Economie : acheter un cheval en copropriété, une passion galopante

Iorana, la mère du premier poulain né en Haute-Garonne, et élevé grâce à l'argent des co-éleveurs internautes réunis par la start-up montpelliéraine MyHorseFamily. Photo : DR

Basée à Montpellier, MyHorseFamily est la toute première plate-forme en ligne d’élevage de chevaux au monde ! En 2018, son fondateur, Romain Lévy, prévoit de proposer soixante chevaux en co-élevage en 2018. On assiste à la possible naissance d’une « Licorne ». « C’est une démarche gagnant-gagnant », note l’un de ces co-éleveurs. Les éleveurs ne font ainsi pas d’avance de trésorerie. Le particulier, lui, peut assouvir sa passion sans connaître ce milieu fermé, sans se ruiner, tout en espérant faire une bonne affaire à la revente, entre un an et cinq ans après la naissance du poulain.

La première saison n’était qu’un galop d’essai. La seconde a déjà presque course gagnée : MyHorseFamily franchit tous les obstacles comme s’ils n’existaient pas. Levée de fonds, appui du conseil régional, accompagnement d’experts via « l’accélérateur » classieux de start-ups prometteuses, Numa, « nous serons à l’équilibre en 2018 et nous prévoyons dans l’intervalle de passer de six chevaux à soixante chevaux proposés en co-élevage dès 2018 », prophétise sans mal Romain Lévy,  29 ans, fondateur de MyHorseFamily qui vient à peine de souffler sa première bougie.

Le poulain né il y a 15 jours à Monoblet (Gard) est issu de Belle et Requiem, triple fois champion de France de sauts d’obstacles pour poneys. Photo : DR

Abritée au Bic (Business innovation center, l’une des meilleures structures en France permettant d’être accompagné dans son projet de création de société) de Montpellier, c’est la toute première plate-forme en ligne d’élevage de chevaux au… monde ! Certes, les mânes équines s’étaient penchées sur le  berceau du jeune Romain Lévy, né d’un père éleveur de chevaux de course, d’une mère cavalière de courses hippiques et un grand-père marchand de chevaux. « J’ai été initié dès mon plus jeune âge, précise l’intéressé. J’ai moi-même vendu des chevaux et participé à des concours hippiques puis monté en courses officielles pendant huit ans, comme jockey amateur (gentleman rider). En tant qu’amoureux du cheval, j’ai toujours partagé cette belle passion avec mes amis, mon entourage et de plus en plus de personnes au gré des rencontres. » Cette fois, il en fait un nouveau métier prometteur.

Il explique : « Le principe est simple. L’univers du cheval est fermé. Acheter un cheval et l’élever est cher ». Mais beaucoup moins à plusieurs. C’est le principe du crowndfunding appliqué à la filière équine. MyHorseFamily se propose de jouer les intermédiaires entre passionnés et éleveurs. Avec réussite. « En un an, six poulains sont nés chez nos cinq éleveurs partenaires, dont l’un se situe à Monoblet dans les Cévennes Gardoises et un autre chez Toma Stringat (L’actuelle manufacture équestre, AME), à Loudet (Haute-Garonne), où est né l’an passé le premier poulain qui fête juste son premier anniversaire. Tous ont été financés par soixante-dix particuliers, que nous appelons co-éleveurs. »

Les moitié de ces co-éleveurs s’engagent dans ce projet parce que le poulain naîtra à coté de chez eux et qu’ils pourront aller le voir

Ces co-éleveurs ont accepté d’acheter une part de ces chevaux. « Cela va de  60 euros, le minimum, à presque 8000 euros. Mais chaque projet est unique : il y a des chevaux qui sont élevés pour la course, d’autres pour le loisirs, etc. Le coût d’élevage n’est pas le même non plus si c’est un poney qui réclame moins de nourriture, etc.  » Il précise : « Le co-élevage existe depuis longtemps entre éleveurs et des connaisseurs mais ce que nous proposons c’est de démocratiser cette pratique, sans que les gens ne s’y connaissent forcément ».

L’idée séduit qui correspond à un besoin : les éleveurs ne font ainsi pas d’avance de trésorerie. Le particulier, lui, peut assouvir sa passion sans connaître ce milieu fermé, sans se ruiner, tout en espérant faire une bonne affaire à la revente, entre un an et cinq ans après la naissance du poulain. « Ces éleveurs sont des agriculteurs comme d’autres », précise Romain Lévy. Et imaginer faire d’un poney un crack du steeple-chase est un pari audacieux et risqué s’il se fait seul : il en a coûté 6000 euros pour l’entretien du premier poney né en Haute-Garonne. Et encore c’est peu : pour certains chevaux, ça se chiffre à plus de 20 000 euros.

