Pour la quatrième année consécutive, le ministère de la Culture évoque les premières tendances de son baromètre des festivals (il en existe 7 300 dont 900 en Occitanie), conduit avec le Centre national de la musique (CNM) et les organisations professionnelles Ekhoscènes, France Festivals et le Syndicat des musiques actuelles (SMA).
Les réponses au sondage national recueillies auprès de 1 882 festivals (toutes disciplines artistiques confondues), dont l’édition s’est tenue du 1er janvier au 31 août 2026, permettent de dresser un premier état des lieux de la saison. En hausse de 25 % par rapport à l’année précédente, le nombre de répondants confirme l’appropriation croissante de cet outil d’observation par le secteur.
Des aléas climatiques perturbent les festivals et accélèrent le besoin d’adaptation
Canicule persistante, orages, sécheresse ont bien sûr pesé cet été sur le déroulement des festivals, les conditions d’accueil des publics et le travail des équipes. “La saison a été marquée par des annulations totales ou partielles, déclarées par 8 % des répondants, notamment en raison de ces aléas”, souligne le ministère. Mais 43 % de ces festivals ont été lourdement touchés par la canicule. Plus grave, 15 % des festivals ont été annulés complètement ou partiellement en raison d’un phénomène climatique.
Face à ces perturbations, les organisateurs s’adaptent. Près de la moitié ont mis en place une communication spécifique (47 %) ou aménagé leurs sites (46 %), notamment par la création d’îlots de fraîcheur. Une presque moitié, 41 % d’entre eux, ont modifié leurs horaires d’accueil du public et un tiers ceux des personnels.
Étude sur la possibilité d’assurer des manifestations

“Le ministère de la Culture accompagne cette transition au moyen du projet Atlas – Adapter les territoires et lieux d’art de spectacles au changement climatique. Les festivals sont prioritaires pour bénéficier de diagnostics de vulnérabilité face aux aléas météorologiques dont les premiers résultats seront mis au service de l’ensemble du secteur d’ici l’été 2027.”
C’est la raison pour laquelle il a confié au Centre national de la musique une étude sur la possibilité d’assurer des manifestations musicales en plein air face aux risques climatiques. Elle permet de mieux mesurer les conséquences et les effets sur les contrats d’assurances des festivals et d’explorer des solutions mutualistes plus protectrices pour le secteur. Ce n’est pas tout. Une mission sera lancée prochainement, “pour travailler, en anticipation de l’été 2027, à des critères d’appréciation harmonisés sur les conditions de tenue des festivals”.
“Fréquentation soutenue, recettes de billetterie encourageantes, mais équilibres économiques fragiles”

Les publics des festivals ont globalement ont répondu présents. Mais la hausse des coûts fixes – dépenses techniques et logistiques (42 % des sondés) et même artistiques (40 %) plombent cette tendance. Sans oublier, disent un quart des Un quart des festivals déclare une augmentation de leurs frais d’assurance. À ces hausses de coûts, s’ajoute une tendance globale à la baisse des subventions publiques. 35 % des répondants anticipent des dépenses supérieures à leurs recettes, 49 % prévoient un résultat proche de l’équilibre, à 5 % près, et 16 % des recettes supérieures aux dépenses.
La mobilisation des publics confirme l’attrait des festivals
La mobilisation des publics confirme l’attrait des festivals : 76 % affichent un taux de remplissage supérieur à 75 %, et 19 % dépassent même les 98 %. Cette dynamique se traduit également par une progression des recettes de billetterie pour 39 % des répondants. Ces résultats confirment l’attachement des publics aux festivals et constituent un appui précieux pour les organisateurs dans un contexte économique exigeant. 84 % d’entre eux se disent certains de tenir leur prochaine édition.
Des données spécifiques aux festivals de musiques actuelles et d’humour seront présentées le 15 octobre 2026 par le ministère de la Culture et le Centre national de la musique, lors du MaMA festival. Elles permettront d’affiner l’analyse de la fréquentation, des équilibres économiques et les besoins exprimés par ces festivals.
Le bilan complet de l’année 2026, intégrant les festivals organisés entre septembre et décembre, sera quant à lui publié à l’été 2027.
“L’écart entre les charges et les recettes se creuse encore”

