À Montpellier une campagne-test a été menée par Addictions France, association reconnue d’utilité publique. Les résultats sont préoccupants : contrairement à la loi, l’alcool est de fait en accès libre pour les mineurs. La préfecture menace les points de vente concernés de fermeture administrative si cela se répète.
Tout commence par une campagne d’achats-test menée à l’été 2026 par l’association reconnue d’utilité publique Addictions France. Conclusion sans appel : pas moins de “79 % des bars, épiceries et commerces de moyenne et grande distribution testés à Montpellier ont vendu de l’alcool à un mineur”. Une vente illégale. Lors de cette évaluation du respect de l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs, sur les 33 établissements testés, 26 ont effectivement vendu de l’alcool à des clients mystères mineurs (1). “Tous les types de débits de boissons sont concernés.” Ce constat est à mettre en relation avec l’acceptabilité de l’alcool dans la société ; “l’initiation” commençant en moyenne à 14 ans en famille.
Montpellier : en cas de réitération, 26 établissements risqueraient une fermeture administrative

La préfecture de l’Hérault appelle “l’ensemble des professionnels à appliquer la réglementation et à former leurs équipes grâce à un module de sensibilisation gratuit”. Sinon… “Face aux résultats de cette campagne, la préfète Chantal Mauchet, met en garde les 26 établissements de Montpellier ne respectant pas l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs et indique que ces derniers seront particulièrement suivis au cours des prochaines semaines. La représentante de l’Etat rappelle que le non-respect de cette réglementation expose le débit de boissons à un avertissement et, en situation de réitération, à une fermeture administrative.” Rien de moins.
L’ensemble des établissements testés vont par ailleurs “recevoir un courrier d’Addictions France, qu’ils aient vendu ou refusé de vendre de l’alcool aux clients mystères mineurs. Cette démarche vise à rappeler les obligations légales applicables à tous les débits de boissons, à valoriser les bonnes pratiques observées et à sensibiliser l’ensemble des professionnels à leur rôle dans la protection des mineurs”.
Un seul s’appuie sur un justificatif d’identité

Addictions France propose d’ailleurs un module en ligne gratuit de sensibilisation (15 minutes) destiné aux gérants, salariés, saisonniers et bénévoles des débits de boissons pour prévenir efficacement la vente d’alcool aux mineurs en adoptant des réflexes simples. La préfecture de l’Hérault encourage l’ensemble des professionnels du département à s’en saisir.
Un an après la publication de son rapport L’alcool en accès libre pour les ados, et des années de mobilisation Addictions France tire donc une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Encore une fois, la vérification de l’âge est “presque inexistante” ; sur les 7 refus de vente enregistrés (21 %), 6 reposent sur une simple appréciation à l’oral de l’âge du client, précise l’association. Un seul, dans un supermarché, s’appuie sur la présentation d’un justificatif d’identité, comme l’exige pourtant la réglementation.
Chiffre d’affaires prime sur la protection des mineurs

Il peut donc être estimé que, si les clients mystères avaient cherché à dissimuler leur âge réel, seul cet unique établissement aurait donc véritablement fait obstacle à la vente d’alcool. Un cas a également été relevé où une épicerie, tout en refusant la vente, a suggéré au client mystère de demander à un adulte dans la rue d’acheter l’alcool à sa place. “Un constat alarmant qui démontre que, pour certains, le chiffre d’affaires prime encore sur la protection des mineurs.”
Ce n’est pas tout. L’association met en relief un affichage obligatoire trop souvent défaillant. Or, la réglementation impose à tous les débits de boissons d’afficher de manière visible l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs. Or, 64% des établissements montpelliérains testés présentent une anomalie d’affichage, soit parce que le panneau est absent, soit parce qu’il n’est pas conforme aux exigences réglementaires. “Seuls 36% des établissements respectent pleinement cette obligation légale.”
Coût social considérable
En outre, la consommation d’alcool en France engendre un coût social
considérable, estimé à 102 milliards d’euros par an (OFDT, 2019). Ce fardeau
économique inclut non seulement les dépenses de santé liées aux
pathologies provoquées ou aggravées par l’alcool (cancers, maladies du foie,
troubles cognitifs, accidents de la route), mais également une mobilisation
accrue des services d’urgence, ainsi que de lourdes conséquences sociales et
économiques.
Olivier SCHLAMA
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(1) Bars et cafés : 11 établissements sur 12 ont vendu de l’alcool à un mineur (92 %). Épiceries : 7 sur 8 (88 %). Moyenne et grande distribution (hypermarchés, supermarchés, supérettes) : 8 sur 13 (62 %).
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Les communes rurales, en particulier celles de moins de 2 000 habitants, enregistrent des taux de consommation significativement plus élevés que les grandes agglomérations de plus de 200 000 habitants.
La piste de l’amende forfaitaire
L’amende forfaitaire est-elle délictuelle, une piste intéressante ? Depuis le 7 avril 2025, la vente d’alcool aux mineurs peut faire l’objet d’une amende forfaitaire délictuelle (AFD) de 300 euros, dans le cadre d’un élargissement du dispositif à de nouveaux “petits” délits. Présentée par le gouvernement comme un outil visant à désengorger les tribunaux tout en renforçant l’efficacité de la réponse pénale, ce dispositif, déjà appliqué à d’autres infractions comme l’usage de cannabis, l’occupation illicite de terrain ou encore le vol à l’étalage soulève néanmoins plusieurs interrogations lorsqu’elle est appliquée à la vente d’alcool aux mineurs.
Amende de 300 €
De quoi sanctionner plus systématiquement un délit encore trop rarement poursuivi. Toutefois, plusieurs limites en réduisent la portée concrète. D’abord, le montant de l’amende – 300 euros ou 600 euros en cas de majoration – apparaît largement symbolique au regard des 7 500 euros d’amende maximum prévus par le Code de la santé publique. Cette différence considérable risque d’atténuer la portée dissuasive de la sanction, en particulier pour les grandes enseignes ou les commerces réalisant un chiffre d’affaires important.
Pas en cas de récidive

Par ailleurs, le champ d’application de cette amende reste restreint. Elle ne peut pas être utilisée en cas de récidive, de cumul d’infractions, de procédure judiciaire déjà engagée ou nécessitant une enquête approfondie. Cela limite d’autant les cas dans lesquels elle peut être effectivement mobilisée. Les conclusions de l’expérimentation menée par les différents commissariats pilotes permettront d’évaluer l’efficacité réelle du dispositif, d’en identifier les limites et, le cas échéant, d’ajuster les moyens déployés pour renforcer la lutte contre ce type d’infraction.