Aude / Ariège : Les forteresses du Languedoc inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco !

Aguilar. Ph. Philippe Benoist, AMPM

Fortifications de Carcassonne, châteaux de Lastours, Termes, Aguilar, Peyrepertuse, Quéribus, Puilaurens et Montségur sont désormais labellisées comme biens de l’humanité. Une très bonne nouvelle dans un océan de mauvaises. Y compris pour la région et le tourisme. Comme l’explique Hélène Sandragné, présidente du département de l’Aude pour qui ce projet donne un “nouveau souffle” au département.

Entre Aude et Ariège, huit citadelles quasi-millénaires étaient candidates sérieuses au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est fait. Il y a un an, la candidature avait été officiellement déposée pour ce système défensif historique de ces huit “forteresses royales du Languedoc”, unique au monde, une étape importante dans un chemin qui a commencé il y a 13 ans.

“C’est une immense fierté d’obtenir l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco pour nos forteresses. Elles rejoignent les grands sites qui racontent l’histoire de l’humanité. Cette reconnaissance nous engage à faire vivre cet héritage en déployant un projet de territoire utile à nos villages, à leurs habitants et à tous ceux qui viendront les découvrir”, réagit Hélène Sandragné. La présidente du département de l’Aude n’a pas pleuré comme le fit son homologue, Jean-Paul Fournier, désormais ex-maire de Nîmes, pour le couronnement de la Maison Carrée, mais les larmes se sont arrêtées au bord des yeux.

J’ai ressenti beaucoup d’émotion lors de l’annonce ; je suis fière pour l’Aude. C’est un nouveau souffle pour le département”

Hélène Sandragné, présidente du département de l’Aude

“J’ai ressenti beaucoup d’émotion lors de l’annonce ; je suis fière pour l’Aude. C’est un nouveau souffle pour le département”, formule-t-elle depuis la Corée du Sud, où la décision de l’Unesco, agence de l’Onu, a rendu sa décision publique. Un département meurtri par les crises successives. Le manque d’eau. Le réchauffement climatiques. Les inondations. Les incendies. Ce label est un événement béni dans une succession d’avanies.

Hélène Sandragné lors de l’annonce en Corée du Sud.PH. Milena Gruat

Les forteresses, c’était La candidature de la France en 2026. “L’Unesco nous dit, avec cette inscription : venez ici, vous y verrez des choses que vous ne verrez nulle part ailleurs dans le monde.” Certes, les plages du Débarquement en Normandie ont aussi été couronnées aujourd’hui mais c’est un cas particulier : “Nous sommes la seule candidature 2026 de la France. Ces plages étaient, elles, en attente du feu vert depuis des années, décrypte l’élue, l’Unesco se posait la question de savoir si inscrire ces plages où s’est déroulée la Seconde Guerre mondiale étaient compatibles avec le message de paix de l’agence. La réponse est oui : elles ont permis de se délivrer du joug nazi.

“Les forteresses étaient le symbole de l’oppression du peuple occitan qui s’est révolté à l’époque. Avec ce label, c’est l’occasion pour lui de se relever”

Ces forteresses du Languedoc représentent elle aussi un morceau de bravoure. C’est un système défensif du 13e siècle unique en son genre. Lui aussi militaire. Hélène Sandragné a cette formule : “Les forteresses étaient le symbole de l’oppression du peuple occitan qui s’est révolté à l’époque. Avec ce label, c’est l’occasion pour lui de se relever.” A un an de la présidentielle, c’est aussi un message de paix et d’unité qui se trouve valorisé.

Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, réuni à Busan (République de Corée) pour sa 48e session, a donc inscrit ce jour les forteresses royales capétiennes du Languedoc sur la Liste du patrimoine mondial. Par cette décision, l’Unesco reconnaît la Valeur Universelle Exceptionnelle de ce bien en série, qui s’étend sur une région, deux départements l’Aude et l’Ariège, six communautés de communes et huit communes, sur plus de 9 400 hectares.

Chaque monument racontera son histoire spécifique, parfois à travers des personnages historiques comme Olivier de Terme, l’un des acteurs majeurs de notre histoire dans ce territoire”

Que de chemin parcouru ! “Cela fait 13 ans que l’on attend ça”, exprime Hélène Sandragné, rappelant les innombrables casse-têtes du dossier de candidature ;  les visites de scientifiques, historiens géographes… Les rapports… Septembre 2025, puis mai 2026… Les dates se rapprochent du dénouement espéré. Un grand oral. “Cette inscription à l’Unesco nous oblige”, précise Hélène Sandragné. Ce qui signifie que plan de gestion va bientôt s’appliquer pour la protection et parfois la restauration de ces forteresses en vue de leur “transmission aux générations futures”, comme le demande justement l’Unesco. Treize années d’attente mais c’est, en réalité, là que tout commence !

