Agglopôle de Sète, Région Occitanie et département de l’Hérault ont réuni 20 M€ répartis entre aides d’urgence et investissement pour protéger huîtres et moules des crises sanitaires dont les professionnels sont victimes. “Cela répond partiellement à l’urgence mais pas à la situation critique de beaucoup d’entreprises », réagit Patrice Lafont, président du comité régional conchylicole. Président de l’Agglopôle, Loïc Linares pose : “Est-ce que l’on veut que cette activité perdure dans le bassin de Thau ? Si c’est oui, allons-y collectivement. » Pour le conseiller régional Sébastien Denaja, “ce sujet est au coeur des élections locales ».
Maire de Mèze et vice-président de l’Agglôpole de Sète, Thierry Baeza, l’a redit devant la nouvelle préfète de l’Hérault : “Si on ne fait rien, on est dans la merde ; et ce sont surtout les professionnels qui le seront.” La scène se déroule lors du conseil extraordinaire du Comité régional conchylicole de Méditerranée, ce mardi, dans la cité du Boeuf, dans le cadre de la fermeture de l’étang de Thau et de l’interdiction de vente des huîtres et des moules depuis le 30 décembre de cette zone de production qui représente 10 % de la production française. Et ce, pour cause de norovirus.
Madame la préfète, je vous demande de bloquer toute urbanisation tant que la ville n’est pas en règles en matière d’assainissement”
La colère blanche de Thierry Baeza, lui-même fils de conchyliculteur, s’est accompagnée d’une sentence : “Si on ne fait rien très vite, c’est toute la profession qui va disparaître…” Et de demander solennellement : “J’aimerais que l’on mandate un bureau d’études indépendant pour savoir ce qui se passe dans les réseaux et ensuite Madame la préfète je vous demande de bloquer toute urbanisation tant que la ville n’est pas en règles en matière d’assainissement. » Il parlait de Sète, évidemment, soupçonnée de voir ses réseaux d’eaux déborder lors d’épisodes méditerranéens.
Pas d’ouverture de l’étang encore envisagée

Cet après-midi, les collectivités territoriales mobilisent en tout plus de 20 M€ en 2026 pour faire face à l’urgence de cette crise sanitaire. “Sète Agglopôle Méditerranée, le département de l’Hérault et la région Occitanie réaffirment leur soutien total à la filière conchylicole du bassin de Thau, aujourd’hui confrontée à une situation d’une extrême gravité, après plusieurs crises successives. Après l’épisode de malaïgue de l’été dernier, la filière subit une nouvelle fermeture de l’étang intervenue en décembre, à la suite d’épisodes pluvieux intenses et la détection du norovirus. Cette situation a été prolongée d’un mois à compter du 20 janvier au regard des nouvelles pluies enregistrées le week-end dernier engendrant un impact économique majeur pour les professionnels, à une période cruciale pour leur chiffre d’affaires. » Pas encore de remise sur le marché des coquillages donc.
“Au-delà des pertes économiques directes, les conchyliculteurs sont également confrontés à un préjudice d’image important, alimenté par une communication laissant entendre, à tort, que leurs produits seraient dangereux. Les collectivités souhaitent être parfaitement claires : l’étang de Thau n’est pas pollué.”
Répondre à l’urgence économique et sociale
Cette nouvelle crise appelle des mesures immédiates, pour répondre à la situation financière critique de nombreux exploitants. Dans le cadre de leurs compétences, les collectivités annoncent et confirment des mesures d’aides pour soutenir la filière. Une enveloppe totale de 1,5 M€ € d’aide directe est mise en place dès le mois de février par Sète Agglopôle Méditerranée (500 000 €), le département de l’Hérault (500 000 €) et la Région Occitanie (500 000 €). Il s’agira d’une aide versée en fonction du nombre de tables conchylicoles de chaque entreprise. Avec une bonification sera apportée aux conchyliculteurs installés depuis moins de 5 ans.
Les trois collectivités mobilisées

