Rives & Eaux : Dans les coulisses d’une journée d’été où chaque goutte compte

Jaugeur de gestion de l’eau. Ph. Laurent Pascal.

Rives & Eaux du Sud Ouest gère en Occitanie et Aquitaine un peu moins d’une centaine d’ouvrages et de retenues d’eau permettant d’alimenter près de 3 500 km de rivières. Un outil et un travail de l’ombre indispensables vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour garantir un partage équilibré de l’eau.

Au cœur de l’été, avec des températures supérieures à 30 degrés et pas une goutte de pluie depuis des semaines, une promenade au bord du Gers, de la Gimone, de la Save ou de la Baïse offre un peu de fraicheur aux habitants du Sud-Ouest.

Pourtant, l’eau de ces rivières de Gascogne, ne coule pas “toute seule”. Derrière ce qui paraît naturel, se cache un travail de l’ombre mené vingt-quatre heures sur vingt-quatre par les équipes de Rives & Eaux du Sud-Ouest.

Au cœur du système Neste et des réseaux hydrauliques, gérés par l’entreprise tarbaise depuis plus de 65 ans, des techniciens, des hydrologues, des agents de terrain et des spécialistes de la relation client veillent chaque jour à un équilibre fragile : préserver les milieux naturels, en réalimentant les rivières en eau, tout en sécurisant l’accès à l’eau potable, les besoins industriels et les usages agricoles.

Pour mieux comprendre cette mission essentielle, direction Tarbes et des territoires du Sud-Ouest pour suivre une journée type des équipes de Rives & Eaux, en plein cœur de la campagne estivale.

Pour maintenir la vie dans les cours d’eau et autour, il faut les réalimenter grâce à un système d’ouvrages hydrauliques : barrages, canaux, rigoles…”

Gaëlle, technicienne hydrométrie à la gestion de l’Eau

7h30. Débriefing entre les équipes de nuit et de jour. Dans la salle de gestion des eaux du siège de Tarbes, les écrans affichent des centaines de données : niveaux des lacs, débits des cours d’eau, prévisions météo, consommations enregistrées la veille, alertes de terrain… Ici, la vigilance ne s’arrête jamais.

Ph. Laurent Pascal.

“Nous travaillons vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept pendant toute la campagne estivale”, explique Gaëlle, technicienne hydrométrie à la gestion de l’Eau (GDE). “Notre mission, ajoute-t-elle, c’est de maintenir les débits des rivières.” Car contrairement à ce que l’on imagine souvent, certaines rivières du territoire ne disposent pas naturellement d’assez d’eau en été et dépendent d’un système hydraulique complexe et administré. “Pour maintenir la vie dans les cours d’eau et autour, il faut les réalimenter grâce à un système d’ouvrages hydrauliques : barrages, canaux, rigoles, etc.”

Des centaines de kilomètres pour collecter des informations essentielles

Le principe paraît simple : stocker l’eau durant les périodes favorables puis la restituer progressivement pendant les mois les plus secs. Mais, dans les faits, c’est un travail d’équilibriste où chaque décision compte et doit être prise dans l’instant, en anticipant les jours et semaines à venir.

9 heures. Sur le terrain, les yeux de Rives & Eaux. Pendant que les gestionnaires analysent les données, douze surveillants de rivières sillonnent le territoire. Leur mission ? Relever les compteurs installés chez les usagers. À bord de leurs véhicules, ils parcourent des centaines de kilomètres pour collecter des informations essentielles au pilotage de la ressource, en complément des données collectées de manière automatique.

“Sans données fiables, il est impossible de piloter correctement la ressource”

PH. Rives et Eaux.

Marine, coordinatrice technicienne prélèvements eau, détaille les enjeux pose : “La gestion des compteurs est essentielle. Elle permet de connaître précisément les volumes consommés, de vérifier que les volumes autorisés sont respectés et de garantir la solidarité et l’équité entre tous les usagers.”

Les données recueillies servent également à détecter d’éventuels dysfonctionnements. “Un compteur qui ne fonctionne plus correctement peut fausser notre vision de la ressource. Les surveillants sont souvent les premiers à repérer un problème.” Leur travail alimente ensuite les outils utilisés quotidiennement par les équipes de la Gestion de l’Eau. “Sans données fiables, il est impossible de piloter correctement la ressource”, insiste Marine.

