Dans le cadre de l’année internationale de l’élevage pastoral décrétée par l’ONU, cette pratique qui a façonné les paysages est à l’honneur, notamment dans le Parc national. Un programme complet a été établi pour ce week-end. L’occasion aussi de parler d’avenir comme un récent rapport sénatorial l’a pointé.
Ce n’est pas une simple fête agricole. C’est une triple journée où l’on prend racines. L’événement est porté par l’Entente interdépartementale des Causses et Cévennes et le Parc national des Cévennes, basé à Florac (Lozère). Le but : montrer la réalité actuelle de l’élevage pastoral, ses métiers, ses savoir-faire, ses productions. Sans oublier ses difficultés. C’est l’essence même de ce coin d’Occitanie qui a permis grâce à l’agropastoralisme son classement à l’Unesco en 2011 ! Un événement exceptionnel pour une année qui l’est tout autant.
“Une vitrine et aussi l’occasion de parler de l’avenir”

Ce que confirme le délégué territorial du parc (zone massif Causses Gorges), Richard Scherrer qui s’occupe de ce label sur le terrain et de la réserve de ciel étoilé. “Nous avons voulu créer un gros temps fort sur trois jours. Pour que ce soit à la fois une vitrine certes mais aussi l’occasion de parler de l’avenir. Ce n’est pas un événement seulement touristique. Il y aura bien sûr un marché de producteurs mais aussi des tables rondes ; des débats ; des démonstrations ; des éleveurs seront présents… On y parlera des sujets d’actualité avec un débat sur filières et prédations et les revenus et installation. Et on a fait venir un climatologue pour parler changement climatique et pastoralisme.” Lire ci-dessous.
En Cévennes, le pastoralisme se porte plutôt bien
Il dit à propos du pastoralisme qu’il “se porte plutôt bien, au regard des chiffres actuels. Le nombre de moutons et d’exploitations est stable : on compte 1 400 exploitations agricoles, essentiellement de l’élevage et 2 000 emplois. Et 167 000 animaux d’élevage dont 140 000 brebis, 8 500 bovins et 8 500 caprins”. Enfin, précise-t-il, “80 % de la surface agricole utile est pastorale.”
Autre donnée, les professionnels s’en sortent bien aussi parce que sur ce territoire, plusieurs viandes (brebis et Aubrac) et fromages bénéficient de labels de qualité, ce qui permet de vendre des produits plus cher et réserve un revenu plus intéressant aux éleveurs. Une partie du territoire est en zone Roquefort dans la partie Aveyron et Lozère du parc ; il y aussi le Pélardon, plutôt dans les Cévennes.
Année internationale de l’élevage pastoral

L’événement s’inscrit dans une année particulière : l’Organisation des Nations unies a désigné 2026 comme l’année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux.
Cette reconnaissance internationale constitue une occasion exceptionnelle de mettre en lumière les femmes et les hommes qui vivent de l’élevage pastoral et de rappeler l’importance de leurs activités. Dans les Causses et les Cévennes, cette année prend une résonance particulière. Ailleurs en France et en Occitanie, aussi : une carte participative très utile des événements liés à cette grande fête du pastoralisme est accessible ICI. Causses & Cévennes y ont la part belle (lire ci-dessous).
Découvrir des métiers et des produits issus d’un savoir-faire unique ; échanger avec tous ces acteurs (éleveurs, bergers, associations, entreprises…) Et comprendre tous les enjeux. L’objectif est simple : faire mieux connaître et apprécier le pastoralisme qui façonne depuis des millénaires les paysages des Causses et des Cévennes, “nourrit les territoires, entretient les milieux ouverts et participe à la richesse de leur biodiversité”.
Potentiel économique : 8,5 milliards d’euros et 10 milliards d’euros de services non marchands
“Bien qu’issu de traditions ancestrales, le pastoralisme est un modèle d’élevage de premier plan dans le paysage agricole français”, rappelle un rapport récent du Sénat, du 3 juin dernier, Le pastoralisme : un modèle d’élevage d’avenir.

C’est une pratique et une façon de vivre le paysage : 20 % du territoire national est couvert par des prairies ; 27 millions de ruminants s’y nourrissent, permettant à 35 000 exploitations de vivre. Quant au potentiel économique annuel des exploitations agropastorales, il représente 8,5 milliards d’euros.
Au-delà de l’image d’Épinal du berger en transhumance, le pastoralisme, qui renvoie à l’alimentation du bétail par le pâturage de ressources fourragères spontanées, concerne 18 % des élevages d’herbivores français qui utilisent des parcours et 35 000 exploitations de type pastoral extensif. Son potentiel économique est estimé à 8,5 milliards d’euros auxquels s’ajoutent 10 milliards d’euros de services non marchands. Or, le pastoralisme fait face à de nombreux défis auxquels fait face le pastoralisme, qui pèsent sur la rentabilité économique des exploitations : morcellement du foncier, impact du changement climatique, pression de la prédation, multiplication des conflits d’usage, etc.
Plus de 80 % des surfaces agricoles ont une vocation pastorale
Le pastoralisme, qui prône des pratiques extensives utilisant peu d’intrants, dispose pourtant de nombreux atouts. Des solutions se dessinent pour envisager plus sereinement son avenir : lever les contraintes qui pèsent sur le pastoralisme, d’une part, et renforcer la valorisation des produits et services qu’il rend, d’autre part lire ci-dessous).