Sète Agglopôle Méditerranée confirme pour l’année 2026 la mise en place d’une année blanche pour les déchets conchylicoles pour 1 M€ ; l’accélération des travaux sur les réseaux d’assainissement (13 M€) avec un calendrier travaillé et précisé lors du comité de lagune ; la priorisation des investissements dans les infrastructures pluviales, afin d’agir en amont et de limiter les risques de saturation des réseaux d’assainissement lors d’épisodes météorologiques intenses (1 M€) ; l’exonération des redevances eau potable et eaux usées (130 000 €).
Le département de l’Hérault s’engage, lui, sur l’exonération de la redevance pour les professionnels présents dans les ports départementaux de la lagune de Thau (120 000 euros) ; la poursuite du Conchylitour pour mettre en valeur la profession, leurs produits et le territoire ; la conduite d’une étude sur la faisabilité de mise à l’abri préventive dans des Mas inoccupés dans les ports du département.
Investir dans la mise à l’abri des coquillages
Enfin, la Région Occitanie a décidé d’investir pour la mise à l’abri des coquillages. D’une part une enveloppe de 2,8 M€ (Feampa + Région) est prévue pour des projets de mise à l’abri individuelle (taux d’aide 50 %) et en petit collectif (60 %) ; d’autre part une réunion se tiendra le 4 février pour finaliser le dimensionnement du projet de mise à l’abri de coquillage et la prise d’eau en mer réalisée sur le port de pêche de Sète-Frontignan pour un montant estimé entre 5 M€ et 10 M€. La collectivité exonère de taxes portuaires pour un an les conchyliculteurs installés sur le port de Sète-Frontignan tout en s’engageant à payer sous 30 jours les aides Feampa en attente (7 dossiers 700 000 €). La collectivité régionale propose aux conchyliculteurs un moratoire de un à deux ans pour les prêts octroyés par la Région lors de la dernière crise il y a deux ans ainsi qu’une nouvelle enveloppe de 275 000 € pour faire de nouveaux prêts dans les mêmes conditions.
“Est-ce que l’on veut que cette activité perdure dans le bassin de Thau ? Si c’est oui, allons-y collectivement”
Président de l’Agglopôle, Loïc Linares ressent-il cette angoisse collective ? « Cette réponse d’urgence est un premier pas, un chemin. Cela répond à une urgence pour des trésoreries qui sont parfois dans une situation très compliquée. Mais nous devons structurer tout cela ensuite. Il nous faut évaluer l’état des entreprises et voir comment on peut les aides dans un second temps. On a la volonté de se saisir de cette séquence, une de plus. » Ce débat doit-il s’inviter dans les municipales ? « Oui, pourquoi pas. Nous avons une réunion cette après-midi avec les maires sur l’importance de cette activité et la solidarité à avoir avec les conchyliculteurs. Est-ce que l’on veut que cette activité perdure dans le bassin de Thau ? Si c’est oui, allons-y collectivement.”
“Cela répond partiellement à l’urgence mais pas à la situation critique de beaucoup d’entreprises”

Interrogé, Patrice Lafont, président du Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée réagit : “Cela répond partiellement à l’urgence mais pas à la situation critique de beaucoup d’entreprises. Ce n’est pas seulement liée à la crise actuelle qui est très importante mais à l’accumulation des crises des trois dernières années. Nous avons des situations tellement graves… Nous sommes davantage satisfaits aujourd’hui qu’avant-hier ; l’enveloppe a plus que doublé. Maintenant, il va falloir regarder cela au cas par cas. Il y a les aides directes et indirectes et ensuite toutes les autres mesures. Dans l’accompagnement, il y a beaucoup de choses. On va jouer notre rôle de guichet unique. Il faut évaluer les effets levier ; les préjudices et les difficultés de chacun, etc. Cela faisait très longtemps que les professionnels, 300 chefs de familles, ne s’étaient pas mobilisés comme cela. Ils étaient 300 mardi soir à Mèze et ils ont exprimé toute leur souffrance. Cela fait trois ans que je tire la sonnette d’alarme.“
Et d’ajouter : “On est dans une période où normalement, après les fêtes, on aurait dû rentrer de la trésorerie pour re-remplir les parcs pour la récolte de l’année prochaine. Or, les aides sont étalées : la moitié vont être réglées en février ; et l’autre ce sont des exonérations. Il y a tellement de paramètres… Sans parler des aides structurelles, sur les travaux, sur la mise à l’abri de la production qui pourra être à Frontignan à l’échelle collective mais on regarde aussi les capacités individuelles dans les zones conchylicoles, là où on a de l’espace.”
“On n’imagine pas que ni les citoyens ni les candidats puissent s’en désintéresser”

De son côté, le conseiller régional Sébastien Denaja s’exprime : “Evidemment que ce sujet est au coeur des élections locales : on parle d’une filière structurante pour l’économie locale. Majeure. Identitaire. La conchyliculture, c’est bien au-delà de l’aspect économique. C’est une identité, un patrimoine, une âme. Une carte de visite touristique. C’est un enjeu public majeur. Naturellement, on n’imagine pas que ni les citoyens ni les candidats puissent s’en désintéresser. Nous sommes dans une situation d’une extrême gravité, et pour certains exploitants, une crise de trop. »
Sur ce sujet, on ne parle que par périphrases de la responsabilité de la ville de Sète… “Ce qui compte, c’est que chacun agisse à son niveau de responsabilité, dit-il. Et que la solidarité totale s’exerce. La Région prend 100 % de ses responsabilités dans son champ de compétence. La Région n’est pas compétente pour le réseau d’assainissement de Sète. On a la compétence du développement économique.”
Réunion avec tous les acteurs le 4 février
Sébastien Denaja complète : “Il y a eu une aide directe de 500 000 €, autant que l’Agglo de Sète et le département. Nous le faisons aussi pour des mesures structurantes de long terme pour lesquelles nous sommes prêts à investir une somme évaluée entre 5 M € et 10 M€ pour une structure de mise à l’abri de l’ensemble des conchyliculteurs sur la zone halieutique du port de Sète-Frontignan réservée depuis dix ans. On parle d’un foncier où la Région a renoncé à 90 000 € de redevance par an, soit 900 000 € non perçus. Là, on accélère : on en a fait, lors d’une réunion du contrat de filière, de ce sujet la priorité numéro un. Et, dès le 4 février, il y a une réunion avec tous les acteurs sur ce sujet. On est prêts à mobiliser au total entre 5 M€ et 10 M€.”
Olivier SCHLAMA