Campus connectés : Un tremplin pour faire des études sans prendre le large

Avec six sites, l’Occitanie est la première région avec autant de campus connectés. Avec, celui qui concernera tout le département de la Lozère en 2021. Rare. Dis-Leur ! vous explique tout de cette « chance » pour des étudiants jusque-là empêchés de suivre des études supérieures. Le point avec Sophie Béjean, la rectrice et Sophie Pantel, présidente de la Lozère.

Candidater à tout le panel de formations existant sans s’exiler mais avec un encadrement, un emploi du temps et des heures de cours et à terme la validation d’un diplôme d’une fac à laquelle l’étudiant est rattaché. Alors que le débat sur la 5G fait rage, en coulisses, on élabore dans des territoires éloignés des campus traditionnels, des « campus connectés ». « L’occitanie est la première région avec autant de sites », confie Sophie Béjean, la rectrice de l’académie de Montpellier.

Le Vigan, Cahors, Carcassonne, rejoints par Espalion, Foix, Saint-Gaudens

On compte six campus connectés en Occitanie. Il y a eu trois premiers campus connectés expérimentaux l’année dernière (et 13 au niveau national en 2019) : Le Vigan (Hérault), Cahors (Lot) et Carcassonne (Aude). Auxquels s’ajoutent en cette rentrée trois nouveaux : Espalion (Aveyron), Foix (Ariège) et Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Les collectivités et la Région Occitanie sont partenaires de cette dynamique et des cofinanceurs.

« C’est la région où il y a le plus de campus connectés en cette rentrée. Nous avons un projet pour la Lozère qui devrait pouvoir déboucher à la rentrée 2021. On aura probablement d’autres projets. Comme celui de Mende. Et il y en aura peut-être d’autres. » Actuellement, 33 sites sont ainsi labellisés. Le ministère de l’Enseignement supérieur veut en faire pousser 100 au niveau national en 2022.

Difficultés mises en lumière par les Gilets jaunes

L’idée, c’est de réconcilier métropoles, ville moyennes et territoires dont les difficultés de déplacement, d’accès aux grandes infrastructures, administrations et facultés ont été mises en lumière par les Gilets jaunes. Le constat est simple face à ces poches d’absence d’enseignement du second degré, notamment dans ce que l’on appelle la « diagonale du vide » : les taux de poursuite après bac sont faibles. En Ardèche 50 % des bacheliers poursuivent des études après le bac contre 78 % échelle nationale ; la quasi totalité des bacheliers du Lot sont obligés de quitter leur département.

Enrayer le déclin démographique

Sophie Pantel, présidente de la Lozère. Ph. DR.

Parmi les enjeux, on trouve la volonté de lutter contre l’exode rural. Comme c’est le cas en Lozère où l’exécutif départemental, dirigé par la présidente PS Sophie Pantel, place toute son action dans une cohérence de repeuplement qui s’accompagne par le développement de la fibre optique. Depuis son arrivée, elle tente d’enrayer le déclin démographique, de faire revivre certains villages et d’animer la vie associative locale. D’où la candidature de la Lozère pour devenir, sur tout son territoire, campus connecté.

« Nous devrions avoir la réponse de l’État avant Noël et donc avant que les étudiants ne fassent leurs voeux sur Parcoursup. Tout le monde est mobilisé… »

« Nous rendrons notre dossier fin novembre. Et nous devrions avoir la réponse de l’Etat avant Noël et donc avant que les étudiants ne fassent leurs voeux sur Parcoursup. Tout le monde est mobilisé. » Pour commencer, ce département pourrait proposer deux sites, Mende et Florac mais d’autres pourraient y être associés pour au moins 12 places au départ.

« Nous en avons discuté avec la majorité départementale mais pas encore avec tous les élus », confie Sophie Pantel. « L’État serait d’accord pour apporter 250 000 € par an (mais seulement quelques années, après il faut trouver une réponse localement) et nous pourrions cofinancer les tuteurs avec l’État. Soit un, deux ou trois tuteurs. À préciser. » Comme les lieux dédiés à cet enseignement à distance qui sera fourni par les communes concernées.

Chez nous, quand on veut faire des études supérieures – même si on a de nouvelles formations et que l’on essaie de développer nos antennes universitaires – le gros des troupes doit partir »

Sophie Pantel, présidente du département de Lozère

Moins des deux-tiers des bacheliers Lozériens s’orientent vers des formations universitaires après le bac alors que le taux de réussite aux examens des élèves dans le département est régulièrement supérieur à la moyenne académique ou nationale.

