Vignobles : Faire-part de naissance de l’AOC Montpeyroux, cru du Languedoc

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Le 12 février dernier, le Comité national des appellations d’origine relatives aux vins, boissons alcoolisées et spiritueuses (INAO) a entériné la reconnaissance de l’AOC Montpeyroux. Cette dernière délibération met un point final à la démarche de reconnaissance engagée par les vigneron(ne)s de Montpeyroux depuis plusieurs années. Nouvelle et pourtant historique, cette petite appellation de caractère renommée pour ses vins rouges devient la toute dernière Appellation d’Origine Contrôlée du Languedoc.

L’AOC Montpeyroux est une appellation qui produit exclusivement des vins rouges. Longtemps dénigré, le carignan marque au rouge l’identité de Montpeyroux. Ses vignerons ont cru très tôt en son potentiel. Preuve en sont les plus vieilles vignes encore en production âgées de 80 ans.

La carignan pour emblème

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Bien adapté à la région et à son terroir de plus en plus aride, ce cépage apporte de la structure, de la fraîcheur et de la complexité, mais aussi l’acidité nécessaire au bon potentiel de garde des vins.

C’est tout naturellement que les vignerons ont choisi de lui rendre hommage en l’inscrivant comme cépage majoritaire dans les assemblages. Il est associé dans cette liste de premier choix au grenache, mourvèdre et syrah noirs, également retenus pour leur présence historique et leurs caractéristiques adaptés au vignoble (conditions de maturation des raisins, typicité des vins, fraicheur, complexité
aromatique, aptitude au vieillissement).

Pour élaborer un vin “Montpeyroux”, le cahier des charges prévoit au moins trois cépages dans l’assemblage et un élevage long afin de révéler toute la complexité et la structure tanique de ses palettes aromatiques (*).

De couleur pourpre soutenue dans leur jeunesse, les vins présentent “des arômes complexes de garrigue, fruits murs, zan, poivre, fleurs séchées, une structure bien présente aux tanins fins, de la rondeur et une fraîcheur marquée.” Tous ces éléments les rendant aptes à la garde.

Un vignoble de rouge, porté sur le “vert”

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L’AOC Montpeyroux compte 80 % de son parcellaire sous label environnemental :
bio (onze producteurs pour plus de 50% du vignoble), biodynamie… Au-delà des engagements particuliers vers une démarche plus verte, les producteurs de
Montpeyroux n’ont cessé de mettre en place des mesures agro-environnementales.

De plus, le contrôle assidu de suivi des cicadelles (insectes vecteurs d’une maladie
de la vigne nommée la flavescence dorée) a porté ses fruits. Depuis 2023, grâce à dix
ans de surveillance et de recensement de la population de larves encadrés par le réseau Fredon, l’engagement collectif a permis à la commune de Montpeyroux de n’être soumise à aucun traitement obligatoire (contre trois en situation classique).

L’esprit vigneron invite à la rencontre

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Dans l’ADN de Montpeyroux, il y a aussi le sens de l’hospitalité et du partage. Chaque année, le collectif de vignerons se retrousse les manches pour offrir au public des évènements fédérateurs. La grand-messe des vins de Montpeyroux, c’est Toutes Caves Ouvertes.

Chaque troisième dimanche d’avril, le village devient piéton et ouvre ses caves pour une dégustation grand public XXL. Rassemblant près de 5 000 fidèles à chaque édition, ce rendez-vous bacchique festif et familial est plébiscité pour sa convivialité.

Ph.-M.

(*) La proportion des cépages principaux est supérieure ou égale à 75 %. La proportion de chacun des cépages principaux est inférieure ou égale à 70 % de l’encépagement. La proportion des cépages mourvèdre et syrah, ensemble ou séparément, est supérieure ou égale à 20 %. La counoise et le morrastel sont limités ensemble à 10 %. Rendement maximum : 42 hectolitres / Ha.

Toute une histoire :

D’origine viticole romaine, commune au bassin méditerranéen, le village de Montpeyroux connaît son apogée à l’époque médiévale, puis moderne. Alors que la vigne se développe avec l’essor du christianisme dès le Haut Moyen-Age, l’histoire de Montpeyroux est fortement liée aux abbayes voisines de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert et Saint-Benoît d’Aniane.

Après l’âge d’or commercial des 17e et 18e siècles, le détournement des axes routiers par l’aménagement de la route royale de Paris via Lodève signe le déclin de Montpeyroux. Néanmoins, le vignoble progresse et sert notamment à l’élaboration d’autres produits comme le verdet, dérivé du cuivre.

En 1886 après la crise du phylloxera, on replante les vignes avec les cépages de
l’appellation. Principalement du carignan, mais aussi du cinsaut et du grenache.

La viticulture s’établit durablement à Montpeyroux avec la création de la cave
coopérative, fondée en 1950. Pionnière, elle développe la vente en bouteilles dès 1968. L’installation de caves particulières contribue à poursuivre la dynamique de valorisation du terroir de Montpeyroux.

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