« La moitié des particuliers qui participent à un tel projet d’élevage le font parce que le cheval naîtra près de chez eux et qu’ils pourront ainsi aller le voir ; la seconde moitié de nos co-éleveurs espère faire une bonne affaire lors de la revente », confie Damien Lévy. C’est le cas d’école d’un poney dont le père, Requiem en Lou Mineur, a été trois champion de France de sauts d’obstacles, le plus titré du pays. Pour un investissement de 6 000 euros de la naissance à la revente, ce poney-là peut se vendre plus de 10000 euros…

« Je réinvestirais dans des parts »

Recruteur de cadres, Robert Henderson à Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault) ne contredira pas Damien Lévy. « Le poney pour lequel j’ai acheté une part à 60 euros est né il y a quinze jours pas très loin de chez moi. Je pourrais y amener ma fille qui aime les chevaux ! C’est bien ainsi de sensibiliser les jeunes. C’est aussi un lien avec la nature très fort. Un cheval, c’est beau. Intelligent. Et fragile aussi. Un poulain peut attraper une maladie et mourir. »

C’est le parcours, le cheminement qui intéresse ce « co-éleveur » qui a participé à cette opération de crowndfunding, « ce qui est une première pour moi ! » « Est-ce que l’argent va être bien utilisé ? Quel en sera le résultat ? Vont-ils arriver à vendre l’animal ? Cette démarche, ça fédère les gens de différents horizons. C’est du gagnant-gagnant. Le métier d’éleveur, c’est quand même plus une vocation qu’un métier. Je suis moi-même issu d’un milieu agricole, ajoute Robert Henderson. Pour ce néo-héraultais né en Irlande, « acheter une part à 60 euros, ça ne me ruinera pas si ça ne rapporte rien. Et si on a un retour sur investissement, je réinvestirais en achetant deux ou trois parts ! »

Filière à part entière

C’est aussi une filière économique à part entière. La filière hippique, ce sont six millions de parieurs et dix milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. Ce n’est pas tout. La filière loisir, débouché possible pour MyHorseFamily, s’est développée à grandes foulées  il y a quelques années. Et malgré une TVA  alourdie, le secteur est vivace et a des ressources. On compte plus de un million d’équidés en France, dont 71 000 poulinières et 7000 étalons. Et, surtout, 663194 licenciés, dont 27 918 en ex-Languedoc-Roussillon et 34 267 en ex-Midi-Pyrénées : c’est le 3e sport le plus pratiqué après le football, le tennis et avant le basket ! L’Occitanie compte plus d’un millier de centres équestres. L’équitation se pratique dans plus de 9000 établissements équestres en France (en hausse de 2%). Et 35 000 centres d’élevage sont recensés.

Par ailleurs, près de 180 000 personnes travaillent au sein de la filière équine. Selon les données de la MSA (Mutuelle sociale agricole), en 2015, l’emploi salarié agricole lié aux métiers équins décroît légèrement (-2%). Le secteur du galop est aussi touché (-2%) et la baisse en établissements équestres s’accentue (-3%).  Mais près de 14 milliards d’euros de flux sont générés par les activités équines, activités connexes comprises. Le secteur des courses génère à lui seul plus de 10 milliards d’euros de recettes dont 9,3 milliards d’euros d’enjeux misés sur les courses hippiques (Sources : Ifce-OESC, Ifce-SIRE, SSP-d’après Douanes, FranceAgriMer, enquêtes oesc, CCMSA).

Espoir d’une baisse de TVA pour les clubs

Jacob Legros est le président du comité régional d’équitation. Il dit : « La discipline se porte bien. On est la troisième fédération sportive et même la seconde fédération si l’on ne tient compte que des femmes licenciées. En même temps, c’est très dur économiquement pour notre filière. Les perspectives d’investissement sont en baisse. On a beaucoup de mal à placer de apprentis. » La faute à trop d’impôt. » Directive européenne oblige, l’Etat français a voulu imposer un taux de TVA de 20% en 2013. Le tollé a été général. La filière s’est cabrée. Les manifs se sont succédé, y compris à l’étranger, en Espagne et à Bruxelles… Au final, deux TVA coexistent : l’une à 5,5% pour les installations sportives et certains services et à 20% pour l’enseignement, entre autres. Cela revient à une moyenne oscillant entre 10% et 12%. « C’est quand même deux fois plus qu’il y a deux ans… », souffle Jacob Legros. Mais la filière n’a pas dit son dernier mot. Il se murmure que le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, serait sensible à une baisse de cet impôt indirect. « On a espoir », ajoute le président des clubs et centres d’Occitanie.

Devant ces chiffres, un vieux cavalier philosophe : « Cet animal est à la fois puissant comme un père et rassurant comme une mère. Ce n’’est pas pour rien qu’existe l’équithérapie. » Sans parler du mythe du Centaure, fusion de la force animale et de l’émotion humaine qui a traversé les âges.

Olivier SCHLAMA

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