Pour la 6e année, le conseil départemental organisait mercredi un job dating, point d’orgue d’une année d’actions puissantes en faveur des allocataires. Le point de cette démarche avec la présidente, Hermeline Malherbe, et de Rémy Lacapère, vice-président chargé de l’insertion.
Une quarantaine d’entreprises présentes, 200 postes à pourvoir, 400 bénéficiaires du RSA volontaires inscrits : ce grand job dating des Pyrénées-Orientales, au stade Aimé-Giral, à Perpignan, est le moment fort de l’année autour d’Objectif Emploi 66, la plateforme créée par le département en 2020 pour faciliter l’accès à l’emploi des allocataires du Revenu de Solidarité Active (RSA). Avec une vraie implication.
Point d’orgue d’un travail de fond toute l’année
Ce rendez-vous est atypique en ce sens qu’il s’appuie sur des bénéficiaires volontaires. Il est aussi le point d’orgue du travail de fond réalisé tout au long de l’année par le Département – qui propose aussi une mise aussi en relation directe des CV en ligne, une géolocalisation des offres et des candidats avec même un numéro d’assistance : 04 68 85 85 15 – et ses partenaires qui mènent de nombreuses actions : ateliers, jobs datings, coatchings sur tout le territoire.
Des actions communes créent un maillage territorial efficace pour le retour à l’emploi des allocataires du RSA. Ce grand job dating est la partie émergée d’un dispositif plus large ; il associe France Travail, l’Usap Formation, Face Pays Catalan, la Capeb, chambre des métiers, CCAS Perpignan, entre autres. Qui recrute ? Le BTP, des entreprises d’espaces verts, le secteur de l’hôtellerie-restauration, de la logistique, mais aussi commerces et services.
Sans notre action, ce serait pire. A chaque édition, nous en sommes à la 6e, c’est un “succès”
Hermeline Malherbe, présidente des P.-O.
Dans ce département, on comptait à fin mars 12 676 demandeurs d’emplois bénéficiaires du RSA (A,B,C) et qui passent par la plateforme Objectif emploi, soit une hausse de 16,3 % en un an. Des chiffres importants. Présidente du département, Hermeline Malherbe confie d’ailleurs : “C’est l’une des raisons pour laquelle nous avons pu renationaliser le traitement du RSA, comme la Seine-Saint-Denis : nous avons une proportion de bénéficiaires très importante par rapport à la population. C’est structurel depuis des décennies.” Elle ajoute : “Sans notre action, ce serait pire. A chaque édition, nous en sommes à la 6e, c’est un “succès”. Hermeline Malherbe explique aussi que “les rencontres directes entre demandeurs d’emploi et entreprises ont été privilégiées”.
Le problème n’est pas tant l’accès à l’emploi de nos bénéficiaires qui sont mieux préparés et accompagnés. Mais le fait que les emplois, on ne peut pas les inventer s’ils n’existent pas”
Hermeline Malherbe
Pourtant, malgré tous ces efforts, le bilan peut paraître maigre. Mais, vu le contexte économique, qu’en serait-il sans cette action continue ? Sans doute pire que les 15 sorties vers l’emploi en moyenne enregistrées chaque mois en 2025 (avec 300 postes annoncés, 900 entretiens réalisés).

Hermeline Malherbe analyse : “Partout, les créations d’emplois sont en berne. Le problème n’est pas tant l’accès à l’emploi de nos bénéficiaires qui sont mieux préparés et accompagnés. Mais le fait que les emplois, on ne peut pas les inventer s’ils n’existent pas. C’est la situation économique actuelle de la France et des P.-O. Quand le gouvernement ne favorise pas le logement, social ou pas, voire la rénovation, c’est tout le BTP qui trinque. C’est un vrai coup de Trafalgar pour nos entreprises. Nous avons réussi, au Département, à entretenir tout ce qui est travaux publics grâce aux routes et aux vélo-routes. Tout ce que l’on a fait sur le haut débit a créé de l’emploi dans ce secteur-là ; tout ce que l’on fait sur les réseaux d’eau, ce sont des travaux développe de l’emploi mais on ne peut pas être levier sur l’ensemble des secteurs.”
Créer du lien entre employeurs et demandeurs
La présidente rappelle que “hors services publics, notre économie repose sur le tourisme et l’agriculture, structurellement saisonnières… Même si nous travaillons à agrandir nos deux grandes saisons, été et hiver, quand on travaille six ou huit mois sur douze, on n’a pas le même revenu que lorsque l’on travaille douze mois sur douze. L’agriculture, en plus, souffre de la sécheresse, la canicule très forte cette année. C’est pour cela que l’on s’est investis autant sur le développement économique qui ne fait pas partie de nos missions. Que l’on s’est occupé de l’installation du Club Med, du développement de Port-Vendres.”
Ce job dating s’inscrit dans un contexte où les enjeux sociétaux et les choix gouvernementaux exercent une pression constante sur les allocataires du RSA. En filigrane, apparaît la fierté de créer du lien entre employeurs et demandeurs et la volonté de briser les préjugés d’un côté et rassurer de l’autre pour un accompagnement efficace de retour à l’emploi.
Grâce à la renationalisation du RSA, nous avons pu mettre 25 M€ supplémentaires dans les parcours d’insertion”
Hermeline Malherbe