Pendant ces trois jours, habitants, professionnels, familles et visiteurs sont invités à découvrir les métiers, les produits et les savoir-faire du pastoralisme, à échanger directement avec ses acteurs et à mieux comprendre les réalités et les enjeux auxquels ils sont aujourd’hui confrontés. Derrière cela, l’enjeu est considérable : dans le Parc national, plus de 80 % des surfaces agricoles ont une vocation pastorale.
Véritable système de vie et de production, fondé sur l’utilisation des parcours et sur une relation étroite entre éleveurs, animaux, milieux naturels et territoires
La programmation se veut volontairement ouverte, pédagogique et accessible à tous : expositions, marché de producteurs, démonstrations, conférences, tables rondes, projections de films, ateliers pour les enfants, rencontres avec les professionnels, spectacles et visites de fermes. Toutes les animations sont gratuites (lire ci-dessous).
Le pastoralisme ne se résume pas à la présence de troupeaux dans les paysages.
Il constitue un véritable système de vie et de production, fondé sur l’utilisation des parcours et sur une relation étroite entre les éleveurs, les animaux, les milieux naturels et les territoires. Dans les Causses et les Cévennes, cette relation entre l’homme, l’animal et le paysage est ancienne de plusieurs millénaires. Elle a profondément façonné les paysages de plateaux, de vallées et de montagnes qui constituent aujourd’hui l’identité du territoire.
L’agropastoralisme contribue notamment à la vitalité économique et sociale des espaces ruraux, au maintien des milieux ouverts, à la préservation d’une biodiversité remarquable et à l’entretien des paysages.
Olivier SCHLAMA
Et aussi en Occitanie : même.. Cyclo-interprétation sur l’agropastoralisme !
D’autres lieux en ont fait ou en font un temps fort : à Tarbes, par exemple ; on peut aussi suivre des webinaires à Toulouse ou Montpellier ; voir un film : Etre(s) Vivants Interroger nos liens avec projection du film Etre (s) vivants suivie d’échanges. RDV le 29 novembre à 16h30 à la salle du cinéma, place de la mairie à Saint-Martin-de-Londres. Evènement gratuit dans le cadre du Festival AlimenTerre. Mais aussi une semaine autour du pastoralisme à Nîmes le 9 novembre.
Jusqu’au cirque de Navacelles

Et même des initiatives sympa comme une Cyclo-interprétation sur l’agropastoralisme. Il s’agit d’enfourchez son vélo pour une cyclo-interprétation des paysages du causse de Blandas, aux portes du Cirque de Navacelles ! David, agronome et moniteur vélo, vous emmènera à la découverte de ce territoire façonné depuis des siècles par l’agriculture et le pastoralisme. Au fil d’une boucle d’environ 25 km, la balade sera ponctuée d’arrêts thématiques pour lire les paysages et comprendre les liens entre pratiques agricoles, biodiversité et patrimoine caussenard. Et parce que le terroir se découvre aussi par les papilles, la sortie sera ponctuée d’une dégustation de produits locaux et de la rencontre d’agriculteurs qui les produisent. Attention, places limitées !
Pastoralisme aujourd’hui : accès à l’eau, conflits d’usage, prédation…
La loi pastorale du 3 janvier 1972 a contribué à la reconnaissance et à l’encadrement des pratiques d’élevage pastoral en créant de précieux outils de gestion collective : les associations foncières pastorales (AFP), les groupements pastoraux (GP) et les conventions pluriannuelles de pâturage (CPP).
Ces outils ne sont toutefois pas suffisamment utilisés et mériteraient d’être soutenus et modernisés pour lutter efficacement contre le morcellement du foncier, voire la précarisation foncière dans un contexte de concurrence accrue pour l’usage des terres (habitations, tourisme, chasse, etc.)
“Il apparaît donc urgent de favoriser le développement d’ouvrages de stockage de l’eau”
Les difficultés d’accès à l’eau sont par ailleurs aggravées par ce phénomène et par le changement climatique. Or, un accès sûr à l’eau est indispensable pour l’abreuvement. Certains bergers se font déjà acheminer de l’eau par camions-citernes ou tracteurs.
“Il apparaît donc urgent de favoriser le développement d’ouvrages de stockage de l’eau” adaptés aux besoins des activités pastorales en montagne. Les rapporteurs soutiennent en particulier les dispositions favorisant les retenues collinaires multi-usages, y compris pour l’abreuvement, en excluant le recours au pompage dans les nappes inertielles.
Multiplication des conflits d’usage
Enfin, les conflits d’usage se multiplient. Les éleveurs entendus par la mission rapportent ainsi une augmentation des incivilités et les tensions croissantes avec les touristes et les randonneurs du fait d’une sur-fréquentation de certains chemins de randonnée qui perturbe les animaux. Le développement du tourisme de montagne incite aujourd’hui à réfléchir à l’amélioration de la conciliation des usages en montagne pour faire en sorte que le pastoralisme ne soit pas une victime collatérale du développement de ces activités.
“La prédation est une menace existentielle pour le pastoralisme”
Ce n’est pas tout. Le montant des aides consacrées à la protection des troupeaux en 2025 n’est pas roupie de sansonnet : 42,78 M€. Dans ce même rapport sénatorial, les éleveurs entendus par les rapporteurs ont exprimé un véritable cri de détresse : la pression de la prédation menace l’avenir du pastoralisme. Au-delà de l’impact financier non négligeable pour l’État – qui indemnise les attaques et cofinance les moyens de protection – et les éleveurs, l’impact psychologique de la prédation est majeur. De nombreux éleveurs décrivent ainsi un sentiment d’angoisse, du surmenage, voire des états dépressifs liés à la menace permanente d’une attaque de loup. “La prédation est une menace existentielle pour le pastoralisme”, ont exprimé Jean-Marc Boyer, Yves Bleunven et Lucien Stanzione, rapporteurs
Le programme du week-end à Florac

