Tourisme – Statues (5) : Une poignée de Maréchaux mais un seul petit tambour

Au Boulou (Pyrénées-Orientales) la stue du petit tambour Pierre Bayle... Photo D.-R.

L’Occitanie a vu naître une belle brochette de traineurs de sabre ! Qu’ils aient porté l’uniforme sous le Premier ou le Second Empire, ou durant la Première Guerre mondiale, ils ont laissé leur nom dans les livres d’Histoire… Mais avant de découvrir leurs statues, une première étape s’impose, au chevet d’un enfant de 11 ans qui n’avait pour toute arme… qu’un tambour ! Pierre Bayle est le premier enfant de troupe officiellement mort pour la France…

Pierre Bayle est né le 2 février 1783 à Toureilles, petit village au sud de Limoux, dans l’Aude. Il a dix ans lorsqu’en 1793, pour faire face au danger extrême où se trouve la patrie, est formé dans l’urgence le 8e bataillon de l’Aude. Toute sa famille est incorporée : son père Baptistin, sous-lieutenant d’infanterie, son frère de seize ans Guillaume, caporal-tambour, sa mère Marguerite, vivandière. Lui-même est inscrit sur les registres de l’unité comme « enfant dans la troupe » et sera élève tambour.

Le Boulou, Céret, Collioure, Port-Vendres… Figueras

Le bataillon de l’Aude participe à toutes les batailles livrées sur le territoire de ce qui est aujourd’hui le département des Pyrénées-Orientales. Dont celle du Boulou…

La statue de Pierre Bayle à Tourreilles, son village natal de l’Aude. Photo D.-R.

En 1794, l’armée de la République prend l’avantage après avoir défait les espagnols à Céret, puis libéré Collioure et Port-Vendres, les combats se poursuivent. Sous les ordres du général Augereau, la percée française se poursuit jusqu’aux alentours de Figueras, en territoire espagnol. C’est là, lors d’une canonnade que Pierre Bayle est fauché par un éclat d’obus et meurt sur le champ…

Aujourd’hui, deux statues érigées en Occitanie rendent hommage à cet enfant mort de la folie des hommes. dans son village natal de l’Aude, et au Boulou. L’une sur la place centrale de Tourreilles (Aude) le montre debout, battant tambour, oeuvre de Vincent Pérez. Celle du Boulou (P.-O.) montre ses derniers instants, fauché par la mitraille… Une association perpétue la mémoire de ce jeune héros trop souvent oublié.

Mais pour envoyer des enfants au combat, il faut bien de plus hauts gradés. L’Occitanie n’en manque pas, avec une belle poignée de Maréchaux. Et puisque le jeune Pierre Bayle nous a menés dans les Pyrénées, autant y rester !

Ferdinand Foch, un tarbais trois fois Maréchal

Direction Tarbes, ville natale de Ferdinand Foch (1851-1929). Malgré de lourdes erreurs tactiques au début du conflit mondial, en 1918, cet adepte de « l’offensive à outrance » est nommé commandant en chef des forces alliées sur le front de l’ouest. On n’oublie pas, non plus, les « fusillés pour l’exemple » (lire à ce propos l’ouvrage du général André Bach, né à Perpignan, qui a étudié à Béziers : Fusillés pour l’exemple 1914-1915, éd. Tallandier).

Mais comme le dit la conclusion d’un article de l’hebdomadaire Le Point : « Au final, son refus d’abdiquer, son énergie et sa capacité à fédérer les forces alliées ont triomphé, faisant de lui l’un des personnages les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale. »

La statue équestre du Maréchal Foch, à Tarbes… Photo © Mairie de TARBES

Sur une grande place de Tarbes, donc, est érigée une statue équestre du Maréchal Foch, oeuvre de Firmin Michelet (*). Mais on peut effectuer le court trajet (25 km) jusqu’à Lourdes, où Foch est également présent. La cité du Sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes conserve intacte la mémoire de cet officier réputé très pieux, qui dit-on s’en remettait souvent à la Vierge Marie… Trois fois Maréchal -il a également reçu ce grade (honorifique) au Royaume-Uni et en Pologne- Foch est un homme des Pyrénées, têtu, obstiné, faisant toujours face…

Mais sa maison familiale est cependant à une cinquantaine de minutes de route, dans la commune de Valentine (Haute-Garonne). Ici, l’ancien jardin de la maison, sur la place du Bourdalès, est devenu le square Foch, inauguré en 1951 par Vincent Auriol, Président de la République originaire de la Haute-Garonne. Et le square a été aménagé pour recevoir une statue du Maréchal, en pied, que l’on doit également à Firmin Michelet.

Et pour en finir avec Foch, il n’y a plus que 2 kilomètres à parcourir, jusqu’à la ville voisine de Saint-Gaudens. Ici, Foch rejoint deux autres personnalités de la Grande Guerre : Joffre et Gallieni (l’homme des « Taxis de la Merne ») pour le Monument aux Trois Maréchaux.

Les Pyrénées ont donné trois Maréchaux de la Grande Guerre à la France

Comme l’explique le site de la Ville de Saint-Gaudens : En 1950, les maires de Saint-Gaudens (Armand de Bertrand-Pibrac) et de Valentine (Maurice Alcan) décident de rendre hommage aux trois maréchaux d’origine pyrénéenne et aux soldats ayant combattu lors de la Première Guerre mondiale. Les financements sont obtenus par souscription nationale.