“Si une rivière descend sous certains seuils, la faune et la flore peuvent être directement impactées”

11 heures. Derrière les écrans, le pilotage des rivières. Retour à la salle de la gestion de l’Eau. Sur les écrans, les données remontées du terrain viennent compléter celles des nombreuses stations de mesure réparties sur le territoire. Gaëlle suit l’évolution de plusieurs cours d’eau en temps réel. “Notre travail consiste à vérifier que les débits restent conformes aux objectifs fixés pour le soutien des milieux naturels.” Car avant même de parler d’agriculture, d’industrie ou d’eau potable, la priorité reste la préservation des écosystèmes aquatiques. “Si une rivière descend sous certains seuils, la faune et la flore peuvent être directement impactées.”

“Nous sommes en quelque sorte les aiguilleurs de l’eau”

Pour éviter cela, les équipes pilotent à distance les vannes, ajustent les lâchers d’eau depuis les réserves et modélisent les besoins à venir. “Nous tenons compte de la météo, des usages, de l’historique des années précédentes, mais aussi des événements imprévus. Notre objectif est simple : faire durer la ressource sur toute l’année.” Et d’ajouter : “Nous sommes en quelque sorte les aiguilleurs de l’eau”. Mais derrière les courbes et les tableaux de bord se cache un métier méconnu du grand public et pourtant indispensable : jaugeur.

Salle gestion des eaux. Photo Laurent Pascal

Les jaugeurs, les yeux dans l’eau. Quelques heures plus tôt, sur les berges d’un cours d’eau, les équipes d’hydrométrie étaient déjà à l’œuvre. Car si les stations automatiques transmettent des données en continu, elles ne suffisent pas à elles seules. “Une rivière est vivante. Ce n’est pas un tuyau”, formule Jérémie, ingénieur gestion de l’eau. “Les crues modifient les fonds, la végétation évolue, des embâcles peuvent apparaître. Si nous ne contrôlions pas régulièrement les mesures sur le terrain, nous risquerions de prendre des décisions sur des données inexactes.”

“Un travail de précision qui s’effectue toute l’année, quelles que soient les conditions météorologiques”

Bottes aux pieds, les jaugeurs réalisent des mesures extrêmement précises directement dans l’eau. À l’aide de dopplers et de matériels électroniques de précision, ils mesurent la vitesse de l’eau à différents endroits du cours d’eau afin de calculer son débit réel. “Il faut parfois trois-quarts d’heure pour réaliser un seul jaugeage”, précise Jérémie. “C’est un travail de précision qui s’effectue toute l’année, quelles que soient les conditions météorologiques.” Ces opérations permettent notamment de recalibrer les stations automatiques et de garantir la fiabilité des décisions prises ensuite par les gestionnaires de l’eau.

“Notre rôle est de fournir une donnée fiable qui permettra ensuite d’orienter la ressource là où elle est nécessaire.” De retour au siège, les résultats des jaugeages rejoignent les milliers d’informations exploitées quotidiennement. “Nuit et jour, nous analysons les données collectées, les prévisions météorologiques et les informations provenant notamment des barrages de montagne”, précise Gaëlle.

Garantir un partage équilibré de l’eau

Jaugeur de gestion de l’eau. Photo Laurent Pascal

13 heures. Un incident n’attend jamais. Le téléphone sonne. Dans un secteur, un dysfonctionnement est signalé. Un compteur bloqué pourrait empêcher un exploitant de prélever son eau. L’information est immédiatement transmise à un agent de terrain. C’est tout l’intérêt du dispositif d’astreinte mis en place par Rives & Eaux.

Direction les coteaux gersois où Antoine, agent de secteur, se prépare à intervenir. “Notre rôle, dit-il, est d’assurer une continuité de service. En pleine saison d’irrigation, une panne de compteur, une fuite ou un problème de vanne peut rapidement devenir problématique pour un agriculteur.” Chaque jour, il parcourt plusieurs dizaines de kilomètres pour intervenir sur les réseaux. “Nous sommes les premiers relais du terrain. On répare les équipements, on contrôle leur bon fonctionnement et on accompagne les usagers lorsqu’ils rencontrent des difficultés techniques.”

Au-delà des réparations, les échanges avec les agriculteurs sont aussi une source précieuse d’informations. “Une baisse de pression, un fonctionnement inhabituel ou une anomalie observée sur une installation peuvent nous aider à comprendre ce qui se passe sur un secteur.”

