les associations spécialisées comme Face Hérault… »

Laure Morgant qui lance un job truck depuis le bassin de Thau.

Job Truck intérimLa dynamique Laure Morgant a déjà bien roulé sa bosse. Consultante en formation à l’école de commerce de Montpellier, après sept ans dans le groupe Adecco. Depuis deux mois, elle participe au lancement de ce concept, « méconnu », qui devrait faire florès. « J’ai créé une SAS en avril, qui est elle-même filiale d’une holding basée à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), Advance Emploi, et qui chapeaute trois autres Job Trucks à Avignon, Arles et Brignoles. Moi, étant basée à Poussan, je sillonne le Bassin de Thau mais aussi tout l’Hérault et le Gard. »

La maison-mère qui possède aussi deux agences classiques mise avant tout sur cette création de proximité. « Dans mon camion, je fais tout de A à Z. Je prospecte les offres, parfois auprès carrément de Pôle emploi ; je mobilise plusieurs acteurs spécialisés comme les Mission locales ; les associations spécialisées comme Face Hérault ; je participe à des forums, etc. »

Elle ajoute : « Il y a aussi le « ciblage », le développement commercial, l’établissement des fiches de poste et la qualification du besoin de recrutement avec mes clients, la rédaction et la diffusion des annonces, mise en place de partenariats avec les acteurs de l’emploi (Pôle emploi, Face Hérault, Mission locale des jeunes, Altédia, Afpa…), sourcing et recherche de candidats, rencontres (dans le camion) des candidats, proposition des candidats aux entreprises, établissement des contrats de travail, suivi des missions, rédaction des paies, facturation… »

C’est un concept très agile où l’humain joue une grande place. Le candidat, parfois chômeur de longue durée, n’a pas besoin de prendre sa voiture – ou chercher un autre moyen de transport – pour aller passer un hypothétique entretien pour un emploi… »

La nouvelle chef d’entreprise a déjà placé « cinq personnes », notamment dans le BTP et l’aéronautique, notamment à Frontignan. La prochaine étape sera de mettre en place « des tournées régulières » dans certaines communes partenaires. « Le camion est tout équipé, y compris pour rédiger les contrats. Le Job Truck représente pour moi la Liberté. Le télétravail par excellence ! » Pour se rémunérer, Laure Morgant facture ses prestations.

Job Truck intérim« Nous sommes tous des anciens de la société Adecco, où j’ai travaillé personnellement sept ans », explique Laure Morgant, née à Brest, qui a eu une formation classique, notamment en lettres supérieures (khâgne) suivies d’une école de commerce à Marseille. « Nous proposons les mêmes offres que les traditionnelles agences d’intérim à la différence près que nous nous déplaçons même au domicile des candidats, même si c’est dans un village isolé, décrypte la jeune femme. C’est un concept très agile où l’humain joue une grande place. Le candidat, parfois chômeur de longue durée, n’a pas besoin de prendre sa voiture – ou chercher un autre moyen de transport – pour aller passer un hypothétique entretien. Je ne demande pas forcément de CV avant le rendez-vous. Il est reconnu à sa juste valeur. C’est un recrutement sans chichi.«  A l’ancienne. Un vrai confort pour les demandeurs d’emplois démarchés dans cette proximité.

On estime que ce sont entre trois et six personnes qui sont recrutées à chaque permanence de notre job truck, une vingtaine d’emplois par mois. »

Christophe Pontens, patron du groupe Oxygène

Bien sûr les métiers dits « en tension », où l’on ne trouve pas forcément de candidats forment le gros du bataillon des offres proposées, ceux du bâtiment et des travaux publics, l’hôtellerie-restauration, plombiers, chauffagistes, etc. « La plupart sont des emplois pas forcément qualifiés mais demandés. »

Christophe Pontens patron d'Oxygene interim
Christophe Pontens. Ph. DR.

Laure Morgant peut voir l’avenir en rose. A quelques centaines de kilomètres de là, en ex-Midi-Pyrénées, un autre Job Truck, lancé sur les routes depuis 18 mois, s’arrache. Christophe Pontens, patron du groupe Oxygène intérim (22 agences, 1 000 salariés) a concrétisé cette idée d’agence de recrutement mobile, née d’une idée lancée fin 2016 lors d’un séminaire en Andorre. Bien lui en a pris. « Difficile de dire combien de personnes nous avons fait embaucher par le job truck. Car certains sont aussi recrutés après son passage. Mais on estime que ce sont entre trois et six personnes qui sont recrutées à chaque permanence, une vingtaine par mois. » C’est une telle réussite que Christophe Pontens va lancer un second camion !

Oxygene interim job truck
Le job truck sillonnent les communes isolées éloignées des bassins d’emplois traditionnels. Ph. DR.

« Quant aux postes pour lesquels nous recrutons, principalement dans le secteur du BTP (maçons, plaquistes, plombiers, électriciens, etc.), du médical (aides-soignants, infirmiers), du transport et de la logistique (chauffeurs, préparateurs de commande, etc.), ainsi que dans l’industrie (tous métiers qualifiés) et de la grande distribution (employés de rayons, chefs de rayon, etc.) », détaille le patron du groupe Oxygène, ajoutant : « Tous ces postes s’adressent à des hommes et des femmes, pour tous les âges. »

Les gens aiment ce concept également parce qu’il y sont assurés d’une totale confidentialité (…) En agence, il faut expliquer devant tout le monde ses accidents de la vie, pourquoi on a perdu son emploi. »

Au départ, ce job truck devait juste être « un outil de com pour aider les maires, pour leurs administrés. Puis, finalement, c’est devenu un outil réel de recrutement dans des zones éloignées, comme les Monts de Lacaune, à 40 kilomètres de la première agence d’intérim la plus proche, à Castres. On va aussi en Aveyron. A Saint-Affrique. Lourdes. Dans des communes éloignées des bassins d’emplois traditionnels. Les gens aiment ce concept également parce qu’il y sont assurés d’une totale confidentialité. L’entretien est individuel et personne d’autre que le conseiller de vous entend. En agence, il faut expliquer devant tout le monde ses accidents de la vie, pourquoi on a perdu son emploi. »

Le groupe Oxygène a poussé son système de recrutement en proposant une application qui vous géolocalise. Christophe Pontens confie : « Cela peut être étonnant au premier abord mais 20 % des candidats nous arrivent via Instagram. Ce sont des jeunes très connectés et qui sont contents de notre service puisque le taux de rotation sur un poste est très faible. »

Olivier SCHLAMA

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