« Nous suivons toujours le même but : l’accueil de nouvelles populations et le développement de nouveaux métiers liés à internet. On a commencé en même temps à travailler les usages. Dont l’enseignement supérieur. Pour nous, s’ajoute un souci d’accès à cet enseignement et d’égalité des chances pour certains de nos étudiants qui, parfois, s’autocensurent pour des questions financières soit parce qu’ils ont des difficultés de santé, de mobilité… Chez nous, quand on veut faire des études supérieures – même si on a de nouvelles formations et que l’on essaie de développer nos antennes universitaires – le gros des troupes doit partir. »

Certains redoutent également de payer – cher – un logement dans une ville étudiante et d’y vivre. D’ailleurs, le « gros des troupes » de nos jeunes Lozériens vont faire leurs études supérieures à Clermont-Ferrand et non plus à Montpellier.

« En terme de formations, toutes sont ouvertes pour les étudiants de ces campus connectés »

En Lozère, le projet est encore à ses prémices : le Département va déposer sa candidature en collaboration avec la mairie de Mende, la région Occitanie, l’Éducation nationale et l’Université, dans le cadre de l’appel à projets lancé via le Programme d’investissements d’avenir (PIA3).

Il s’annonce comme exemplaire. « C’est une vraie opportunité. En terme de formations, toutes sont ouvertes pour les étudiants de ces campus connectés. Nous menons aussi un travail de repérage des disciplines qui pourraient correspondre aux voeux de nos étudiants. C’est d’une très grande souplesse. Les étudiants n’ont qu’à cocher « enseignement à distance » dans leurs voeux. C’est un excellent dispositif. »

La ministre a souhaité s’inspirer d’expériences d’autres pays en Europe, dont l’Espagne pour implanter dans des territoires isolés des campus pour des étudiants en petit nombre… »

Sophie Béjean, rectrice de l’académie de Montpellier
Sophie Béjan, rectrice, au centre, lors de l’inauguration, récente, du campus du Vigan. DR.

Plus largement, la rectrice de l’académie de Montpellier, Sophie Béjean dit « Ces campus connectés répondent à un enjeu fondamental, identifié depuis longtemps. La ministre, Frédérique Vidal, souhaitait que nous puissions trouver des solutions pour les jeunes et moins jeunes étudiants (ceux qui reprennent des études), mais empêchés de se déplacer dans de grandes villes universitaires pour des raisons variées : géographiques, personnelles, familiales, sociales qui renoncent à leurs études supérieures. Elle a souhaité s’inspirer d’autres expériences d’autres pays en Europe (en Espagne notamment) pour implanter dans des petites villes, des bourgs, dans des territoires isolés des lieux de campus pour des étudiants, en petit nombre, certes, mais qui peuvent s’inscrire à des formations à distance, en ligne, proposées par des universités de proximité. »

« Si quelqu’un est inscrit à distance à la Sorbonne, ce sera le même cursus qu’un étudiant physiquement à Paris. »

Par exemple, pour le Vigan, c’est l’université de Nîmes qui est partenaire, mais les étudiants inscrits à travers le campus connecté du Vigan peuvent être inscrits dans des formations à Paris, un BTS, dans un autre établissement et pas nécessairement à l’université de Nîmes. « Si quelqu’un est inscrit à distance à la Sorbonne, ce sera le même cursus qu’un étudiant qui sera physiquement à Paris. »

« Ils bénéficient d’un accompagnement par un tuteur, suivent les cours ensemble ; ils ont un équipement, du matériel. Ils étudient dans des salles connectées. Le tuteur joue un vrai rôle notamment dans le méthode de travail. »

Elle ajoute : « Il y a eu une expérimentation d’une année dans 13 campus en France, dont celui du Vigan dont les étudiants étaient inscrits à des formations très variées : l’un à l’université de Besançon, à l’université Paul-Valéry de Montpellier ; deux dans des licences à Toulouse et des BTS. Au Vigan, huit femmes et cinq hommes étaient inscrits dans cette année expérimentale de 18 ans à 32 ans qu’ils ont suivi dans la cité scolaire appartenant au conseil départemental. C’est une vraie chance. »

« Vrai problème de mobilité, charge de famille, motivation… »

Pour être retenu dans un campus connecté, il faut faire acte de candidature. Celle-ci « est examinée par l’équipe de ce campus après avoir été accepté dans sa formation. La sélection se fait s’il y a un vrai problème de mobilité, une charge de famille… On examine sa motivation aussi de travailler en équipe car il y a du travail en petit groupe ; c’est une vraie formation ».