Pendant ce temps, la salle de Gestion de l’Eau à Tarbes poursuit sa surveillance continue. Car chaque compteur relevé, chaque intervention technique et chaque jaugeage contribuent à un même objectif : garantir un partage équilibré de l’eau.

“Puis-je irriguer aujourd’hui ? Quel volume me reste-t-il ? Pourquoi des restrictions sont-elles mises en place ?”

15 heures. Quand les usagers appellent. L’été est aussi la période où les demandes affluent. Dans les bureaux de la Gestion des Clients, le téléphone ne cesse de sonner. Les questions sont nombreuses : Puis-je irriguer aujourd’hui ? Quel volume me reste-t-il ? Pourquoi des restrictions sont-elles mises en place ? Pourquoi y a-t-il tant d’eau qui passe ici et maintenant alors que je n’en ai pas besoin ? Les équipes répondent quotidiennement aux agriculteurs, industriels et collectivités. “Notre rôle est d’accompagner les usagers et de leur expliquer les décisions qui sont prises, remettre en perspective les constats localisés dans le système global de gestion de l’eau”, explique Célia, conseillère clientèle.

Les situations sont parfois sensibles. “Chacun souhaiterait disposer de davantage d’eau, surtout lors d’un été sec. Notre mission consiste à trouver des solutions tout en rappelant les règles collectives.” Dans cet équilibre délicat, les priorités sont clairement définies : préservation des milieux naturels, alimentation en eau potable, besoins industriels puis usages agricoles.

Ces technologies permettent de gagner en réactivité, mais elles ne remplacent pas l’expertise humaine

16 heures. Les outils numériques au service du terrain. Dans son bureau, Joan surveille plusieurs installations à distance. Grâce aux outils de télégestion, il analyse en temps réel le fonctionnement des stations et des réseaux. “Nous pouvons détecter rapidement certaines anomalies sans attendre qu’elles aient des conséquences sur le terrain.” Ces technologies permettent de gagner en réactivité, mais elles ne remplacent pas l’expertise humaine. “Les données sont précieuses, mais rien ne remplace les observations réalisées par les équipes sur place.” Un constat partagé par l’ensemble des services. À mesure que les épisodes climatiques deviennent plus intenses, l’expérience des agents et leur connaissance fine du territoire prennent une valeur croissante.

“Un outil d’aide à la décision pour le territoire”

18 heures. La concertation, étape indispensable. La journée n’est pas terminée. Les analyses produites par Rives & Eaux alimentent les réunions de concertation auxquelles participent les acteurs du territoire, les services de l’État, les représentants d’usagers. Pierre, directeur de l’exploitation, résume le rôle de l’établissement : “Nous sommes un outil d’aide à la décision pour le territoire. Nous fournissons des analyses, des scénarios et des propositions de gestion. L’objectif est toujours d’éviter des interdictions totales de prélèvement et préserver la ressource jusqu’à l’hiver.”

Volumes disponibles, prévisions météorologiques, état des réserves et consommations observées : toutes les informations sont mises en commun afin de définir les meilleures modalités de gestion et de partage de l’eau. “Notre rôle est ensuite d’accompagner les mesures décidées et leur mise en œuvre auprès des usagers.” Face à l’accélération du changement climatique, ces outils continuent d’évoluer pour intégrer toujours plus finement les prévisions météorologiques et les informations remontées du terrain.

“Fière de contribuer à maintenir cet équilibre fragile”

20 heures. Une mission de solidarité. Alors que la plupart des habitants rentrent chez eux, les équipes de Rives & Eaux poursuivent leur mission. Derrière chaque rivière soutenue, chaque exploitation agricole alimentée, chaque robinet qui coule ou chaque activité économique qui fonctionne, il y a une organisation complexe et une mobilisation permanente. Marine résume l’esprit qui anime les équipes :
“L’eau est une ressource partagée. Notre rôle est de faire en sorte que chacun puisse en bénéficier tout en préservant l’environnement. Je suis fière de contribuer à maintenir cet équilibre fragile.”

En période de canicule et de sécheresse, cette exigence prend une dimension particulière. Car gérer l’eau aujourd’hui, ce n’est plus simplement distribuer une ressource. C’est anticiper, mesurer, arbitrer, expliquer et préserver.
Une mission discrète mais essentielle, qui permet chaque été au territoire de trouver le point d’équilibre entre les besoins humains et ceux de la nature.

O.SC.

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