Vins : Moisson de médailles à Paris pour les IGP Pays d’Oc

Cave coopérative des collines du Bourdic - Une histoire qui a commencé en 1928... Photo D.-R.

Les vins en Indication géographique protégée (IGP) Pays d’Oc ont brillé au Concours général agricole de Paris qui récompense les meilleures productions françaises.

Parmi les 4 287 vins médaillés cette année (sur 16 801 échantillons présentés), les IGP Pays d’Oc, produits dans l’Hérault, le Gard, l’Aude, les Pyrénées-orientales et 6 communes de Lozère, ont « raflé » 187 médailles, dont 78 en or, 67 en argent et 42 en bronze. Une consécration au sommet pour beaucoup de caves coopératives, signe de la qualité de leurs vins. Exemple avec trois d’entre elles dans l’Hérault, le Gard et l’Aude.

Une notoriété mondialement renforcée

« C’est comme si on avait eu un examen avec mention très bien », s’enthousiasme Guillaume Bonzoms. Directeur et vinificateur de la cave coopérative Alma Cersius, 1 200 hectares en IGP Pays d’Oc et IGP Coteaux de Béziers, aux portes de la cité biterroise, dans l’Hérault. Il fait référence aux 18 cuvées médaillées cette année au Concours général agricole de Paris (CGAP). Soit 9 or, 6 argent et 3 bronze. La gamme Code, en particulier, cartonne. Lancée il y a dix ans, elle est à l’origine de la stratégie bouteille d’Alma Cersius, qualité premium et correspond à des vins de cépage.

« Un sol, un climat et des hommes au travail… » toute la philosophie des vignerons d’Alma Cersius. photo D.-R.

Heureux directeur de ces 169 « vignerons entre terres et ciel », comme dit le slogan de la cave. Guillaume Bonzoms parle volontiers de l’or remporté par la cuvée « Code révélation ». Ce blanc, un chardonnay millésime 2017, a été suivi avec passion dès le berceau. Comme tous les vins de la gamme Code, il a bénéficié « d’une sélection parcellaire très stricte, avec dégustation des baies pour déterminer avec la plus grande précision le profil aromatique du vin », éclaire le vinificateur.

Après la vendange, la macération pelliculaire (le raisin avec peau et jus) a été courte, et suivie par un élevage sur lies pendant trois mois, « ce qui donne de la rondeur ». Ce chardonnay « style méditerranéen », vendu à 3,95 euros en grande distribution, donne l’eau à la bouche. « Au nez, il exprime des notes beurrées, de noisette, ananas très mûr, pomelos. En bouche, il se révèle complexe, riche et persistant, avec des notes d’ananas mûr, de mangue. »

Cette « moisson exceptionnelle de médailles renforce notre notoriété sur le marché mondial », reconnaît Guillaume Bonzoms. Implantée sur les communes de Cers, Portiragnes et Villeneuve-lès-Béziers, Alma Cersius écoule plus de trois millions de bouteilles par an, dont 70% à l’export.

Les Collines du Bourdic battent leur record

Pour les Collines du Bourdic, dans les garrigues gardoises, le concours parisien a également été généreux en « feuilles de chêne » (le symbole des médailles du CGAP). « On n’en avait jamais autant remporté », commente son président, Gérard Bancillon.

Avec 12 médailles, dont 8 en or (contre 6 à 7 d’habitude), la cave coopérative créée en 1928 bat cette année tous ses records. Située entre « le pont du Gard, Uzès et le nord-est de Nîmes » décrit Gérard Bancillon, « notre cave, qui s’étend sur presque 1 800 hectares cultivés par une centaine de vignerons, avec une production de 125 000 hl dont 18 000 hl vendus en bouteilles, est surtout réputée pour ses blancs et ses rosés. » De par son altitude, à 90 m, « à 30 kilomètres à vol d’oiseau des Cévennes », le vignoble « se repose » la nuit, grâce à des températures plus fraîches, des pics de chaleur des jours d’été. Les vins blancs et rosés gardent, dans leur personnalité, cette fraîcheur.

D’une robe très claire, couleur « pétale de rose », la cuvée Eclat de gris, rosé IGP Pays d’Oc élaboré avec du seul grenache, s’est fait couronner d’or à Paris. « Toute la difficulté de la vinification, observe Gérard Bancillon, consiste à conserver beaucoup de fruité et d’arômes sur ces rosés très clairs, très en vogue chez les consommateurs. » En bouche, Eclat de gris délivre des arômes entre litchee et fruits rouges.

La réputation de la cave pour les blancs et les rosés tient également à une politique « un peu avant-gardiste sur les cépages. » Dès 1993 par exemple, les Collines du Bourdic plantaient « à grande échelle » du Viognier, et, dès 2010, du Gewurztramminer, cépage presque exclusivement présent, en France, en Alsace.

Motif de satisfaction du président des Collines, le concours parisien a également distingué, cette année, six cuvées en rouge de la cave (en merlot, syrah…). Le résultat, là encore, d’un travail de précision sur la sélection des parcelles, l’analyse des polyphénols (à l’origine des tanins et de la coloration du vin).

Une cuvée dinosaure

D’un an son aînée, la cave Anne de Joyeuse, à Limoux (Aude), revient de Paris avec 9 « feuilles de chêne », dont 5 décernées à des IGP Pays d’Oc (1 en or, 3 en argent, et 1 en bronze). Dans le Limouxin, réputé pour ses blancs et ses effervescents, la cave coopérative se différencie d’une double façon. Elle ne vinifie, contrairement à Sieur d’Arques, autre poids lourd de la coopération à Limoux, que des vins tranquilles. Et a toujours revendiqué de « voir la vie en rouge ».

Le soleil se lève sur les vignobles du Limouxin, une beauté immuable depuis les dinosaures, perpétuée par la cave Anne de Joyeuse..; Photo D.-R.

Dès 1972, la cave, qui réunit aujourd’hui 370 familles de vignerons, couvre 2 700 ha de vignoble et produit 5,5 millions de bouteilles, plante merlot, cabernet franc et sauvignon, réintroduit le malbec et importe en Haute Vallée de l’Aude le pinot noir. Sur ces argiles rouges ferreuses sur base de cailloutis calcaires, à 300 m d’altitude, sur ce terroir plus humide et plus froid proche des Pyrénées, le pinot noir donne le meilleur de lui-même.

Baptisée Gargantuavis ou « oiseau Gargantua qui aime le vin », clin d’oeil à cette terre riche en gisement de fossiles des derniers dinosaures, la cuvée IGP Pays d’Oc pinot noir a décroché l’or parisien. « D’une robe rubis profond, nez de griottes et fruits rouges, Gargantuavis affirme, en bouche, équilibre et rondeur », relate Heidi Van Den Akker, directrice marketing de la cave. « Ces médailles sont une preuve que l’on travaille dans l’excellence », revendique-t-elle. « Anne de Joyeuse est reconnue pour sa technicité, son accompagnement des vignerons au plan technique et environnemental. »  Les dinosaures, eux, peuvent être fiers de la cuvée qui porte leur nom.

Ida HORVAT