De son côté, le Syndicat des musiques actuelles (600 entreprises et 210 festivals adhérents dont 86 % en plein air) analyse : “L’an dernier, le bilan des festivals avait pointé du doigt l’impact alarmant des coupes budgétaires en cascade survenues en 2025. A cela s’ajoutaient des difficultés liées aux aléas climatiques, aux dynamiques de concentration ou encore aux atteintes aux libertés. En 2026, on observe toujours cet “effet ciseau” qui s’accentue d’année en année : l’écart entre les charges et les recettes se creuse encore. Au global, 86% des répondant·es disent ainsi rencontrer des difficultés financières. En plus de ces problématiques, les difficultés techniques, climatiques et réglementaires continuent par ailleurs de s’accumuler…”
Par ailleurs, “la situation climatique cet été a particulièrement impacté la bonne tenue des festivals, avec des perturbations nécessitant des adaptations de dernière minute de la part des organisateurs, menant souvent à un épuisement des équipes, et parfois à une annulation totale ou partielle de l’événement. Cette situation, qui nous inquiète tout particulièrement tant elle est systémique, nécessite un travail sur le temps long”.
En 2026, 10 % des répondants ont indiqué que le festival n’aurait (probablement) pas lieu l’année prochaine et 8% ne peuvent pas se projeter”
Cette inquiétude se couple à la “hausse des difficultés liées aux restrictions des libertés : entraves à la liberté de programmation, contrôles des forces de l’ordre… Si les festivals essaient de se réinventer en permanence et de développer de nouvelles manières de survivre, nous atteignons une situation critique qui impacte durement les festivals, notamment pour poursuivre leurs missions de découverte mais aussi d’engagement sociétal, pourtant essentielles dans le climat politique et économique actuel. En 2025, 24 % des festivals adhérents n’étaient pas certains de la tenue d’une prochaine édition. En 2026, 10 % des répondants ont indiqué que le festival n’aurait (probablement) pas lieu l’année prochaine, et 8% ne peuvent pas encore se projeter.”
39 % des festivals adhérents se disent déficitaires

En conclusion, 39 % des festivals adhérents présentent une édition 2026 déficitaire
76 200 € montant moyen des déficits en 2026 Au global, 86% des répondant·es disent rencontrer des difficultés financières. Pour faire face à cette situation, 24% des festivals ont sollicité cette année une aide exceptionnelle auprès de partenaires privés ou de mécènes, 19% une subvention exceptionnelle, 15% ont sollicité un emprunt et 9% ont lancé une campagne de crowdfunding.
“Les gros enjeux seront la hausse des coûts des cachets, les frais d’accueil et de technique”
La hausse du tarif des billets apporte une solution limitée surtout dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat. Ainsi, le prix moyen des billets pour accéder à un festival adhérent du SMA n’augmente pas depuis 2024 avec un tarif moyen de 31 euros pour le billet jour. “Les gros enjeux seront la hausse des coûts des cachets, les frais d’accueil et de technique. Mais avec la multitude d’événements que nous proposons sur 5 jours, a peut représenter un certain budget pour les festivaliers, nous sommes donc très attentifs à la hausse des prix potentielle que nous pourrions pratiquer”, indiquent ainsi à titre d’exemple, les Nuits Sonores.
59 % ont affiché complet au moins une journée

Une fréquentation en hausse. Chaque année, ces problématiques financières ne sont pas corrélées à la fréquentation des événements. C’est encore le cas en 2026 où “59 % des festivals adhérents ont affiché complet sur au moins une journée (contre 52% en 2025). 39 % des interrogés soulignent une fréquentation en hausse sans avoir modifié la jauge ou la durée de l’événement : l’an dernier, seulement un quart des festivals avaient noté une telle augmentation. Si ces chiffres sont encourageants, ils nous questionnent sur la pérennité du modèle. Car à l’image de 2025, 27 % des festivals ayant affiché complet sur au moins une journée sont déficitaires”.
L’Occitanie et ses 900 festivals
La France et l’Occitanie sont largement parcourues de festivals. L’Hexagone en compte 7 300, dont 900 en Occitanie, comme un dossier de Dis-Leur vous l’expliquait ICI. Une dynamique qui entre dans le marketing territorial des collectivités – avec le cas emblématique de Sète – tout heureuses de mettre en avant une image positive de leur territoire à moindre coût : ces manifestations n’existent que par la participation de milliers de bénévoles. Mais l’aide financière des collectivités peut être remise en cause régulièrement, ce qui en fait un point de fragilité. C’est ce que révèle une étude inédite du ministère de la Culture.
Olivier SCHLAMA
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