Vendredi 25 septembre : 18 h : ouverture officielle, sur le parvis de La Genette Verte. Puis, de 19 h à 20 h, au parc Arnal, spectacle Élevage par Les Animaux de la Compagnie.
Le spectacle raconte la ferme de Jacques, qui a brûlé, et les animaux cherchent des solutions. Théâtre, danse, musique, chants, farine, paysage et orages sont mêlés dans une fable consacrée aux transformations du monde rural. Spectacle gratuit.
Samedi 26 septembre : c’est clairement la journée centrale : 9 h – 12 h 30 : marché et forum. Sur la place de la Mairie/esplanade Marceau Farelle : marché de producteurs pastoraux ; stands d’information ; travail de la laine ; travail du cuir ; démonstrations artisanales ; présence d’organismes agricoles et pastoraux ; animations musicales avec la Batucada Santudobem. Certains restaurants proposeront également un “menu pasto”.
Le forum réunit une véritable cartographie du pastoralisme régional. Notamment : CFPPA de Florac, Institut Agro de Florac, le monde professionnel et conseil agricole. Sont notamment annoncés : Chambre d’agriculture de Lozère ; Copage ; Fédération des groupements pastoraux Gard-Lozère ; Conservatoire d’espaces naturels d’Occitanie ; FR Civam Occitanie ; Adear 48 ; Terre de Liens ; réseau de chiens de troupeau Pros’pairs; Syndicat des gardiens de troupeaux ; éleveurs du Causse Méjean. Y seront notamment représentés : Département de la Lozère ; Grand Site de France des Gorges du Tarn, de la Jonte et des Causses ; Grand Site de France du Cirque de Navacelles ; CPIE des Causses Méridionaux ; Parc naturel régional des Grands Causses ; Parc national des Cévennes ; LPO Occitanie ; PETR Sud Lozère ; Takh, autour des chevaux de Przewalski, etc.
À 14 h : démonstrations, au parc Arnal : travail des chiens de conduite ; soins aux animaux ; présentation de races locales de brebis et de chèvres ; intervention consacrée aux chiens de protection.
Des conférences aussi, à l’Institut Agro de Florac, trois séquences sont prévues samedi. 11 h-12 h 30 : Transmettre les savoir-faire pastoraux ; Échanges avec des éleveurs-bergers. 14 h – 16 h 30 : Tables rondes sur les enjeux du pastoralisme : filières locales ; prédation ; installation ; revenu agricole, etc. De 16 h 30-18 h conférence : Climat et pastoralisme en Causses et Cévennes, par Vincent Cailliez, climatologue au Sidam, réseau des chambres d’agriculture du Massif central. À 18 h 15 : au château de Florac, siège du Parc national des Cévennes : projection du documentaire Bergers du futur, réalisé par Lionel Roux. La projection est suivie d’un échange avec Michelle Jallet, ancienne responsable de l’école des bergers du Merle.
Dimanche 27 septembre à Meyrueis : ce jour-là est notamment associé à la Foire de la Saint-Michel à Meyrueis. Les organisateurs présentent cette foire comme l’un des temps forts du week-end. Cela permet donc de sortir du seul cadre de Florac et de replacer le pastoralisme dans une manifestation rurale traditionnelle.