Pour le financement, le Vigan par exemple a réussi à obtenir une enveloppe de 300 000 € du PIA (Programme investissement d’avenir) pour les cinq prochaines années grâce à la qualité de son projet qui compte beaucoup. Ce qui permet découvrir la rémunération des deux tuteurs, la Région a financé les équipements des salles et la moitié du fonctionnement ; les villes contribuent également. Pour son année de lancement, le campus du Vigan a eu besoin de 143 000 €. Ensuite, c’est environ 100 000 € par an et par site.

Olivier SCHLAMA

Chèques numériques : la Lozère lauréate

Dans le cadre d’un appel à projets lancé au printemps dernier, le conseil départemental de la Lozère a sollicité un soutien financier de l’État pour le déploiement de Pass numériques permettant l’accompagnement des citoyens à l’acquisition de nouvelles compétences numériques. La Lozère en est lauréate.

« Même si le taux d’équipement des Français et le niveau général de compétence progressent, 13 millions de Français demeurent éloignés du numérique : ils n’utilisent pas ou peu internet et se sentent en difficulté avec son usage. De nombreuses initiatives émergent notamment au niveau local, portées par les collectivités ou les acteurs locaux », indique le département.

3 600 pass numériques

Le Département de la Lozère a choisi de s’engager aux côtés des acteurs de l’inclusion numérique pour accompagner nos concitoyens, notamment les plus fragiles, à l’accès aux nouveaux usages numériques et en particulier aux démarches administratives en ligne. A travers des « chèques numériques ».

Cédric O, le secrétaire d’État chargé de la transition numérique vient donc d’informer la présidente du département Sophie Pantel que son projet de déploiement de Pass numériques sur la Lozère serait soutenu financièrement à hauteur de 50 %, pour un montant de 20 000€.

Sur ce dossier, pour le compte du conseil départemental, Lozère développement, a programmé une enveloppe d’un montant de 40 000 € sur trois ans, dont 10 % consacrés à l’ingénierie sur le dispositif. Cela permettra d’acheter 3 600 Pass numériques sur les trois années à venir. Ceux-ci se présentent sous forme de chéquiers de cinq Pass numériques d’une valeur de 10 € chacun, permettant d’accéder à cinq heures de formation.

Jeunes, sans emploi, ayant arrêté leurs études, chômeurs sans diplôme ou inférieur au baccalauréat…

En Lozère, les Maisons France Service, la Mission Locale Lozère, l’association Num n’coop et d’autres tiers-lieux ou entreprises, proposeront des parcours de formation de type : accès aux droits, identité numérique, parentalité… APTIC a construit un référentiel de formation sur lequel ces structures s’appuieront pour proposer des parcours de formation sur l’ensemble du territoire.

Un public cible pourra en bénéficier en priorité : les personnes identifiées dans le cadre du Plan d’investissement dans les compétences (PIC), c’est-à-dire les personnes éloignées de l’emploi (jeunes qui ont arrêté rapidement leurs études, et qui ont des difficultés à obtenir un emploi, les demandeurs d’emploi qui n’ont pas obtenu de diplôme ou qui en ont obtenu un mais de niveau inférieur au baccalauréat) et les personnes percevant le RSA. Mais également, en articulation avec les dispositifs déjà existants, les seniors de plus de 60 ans, les jeunes de 16 à 25 ans et les étrangers primo-arrivants.

Les orientations se feront par l’ensemble des acteurs de l’insertion sur le territoire. La prescription sera réalisée uniquement par le Département tandis que le suivi de l’utilisation des Pass numériques sera réalisé par Lozère Développement en lien avec la Direction des Territoires, de l’Insertion et de la Proximité (DTIP). L’ingénierie de formation est portée par Lozère Développement.

Au-delà de ce partenariat, d’autres actions complémentaires pourront être engagées au service d’une société numérique innovante et inclusive.

La rentrée c’est sur Dis-Leur !