L’équipe du département de l’Aude. Ph Milena Gruat

Il va falloir établir une stratégie touristique. “C’est un bien exceptionnel, comme l’a reconnu l’Unesco. Il faut le montrer ; il faut accueillir ces touristes ; les loger ; leur en expliquer l’histoire. Or, l’originalité, c’est que ce sont des biens dits en série : il y a en huit. Et on ne va pas raconter dans chacune la même histoire. Chaque monument racontera son histoire spécifique, parfois à travers des personnages historiques comme Olivier de Termes, l’un des acteurs majeurs de notre histoire dans ce territoire. En clair, il faut faire vivre cet ensemble. Il faut harmoniser les pratiques ; la gestion. L’association du patrimoine mondial que nous avions constituée est vouée à disparaître. Nous allons faire une étude pour savoir quelle structure idoine pourra porter le projet.”

Une étape majeure de l’histoire politique, militaire et territoriale de l’Europe médiévale

Les remparts de Carcassonne (Aude).Ph. Philippe Benoist, AMPM

Ces forteresses sont composées de huit monuments : les fortifications de Carcassonne ainsi que les châteaux d’Aguilar, Lastours, Montségur, Peyrepertuse, Puilaurens, Quéribus et Termes. Conçu comme un système défensif cohérent, cet ensemble illustre une étape majeure de l’histoire politique, militaire et territoriale de l’Europe médiévale. Le château et les remparts de Carcassonne Le château de Puilaurens.

Un travail scientifique conduit depuis 2013

Dominant les reliefs escarpés des Corbières et de la Montagne Noire, ces forteresses témoignent de l’adaptation exceptionnelle de l’architecture militaire aux contraintes topographiques et de l’émergence de nouvelles formes d’organisation du territoire par la monarchie française. Cette inscription vient saluer le travail scientifique, patrimonial et collectif piloté par le département de l’Aude et l’AMPM (Association mission patrimoine mondial) et conduit depuis 2013 avec l’ensemble des partenaires engagés dans cette candidature.

Préserver ces lieux emblématiques en favorisant leur gestion durable et leur transmission intacte

Lastours. Ph. Philippe Benoist, AMPM

Cela va de l’État, les collectivités territoriales, les propriétaires des monuments, les équipes scientifiques, les gestionnaires des sites et aux nombreux acteurs qui œuvrent quotidiennement à leur conservation et à leur transmission. L’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco permet de reconnaître et de protéger les sites d’une valeur universelle exceptionnelle pour les générations présentes et futures. Il engage les États membres à préserver ces lieux emblématiques tout en favorisant leur gestion durable, leur restauration et leur transmission intacte au fil du temps.

Cette reconnaissance joue un rôle majeur dans le développement du tourisme responsable, en stimulant les économies locales et en sensibilisant le grand public à l’importance de la diversité culturelle. Elle rappelle que ces monuments racontent une histoire commune aux peuples européens : celle des frontières, de leur construction, de leur évolution et des échanges qui les ont traversées au fil des siècles.

Le château d’Aguilar Le château de Peyrepertuse

Peyrepertuse Nord. Ph. Philippe Benoist, AMPM

Cette nouvelle étape renforcera la coopération entre les différents gestionnaires des sites, favorisera le développement des programmes de recherche, encouragera les actions de médiation auprès des publics et contribuera à un développement touristique respectueux des monuments, des paysages et des habitants.

Cette inscription marque avant tout le début d’une nouvelle étape pour ce territoire, ouvrant la voie à une belle et longue aventure de développement local renouvelé.  En rejoignant la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, ces monuments intègrent un réseau de biens reconnus pour leur contribution exceptionnelle à l’histoire de l’humanité et pour la responsabilité collective qu’ils incarnent en matière de protection et de transmission du patrimoine.

Nouveau souffle à notre action en lien avec le patrimoine architectural, dans la lignée de notre engagement historique pour le Pays cathare”

Hélène Sandragné, présidente du département de l’Aude. DR

En février dernier, Hélène Sandragné, présidente du département a voulu “rétablir quelques vérités et répondre à des attaques injustifiées”. La présidente du département avait dit que “ce projet donne un nouveau souffle à notre action en lien avec le patrimoine architectural, dans la lignée de notre engagement historique pour le Pays cathare. Car notre démarche d’inscription n’est en rien un reniement de notre passé ni un combat identitaire, et je m’inscris en faux face à ceux qui veulent y voir une réécriture de l’histoire. La croisade contre les Albigeois, la mainmise du pouvoir royal sur l’Occitanie au XIIIe siècle, les souffrances du peuple d’alors, nous les connaissons aussi bien que d’autres”, avait poursuivi la présidente de l’exécutif audois.

Elle répondait  à une mobilisation occitaniste au cours de laquelle des militants dénonçaient le nom de la candidature, “Forteresses Royales”, qui rendrait hommage au Roi de France en 1244 au détriment des victimes de l’histoire, les cathares. Faux rétorquait également Hervé Baro, de l’Association mission patrimoine.

Olivier SCHLAMA