Canal du Midi : « Un coup de fouet » pour sauver ce patrimoine unique

Précurseur de la grande région Occitanie, le Canal du Midi, classé à l’Unesco, a un besoin cruel de financement pour faire face au chancre coloré qui décime les platanes. Les dons des particuliers sont par exemple en chute libre, climat social oblige. Et aucune aide institutionnelle n’a encore été versée. Conscients de la situation, l’État et région, dans le cadre du contrat de plan, disent avoir « réservé » 80 millions d’euros sur un budget de 220 millions d’euros, et lancé les bases d’une nouvelle gouvernance. Pour, en 2019, donner « un coup de fouet » à ce projet.

Chef d’oeuvre en péril ! Ouvrage monumental classé à l’Unesco, le Canal du Midi est ravagé par un champignon impitoyable et incurable, le chancre coloré qui est entré dans Toulouse. La mobilisation pour faire face à l’abattage et replantation de milliers d’arbres, tout aussi obligatoire pour retrouver la superbe voûte magnifiquement ombragée, avait été exemplaire. Il faut dire qu’il faut réunir 220 millions d’euros… « En cinq ans, la mission mécénat que nous avons mise sur pieds a réussi un sacré pari en réunissant 5,5 millions d’euros auprès des particuliers, des fondations et des entreprises », confie Laurent Adnet qui dirige ce service à VNF, Voies navigables de France, qui gère ce patrimoine.

En 2017, l’ensemble des particuliers avaient donné 300 000 euros pour la replantation du Canal du Midi. Cette année, on atteint à peine 110 000 euros… »

Laurent Adnet, responsable mission mécénat.

Mais, alors que VNF a déjà investi 50 millions d’euros et que plusieurs villes traversées par le canal – Agde, Sète, Narbonne, Carcassonne et Toulouse – ont offert des emplacements publicitaires accueillant des appels au don, les particuliers, eux, ont plus rarement mis la main au porte-monnaie. « En 2017, l’ensemble des particuliers avaient donné 300 000 euros. Cette année, on atteint à peine 110 000 euros… »

Laurent Adnet s’inquiète que le « climat social » détestable soit responsable de cette démobilisation qu’il faut espérer passagère. Les gilets jaunes, l’attentat de Strasbourg… ont mis le moral des Français dans le rouge. En tout cas, provisoirement. « Le Téléthon, qui marque traditionnellement  le début des appels aux dons des oeuvres caritatives dans le pays, précise-t-il, a enregistré une baisse de 10 % des dons, ce qui représente quand même pour cette cause 7 millions d’euros en moins… »

Nous donnions 1 million d’euros jusqu’à l’année dernière. Cette année, le gouvernement ne nous aide plus du tout en ce qui concerne les aides sociales, RSA, APA, notamment. Je ne vois pas pourquoi on l’aiderait… »

André Viola, président PS de l’Aude.

Pire, des départements traversés, aucun cette année n’a encore versé son obole, à quelques jours de Noël. Le million d’euros que l’Aude donne régulièrement ? Le chèque n’est jamais parti ! La raison ? André Viola, président PS du département, par mesure de rétorsion politique, mécontent de la politique de Macron, a décidé de ne rien verser au Canal du Midi, propriété de l’État. « Nous donnions 1 million d’euros jusqu’à l’année dernière, précise-t-il à Dis-Leur, même si nous pensions déjà que c’était à l’État de régler la facture. Or, cette année, le gouvernement ne nous aide plus du tout en ce qui concerne les aides sociales, RSA, APA, notamment. Je ne vois pas pourquoi on l’aiderait… »

Kléber Mesquida avait, lui, paraît-il, promis, une belle somme : 427 000 euros pour le Canal qui serpente dans son département entre magnifiques écluses de Fonsérane et celle ronde d’Agde jusqu’au débouché à Sète. Elle n’a pas été versée. Contacté à plusieurs reprises, le président PS de l’Hérault n’a pas donné suite à nos demandes. VNF croit savoir toutefois que « Kléber Mesquida s’apprête à faire voter une délibération pour verser cet argent, tout comme le département de Haute-Garonne. » Mais pour ce dernier, cela ne représente que quelques milliers d’euros.

 

Abattre et replanter des milliers d’arbres, à cause du chancre coloré… A 3000 euros pièce… Photos : VNF/Sud Ouest.

