Souffrance au travail : d’un Mc Do bloqué à Toulouse à une clinique auscultée à Montpellier

Le mal-être au travail se généralise. Les cabinets de psy se remplissent. Dans cet océan de difficultés, certains, à l’instar de la clinique Saint-Roch, à Montpellier, tentent d’inventer des solutions et de préserver le capital…humain.

On est foutus, on mange trop ! chantait avec son inimitable humour décalé Alain Souchon, en 1978. L’un de ses héritiers pourrait inventer la version moderne lié au mal du siècle : on est foutus, on travaille trop ! Le mot travail est, certes, issu du latin tripalium qui désigne un instrument de torture. Le voilà en pleine adéquation avec sa définition d’origine.

Les exemples de mal-être au travail fourmillent. Il y a quelques jours, des salariés du McDonald’s de Blagnac, à Toulouse, se sont mis en grève. Sous-effectifs, heures supplémentaires non payées, clients mal servis, exploitation… Le tout payé 300 euros à 400 euros pour 15 heures de  travail harassant… Mc Do, tout un symbole de la mal-bouffe. Du mal-travail…

L’époque s’offre même de gentils gourous qui inventent des théories agréables à entendre mais floues. Comme le concept de « slow », sur le modèle du slow foodslow cityslow educationslow sciencesslow health, et donc  slow management qui, évidemment, s’appliquerait à la slow économie. Le slow, généré par des théories plus ou moins fumeuses, veut prendre son temps face à l’accélération mortifère des rythmes de travail. A la course à la croissance et aux profits. Pour ne plus se tuer au travail.
Les groupes de paroles envahissent les cabinets des psy et les réseaux sociaux. Ainsi, Nathalie qui se fait aider par une psychologue, lance un SOS dans un groupe Facebook : en arrêt depuis deux mois pour harcèlement, elle craque et demande une rupture conventionnelle à son employeur. Elle se sent en angoissée car culpabilisée par sa hiérarchie qui l’accuse de « profiter du système » comme s’il « fallait que j’endosse leur responsabilité » ! Un autre : « Le boulot m’a démotivé et cassé… » Un dernier décrit avec précision le mécanisme de déconstruction de l’individu.

« Le télétravail se heurte, en France, à  l’inquiétude de l’employeur de ne pouvoir contrôler l’effectivité de la tâche… »

Face à la généralisation de la souffrance au travail qui touche plus de trois millions d’actifs pour un coût dépassant les 80 milliards d’euros selon le ministère du Travail en 2010, certains tentent d’inventer des solutions. Comme remettre au goût du jour le travail à la maison. Ils ont même créé un mot : télétravail. Les déplacements domicile-travail représentent collectivement plus de 150 milliards de kilomètres, conduisent à consommer quatre milliards de litres de carburant et à émettre plus de cinq milliards de mètres cubes de CO2. Le télétravail n’a que des avantages, y compris des économies en temps et une économie de budget familial. Pour l’employeur, c’est accroissement de productivité du salarié garanti. Mais le travail chez soi a un inconvénient majeur expliquant le retard majeur français  : l’inquiétude de l’employeur de ne pouvoir contrôler l’effectivité de la tâche… On est foutus, on pense trop !

Clinique St-Roch : l’exemple d’une démarche positive

A la clinique Saint-Roch, à Montpellier, vieille institution montpelliéraine de santé, direction et salariés, qui lui sont très attachés, ont dû faire appel à un cabinet extérieur – F-Cube – pour penser différemment depuis que la clinique a déménagé en février 2016 dans de superbes locaux à l’entrée de la 8e ville de France, proposant de nouveaux services spécialisés.

Responsable du syndicat majoritaire CGT et membre du CE, Stéphane Vannier explique : « Malgré la création de 23 équivalents temps plein (ETP), on est en manque de personnels, notamment des aide-soignants et des infirmiers. »

Devenu hyper-attractif et facile d’accès, l’établissement de 320 salariés (ETP) a vu son activité décuplée. Rien qu’entre 2015 et 2016, le nombre d’hospitalisations a cru de 14,2% et celui du nombre de patients en chirurgie ambulatoire de 35%. Les accouchements ont progressé de 12,3%. Enfin, les urgences ont explosé à + 93% » Et Stéphane Vannier de souligner que, « face à cette situation et la souffrance au travail qu’elle génère, médecin du travail et psychologue du travail ont été alertés et un courrier, signé par 160 salariés, a été remis au directeur de la clinique. » En février, un audit est lancé par ce cabinet spécialisé.

« C’est une démarche positive que nous lançons : nous voulons résoudre le mal-être et aussi valoriser les points positifs« , confie Pierre-Alain Besombes. Le DRH du groupe Oc Santé, l’un des principaux groupes de santé privé en Occitanie, siégeant à Montpellier, a préféré passer à l’action tout de suite alors que les indicateurs -absentéisme, arrêts maladie…-  ne sont pas dans le rouge. Il reconnaît « un certain épuisement professionnel, notamment des métiers de soignants, qui se sont beaucoup investis dans le transfert est qui ont besoin de reconnaissance. Ils ont l’impression d’avoir été relégués au second plan, après les nouveaux matériels neufs. C’est pourquoi, nous avons fait appel à ce cabinet pour ausculter la qualité de vie au travail qui a commencé à observer la réalité de la situation,  déterminera les urgences, les risques, etc. » Pierre-Aldin Besombes ne s’interdit pas de nouvelles embauches, si nécessaire. Mais ce n’est pas un préalable.

La clinique Saint-Roch de Montpellier a emménagé dans de nouveaux locaux en 2016. Photo : DR.

Retrouver un peu de cet esprit de famille « à temps, avant le point de non-retour… »

« Ce que nous voulons c’est apprécier ce qui relève de la perte de repères au travail avec de locaux différents, plus grands, des matériels nouveaux, etc., du reste. Ce que nous n’avions pas mesuré, c’est l’impact de ce déménagement et du nouveau mode de fonctionnement sur les salariés. » Il ne s’interdit pas non plus de recourir au logiciel baptisé Iris, mis au point par le cabinet Technologia, qui suit en temps réel la qualité de vie au travail.

Le pharmacien-gérant de la clinique, Ari Benassaya ne dit pas autre chose : « C’est une vieille institution montpelliéraine où tous les salariés se connaissent. Ils se croisaient tous les jours. Avec le déménagement, ce n’est plus le cas. Il faut recréer un lien perdu dans des locaux deux fois plus grands qu’avant… » Retrouver un peu de cet esprit de famille  » à temps, avant le point de non-retour, avant d’engendrer de la souffrance… »

Olivier SCHLAMA

> Retrouvez l’intégralité du dossier > « Souffrance au travail : il y a encore du boulot ! »