Ariège : Henri Nayrou, le Premier ministre et la patate chaude

limitation de vitesse à 80 km/h Et l'on reparle de la limitation de vitesse à 80 km/h... Photo D.-R.

Cela pourrait être une fable, mais c’est juste la réalité : « Je ne connais pas personnellement M. Edouard Philippe, cet ancien élu local qui est donc censé avoir cette expérience de terrain qui fait tant défaut au gouvernement actuel… souligne Henri Nayrou, qui poursuit

… Par contre, je commence à mieux connaitre le Premier Ministre actuel qui m’a fortement déplu sur deux épisodes : la pose du garrot budgétaire sur les collectivités territoriales et sa décision très personnelle de réduire la vitesse de base sur nos routes de 90 à 80 km/h. »

Une mesure restée sans effets notables

Henri Nayrou
Henri Nayrou, président du Conseil départemental de l’Ariège. Photo D.-R.

Et le président du conseil départemental de l’Ariège de  poursuivre : « Prudent comme le montagnard que je suis, je fais observer que je n’ai pas grimpé aux rideaux comme beaucoup de mes collègues. Ce qui devait être une mesure de sécurité routière déterminante a en fait débouché sur un triple échec : le nombre de victimes d’accidents est hélas resté dans la norme, le chef du gouvernement s’est fait critiquer jusque dans son (nouveau) camp, et il a réussi à remplir de Gilets Jaunes les ronds-points de notre pays, pour la plupart des conducteurs ruraux contraints d’aller au boulot en auto… »

Le constat de cet élu de terrain est sans concession : « Longtemps, M. Philippe est resté droit dans ses bottes sur le sujet. Et le voilà qui annonce jeudi matin au micro d’une radio qu’il ne voit aucun inconvénient à laisser les présidents de conseils départementaux assouplir la mesure. C’est « armons-nous et partez », et dans ma conception de ma responsabilité d’élu, ça ne passe pas. »

Une leçon de politique locale

On continue ? Eh bien, voici une petite leçon de gestion administrative qui pourrait être bien utile aux têtes pensantes du gouvernement : « En outre, le Premier Ministre n’est pas très sérieux, ses équipes non plus. A Matignon, haut-lieu actuel du savoir en toutes circonstances, on ne doit pas… savoir que, dans les entrailles de notre droit administratif français, il est un principe posé par le Conseil d’Etat en 1902 (CE 18 avril 1902, commune de Néris-les-Bains) qui dit qu’une autorité locale de Police (comme le maire ou le président de Département) peut aggraver une mesure de Police Nationale mais ne peut pas la diminuer. En clair, ces élus ont le droit de réduire la vitesse de 50 à 30 km/h dans les rues d’une ville mais pas de la passer de 80 à 90 km/h sans la promulgation d’une loi sur les routes départementales. Avant de se précipiter sur les anciens panneaux, nous allons donc attendre le verdict du Parlement. »

Une ineptie sur certaines routes d’Ariège

Si l’on en croit un vieux slogan, le bon sens serait donc plus souvent près de chez nous qu’à Paris ? La parole une fois encore à Henri Nayrou : « Il est clair que la limitation à 80 km/h sur certains tracés en Ariège est une ineptie, tout comme se révèle périlleuse l’uniformité à cette vitesse lors des dépassements. Si la possibilité à repasser à 90 se confirme et nous est légalement permise, je serais responsable avec tous les autres élus du Conseil Départemental que je solliciterai pour réviser notre schéma des itinéraires routiers et poser des critères précis, logiques, partagés par les usagers et les associations permettant de prendre les décisions adaptées à l’itinéraire, aux dangers, aux besoins. Bref, nous agirions en responsables politiques, pas comme le Premier Ministre qui agit en politicien. Un dernier mot, puisque M. Philippe nous refile la ‘patate chaude’, je l’inviterai à ma table ! »

C’est dit…

Ph.-M.

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Hermeline Malherbe dénonce « la volte-face » du Premier ministre :

Dans un communiqué, la présidente du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, Hermeline Malherbe à également réagi : « Après avoir décidé le passage aux 80 km/h sans concertation et sans discernement il y a un an, voilà que le gouvernement se défausse sur les départements alors que le code de la route est fixé par l’Etat. Le Premier ministre et la majorité ont annoncé hier leur intention de permettre aux départements d’ajuster la vitesse sur les routes départementales. Il y a un an, le gouvernement expliquait que les 80 km/h sauveraient des vies. Aujourd’hui quelle est sa priorité ? »

Et de rappeler que : « La limitation de vitesse selon le profil de la route est de la responsabilité de l’Etat. En conséquence, je demande à mes services d’étudier les routes qui offrent la possibilité d’installer un séparateur central en béton. Cela permettrait de modifier le profil de la route et ainsi de les passer à 90km/h avec une plus grande sécurité. Mon objectif est inchangé : la sécurité routière doit être une priorité de nos investissements routiers. »