A en croire le nouveau directeur du projet Canal du Midi, le pire est derrière nous. « Le canal du Midi est un bien du patrimoine mondial depuis 1996 et ce label est définitivement acquis après que l’État eut répondu en 2017 aux exigences patrimoniales de l’Unesco en classant lui-même canal et abords », entame Laurent Cyrot.

80 millions d’euros ont été réservés  dans le cadre du contrat de plan État région. A ces 80 millions d’euros, l’État devrait ajouter un substantiel supplément de budget. »

Laurent Cyrot, directeur du projet du Canal du Midi.

Le nouveau directeur du projet du Canal du Midi, installé à la préfecture de région à Toulouse, poursuit : « Une fois cet écrin reconnu, nous allons pouvoir entamer le plus gros du travail. Ce sera en 2019. C’est-à-dire que la mise en valeur universelle et exceptionnelle de cet ouvrage va se poursuivre. Dans le cadre du contrat de plan État-Région, 80 millions d’euros ont été réservés par l’Etat et la Région Occitanie », sur un budget total de plus de 220 millions d’euros nécessaires pour remettre le canal en état, maintient VNF. Cette somme comprend aussi ce que l’Etat met via VNF. A ces 80 millions d’euros, l’État devrait ajouter un substantiel supplément de budget. Tout cela est à même de donner un coup de fouet d’autant que ce lundi 17 décembre 2018, lors d’un comité stratégique où participaient présidente de la région et le préfet de région, le directeur général de VNF, on a arrêté le principe d’une nouvelle gouvernance pour ce canal. » Laquelle ?

Entente commune à toute la région pour sauver le canal

Photo : VNF/Sud Ouest.

« L’idée est de créer une entente avec les 16 communautés d’agglos traversées, les départements concernés, l’Etat, la Région Occitanie et VNF pour sauver ce canal. Cela nous permettra d’agir de façon concertée et d’insuffler une nouvelle dynamique commune. Car, jusqu’à présent, chacun avait sa propre vision de ce qu’il fallait faire. »

Certains ont pu penser qu’il ne se passait pas grand-chose depuis plusieurs années pour véritablement sauver cet ouvrage précurseur de la grande région Occitanie. Laurent Cyrot dit : « Il manquait une vision globale et suffisamment d’échanges entre les différents intervenants. Par exemple, le Pays Lauragais verrait d’un bon oeil que les actions locales qu’il mène puissent être prises en charge à tour de rôle par d’autres. Et soient dupliquées ailleurs. Idem pour la gestion des déchets qui a besoin d’un traitement global. Il y a beaucoup de projets que l’on peut fédérer. »

Olivier SCHLAMA

  • Abattages et plantations. VNF a procédé à 3150 abattages en 2018, 23700 depuis le début. La campagne de replantation 2018/2019 débutera en janvier 2019 avec 2 400 à 2 500 arbres prévus, ce qui fera passer de 8 000 à 10 500 le nombre d’arbres replantés à fin mars 2019.
  • Côté berges, environ 8 500 mètres restaurés entre cet automne et le début de l’hiver prochain, ce qui portera à 25 000 mètres le linéaire de berges restaurées début 2019.
  • Mécénat. La collecte atteint 5,5 millions d’euros de dons depuis 2013 (date de création de la mission mécénat) avec 1,2 million d’euros Club ; à ce jour, environ 70 entreprises membres du Club des entreprises mécènes du canal du Midi, 3,2 millions d’euros Grands donateurs, 1,1 million d’euros Grand public : plus de 10 000 donateurs individuels, principalement en région Occitanie mais également sur l’ensemble du territoire français et le monde entier.
  • Le pique-nique des chefs est une opération reconduite en 2019 ICI
  • Le coût moyen de remplacement d’un arbre (abattage et replantation) est de 3 000 €.
  • Déductions. Si vous êtes un particulier, 66 % du montant de votre don à VNF est déductible de l’impôt sur le revenu, dans la limite de 20 % de votre revenu imposable. Exemple : un don de 50 € ne vous coûte en réalité que 17 €.
  • Entreprise. Si vous êtes une entreprise, 60 % du montant de votre don est déductible de l’impôt sur les sociétés, dans la limite de 0,5 % de votre chiffre d’affaires. Un don de 300 € ne vous revient qu’à 120 €.