Grâce à la renationalisation du RSA, en 2022, la collectivité a pu dégager des moyens financiers pour doper des actions concrètes d’accompagnement et de développer un réseau partenarial qui permet un maillage territorial efficace. “Nous avons pu mettre 25 M€ supplémentaires dans les parcours d’insertion mais on a eu plus que cette somme : on a pu travailler aussi sur la protection de l’enfance et donner davantage aux pompiers, confie encore Hermeline Malherbe. Cela a été acté par la chambre régionale des comptes et nous avons évalués avant que cette expérience ne soit renouvelé jusqu’en 2030.” Cela permet aussi d’éviter “l’effet ciseaux” dû à la revalorisation du RSA. “C’était une épée de Damoclès à chaque budget départemental. On continue à donner de l’argent à l’Etat pour le RSA via les droits de mutation. Mais ça reste intéressant parce que l’on donne moins à l’Etat que si le RSA n’avait pas été renationalisé.” Au-delà des 25 M€.
Cumul possible entre RSA et auto-entreprise
La présidente rapporte une évolution notable : avant il fallait au bout de deux ans choisir entre le statut d’auto-entrepreneur, pour ceux qui travaillaient de cette façon, ou bénéficiaire du RSA. “Depuis que la CAF a repris la gestion du RSA, cette règle a disparu : on peut cumuler les deux dans la limite d’un plafond du chiffre d’affaires et quand il n’est pas important, le RSA peut compléter. Cela a augmenté le nombre de bénéficiaires en activité de manière exponentielle. Nos chiffres peuvent apparaître pas très bons mais si on prend le nombre de sorties vers l’emploi, on est sur la bonne voie.”
On est sur une question politique. Les aides aux entreprises ne sont pas conditionnées à l’emploi ; il y a une baisse de l’emploi public : l’actualité nous rattrape aussi avec l’Education nationale. Mais aussi avec les hôpitaux…”
Rémy Lacapère, vice-président chargé de l’insertion
Vice-président des P.-O. chargé de l’insertion, Rémy Lacapère dit pour sa part : “Nous n’avons pas la compétence économique. Mais nous avons créé les conditions pour que les bénéficiaires du RSA soient accompagnés ; qu’ils bénéficient de formations, etc. On se focalise souvent sur l’insertion professionnelle mais tout un tas de publics ont besoin d’insertion sociale. Pour certains, le chemin est beaucoup plus long parce qu’il peut y avoir à régler des questions de logement, de santé, d’isolement, de confiance en soi… La question essentielle est celle là : il y a un manque d’emplois créés flagrant et une saisonnalité forte. Et l’emploi qui est créé est souvent sur des postes précaires et courts.” Que faire ? “On est sur une question politique. Les aides aux entreprises ne sont pas conditionnées à l’emploi ; il y a une baisse de l’emploi public : l’actualité nous rattrape aussi avec l’Education nationale. Mais aussi avec les hôpitaux…”
Plus d’un millier de jeunes à chaque forum

Rémy Lacapère, également président de la mission locale des P.-O., ajoute : “Lors des derniers forums de l’emploi, on y a accueilli plus d’un millier de jeunes à chaque fois. Certains ont attendu une heure devant avant l’ouverture, il y avait la queue. Ils sont motivés. Ce matin, pour le job dating, après seulement 45 minutes, il y avait 300 personnes présentes et on ne les oblige pas à venir. Et en face il n’y a pas toujours le nombre d’emplois suffisants. Il faut que des leviers de l’Etat créent de l’emploi. On est un peu lassés par les discours nationaux ; on a l’impression que l’Etat ne se sert pas de tous ses leviers.
Le RSA ne suscite pas l’assistanat
Le manque d’accompagnement efficace, c’est justement ce qui pêche dans le RSA. La Cour des comptes avait formellement identifié ce manque, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI. “Rempart contre la grande pauvreté”, le RSA ne mène pas à l’emploi. En dix ans d’existence, le RSA démontre qu’il n’est pas une trappe à inactivité. Qu’il ne suscite pas l’assistanat.
En revanche, le manque d’accompagnement est préjudiciable pour pouvoir s’en sortir. C’est ce que soulignait la Cour des Comptes dans son dernier rapport où un autre département d’Occitanie, l’Aude, a aussi servi d’exemple. L’Hexagone compte 3,6 millions de Français bénéficiaires du RSA (pour une dépense de 3,05 milliards d’euros à raison d’un montant moyen de 556 € mensuels) dont 202 700 bénéficiaires en Occitanie, en juin 2026.
Olivier SCHLAMA