Christophe Rioust, maire de la commune thermale, près de Sète, dénonce, si tel était le cas, une “médecine à deux vitesses”. Il dit sa totale incompréhension et organise un rassemblement à Balaruc avec d’autres stations thermales de la région.
Cela n’apparaît pas – encore – dans le houleux projet de Loi de finances. Mais le monde du thermalisme a appris à écouter tous les signaux anti-thermalisme. Et il en est un inquiétant comme le rapporte le maire de Balaruc-les-Bains, Christophe Rioust : “La ministre de la Santé a évoqué récemment dans un discours que le gouvernement irait chercher 500 M€ d’économies dans les hôpitaux et les 200 M€ de remboursement du thermalisme. Ces 700 M€ seraient transférés vers les complémentaires santé. Ce qui annoncerait un évident surcoût à venir pour les assurés sociaux.” Et la mort à petit feu de ce secteur dynamique. “Nous irions alors vers une médecine à deux vitesses : il y aura ceux qui pourront se payer les cures avec des mutuelles qui proposeront des forfaits avec options et ceux qui ne le pourront pas…”
“Les cures coûtent 200 M€ mais génèrent 4,8 milliards d’euros de retombées économiques !”

C’est en tout cas un nouveau coup de semonce annoncé qui sidère le secteur du thermalisme. Pour la énième fois, le gouvernement envisagerait une forme de déremboursement des cures thermales “qui coûtent quelque 200 M€ par an à la Sécurité sociale mais représentent, selon Atout France, 4,8 milliards de retombées économiques… ! s’étrangle Christophe Rioust, maire de Balaruc-les-Bains, première station thermale de France et d’Occitanie avec ses 51 000 curistes. Ce secteur emploie 25 000 salariés dans le pays et 400 emplois rien qu’à Balaruc.
“L’impression que c’est une attaque en règle contre le thermalisme”
Christophe Rioust le répète : “On ne comprend pas ; on ne comprend pas… Ni sur le fond ni sur la forme. On a l’impression que c’est une attaque en règle contre le thermalisme. Si les gens ne font plus de cures, ils feront des dépenses de santé : davantage de médicaments, du kiné, etc. En plus l’an dernier, on nous a fait débuté une évaluation de la Haute autorité de santé. Nous avons rempli tout un questionnaire et nous avons fait un gros travail station par station sur l’évaluation du service médical rendu entre autres. On l’a rendu en septembre et, un mois après, il nous arrive ça !”
Rassemblement des stations thermales d’Occitanie à Balaruc-les-Bains vendredi

Du coup, le monde du thermalisme régional est appelé à manifester vendredi 23 octobre à Balaruc-les-Bains. Si ce n’est pour faire une démonstration de force, ce sera au moins pour faire preuve d’unité dans un océan d’incompréhension. Impéritie du gouvernement ? Ballon d’essai ? Visée à très court terme ? Mystère. “Nous avons contacté les maires d’Avène-les-Bains et de Lamalou-lès-Bains, Amélie, etc, confie encore Christophe Rioust. En parallèle on a sensibilisé les parlementaires qui ne comprennent pas non plus. C’est à nous d’être la locomotive.”
“Le thermalisme est une réponse à des gens qui souffrent”
Et de lutter contre une fake news : faire une cure, ce ne sont pas des vacances payées par la Sécu. “C’est le message, confirme Christophe Rioust. C’est pour cela que l’on souhaite que le politique s’efface sur cette question et que l’on fasse parler des médecins sur l’apport réel du thermalisme. Ce n’est pas qu’une défense du territoire. A la base, le thermalisme est une réponse à des gens qui souffrent.”
Le maire rappelle les conditions d’une cure : “Une prescription médicale de trois semaines obligatoires, remboursée à 65 % du plafond de la Sécu, cela représente 650 € à 700 € pour 18 jours de soin. Certaines mutuelles prennent en charge un forfait pour le logement. Un curiste dépense en moyenne 1 800 € pour vivre sa cure, logement compris.”
Les bienfaits connus depuis les Romains

Ce rassemblement, c’est pour se faire entendre et faire reculer cette idée inepte. On s’était habitués, depuis 30 ans, à entendre les tenants des 95 stations thermales de l’Hexagone, dont 28 en Occitanie, crier au loup, sans que la situation ne change au final. Ainsi, on se disait que rien ne pourrait entamer les bases de cette économie aux nombreux atouts, dont celui de n’être pas délocalisable. Avec une eau – et parfois une boue – dont on connait les bienfaits depuis les Romains et qui, finalement, réduit la consommation de médicaments et de personnels (para)médicaux…
L’Occitanie, première région thermale de France
Il y a un an, Didier Calas, P.D.-G de la première station thermale de France, disait, alors qu’il était déjà question de déremboursement : “On estime entre 70 % et 80 % de baisse du nombre de curistes, une catastrophe {si cela arrivait, Ndlr}. A Balaruc, en trois semaines, le curiste qui a parfois de petits moyens, se rend trois fois à Sète et mange quatre fois au resto… Le gouvernement ne réfléchit qu’en termes d’économies à court terme. En outre, il ne tient pas compte des bienfaits médicaux !”
“L’Occitanie, c’est la première région thermale française, avec près de 149 500 curistes en 2024”

Au lendemain de l’assemblée générale de la Fédération thermale d’Occitanie de 2025, l’élue régionale chargé du thermalisme, Florence Brutus, évoquait un bilan parlant de cette année thermale. “L’Occitanie, c’est la première région thermale française, avec près de 149 500 curistes en 2024, près d’un tiers de la fréquentation nationale, soit + 3,8 % par rapport à 2023.” Florence Brutus évoquait les 1 700 emplois directs ; les 6 millions de nuitées liées au thermalisme ; les 145 M€ de retombées économiques directes, et les 1,25 milliard d’euros de chiffre d’affaires généré par la filière (direct, indirect et induit).
La Région Occitanie aide fortement le thermalisme
Depuis 2019, la Région Occitanie soutient fortement “cette filière d’excellence à hauteur de 10,7 M€ pour les projets des établissements thermaux, 35 M€ pour les communes thermales, 215 000 € à la Fédération Thermale, dont le financement d’une étude pour l’Institut du Thermalisme. Ces investissements traduisent une conviction forte : le thermalisme n’est pas un atout du passé. C’est un levier d’avenir, au croisement de la santé, du bien-être et du développement durable”.
Olivier SCHLAMA