Pour rappel, Ferdinand Foch est né à Tarbes en 1851. Joseph Gallieni est né à Saint-Béat (30 km) à proximité de la frontière espagnole avec le Val d’Aran, en 1849, Et la famille paternelle de Joseph Joffre était originaire de Valentine (3 km).

Les Trois Maréchaux Pyrénées, honorés à Saint-Gaudens. Photo Ville de SAINT-GAUDENS

Deux sculpteurs réalisent le projet conçu par l’architecte parisien André Lencaigne : Georges Guiraud, grand prix de Rome et Firmin Michelet, qui sculpte deux statues de Foch, une pour le monument de Saint-Gaudens et l’autre que nous avons déjà évoquée pour la commune de Valentine.

Élaboré en pierre blanche de Lens (près de Nîmes), le monument est lui aussi inauguré par le Président de la République Vincent Auriol, le 20 octobre 1951. Comme les photos de l’époque en témoignent, le monument était alors entouré d’un bassin et de quelques marches, l’architecte voulant symboliser la position de ces grands hommes entre eau (Garonne) et montagne (Pyrénées).

Ce monument est inscrit et protégé au titre des monuments historiques depuis le 18 octobre 2018. Il fait partie d’un ensemble de 42 monuments aux morts de la région Occitanie Pyrénées-Méditerranée protégés depuis cette date pour leur valeur architecturale, artistique ou historique. Il fut en 2018 victime d’un étrange fait-divers (**).

Rivesaltes, ville natale de Joseph Joffre

La statue de Joffre à rivesaltes. Photo D.-R.

On retrouve le Maréchal Joseph Joffre à 280 kilomètres de là. A Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales, ville natale du vainqueur de la Bataille de la Marne, qui sauva Paris en 1914. Lui aussi a droit à sa statue équestre, à un bout des allées qui portent son nom. Ce monument en bronze sculpté par Auguste Maillard fut érigé en 1931, à l’initiative du député des P.-O. René-Victor Manaud.

En plus de la statue, la maison natale de Joffre est devenue musée, retraçant la vie et la carrière du Maréchal.

Même si à l’issue de ce tour d’horizon, on pourrait chanter avec Georges Brassens « Moi, mon colon, cell’ que j’préfère / C’est la guerr’ de quatorz’-dix-huit !”, l’Histoire est bien plus vaste… Et les hommes ne ratant jamais une occasion de se massacrer, d’autres époques ont donné d’autres Maréchaux à l’Occitanie…

« Le plus brave des hommes » est né à Lectoure (Gers)

Le Maréchal Lannes, Dic de Montebello, reconnu par Napoléon Ier comme « le plus brave des hommes ». Photo D.-R.

Rapide tour d’horizon de ces personnages… Et d’abord Jean Lannes, né à Lectoure (Gers) en 1709, engagé volontaire dans les armées de la République, il est remarqué par Bonaparte au pont d’Arcole (1796) lors de sa Campagne d’Italie. Devenu général, il est au coeur de la bataille à Montebello (dont il sera fait Duc par Napoléon Ier) et Marengo (1800), Austerlitz (1805)…

Mais le , durant la bataille d’Essling, en Autriche, il est frappé par un boulet qui le blesse gravement aux jambes. Malgré une amputation et les tentatives des médecins, il meurt le , à l’âge de 40 ans. Pour Napoléon, Lannes était « le plus brave de tous les hommes… »

Si Lannes repose depuis 1810 au Panthéon, à Paris, sa ville natale du Gers lui a naturellement rendu hommage. Notamment avec une statue qui constitue le centre de cette petite commune riche par ailleurs d’eaux thermales exceptionnelles préconisées dans le traitement des rhumatismes et des troubles ostéo-articulaires,

Le secret des bienfaits des thermes de Lectoure repose sur une eau minérale puisée à plus de mille mètres de profondeur, à une température de 42°C.

D’un Napoléon… à l’autre !

Tandis que Lannes s’éteint, à un mois d’intervalle nait le 27 juin 1809 François de Canrobert, à Saint-Céré (Lot). Il est le fils d’un officier ayant choisi le camp des Emigrés (royalistes). Sa biographie sur helioxplongee précise que : « Quand il eut dix ans, son père , un capitaine en retraite sans fortune, monta sur un cheval de ferme, le plaça en croupe derrière lui et le conduisit ainsi jusqu’à Brive-la-Gaillarde, où il le remit entre les mains du conducteur de la malleposte, qui l’amena à Paris, chez le général Marbot.. » Difficile dans un tel contexte d’échapper à la carrière militaire !

Canrobert intègre Saint-Cyr en 1825. Il fera ses premières armes en Algérie, puis lors de la Guerre de Crimée et en Italie… Malgré ses efforts, il sera cependant emporté dans la défaite de 1870 face à la Prusse. Il fut ensuite plusieurs fois élu sénateur sous la IIIe République… Il est mort à 86 ans. Saint-Céré accueille toujours sa statue, érigée grâce à une subvention nationale. Elle a été exécutée par le célèbre statuaire Alfred Lenoir.

Enfin, c’est à Muret (Haute-Garonne) à 25 kilomètres de Toulouse, qu’il faut se rendre pour mettre fin à ce périple d’un Maréchal à l’autre. Muret où naquit Adolphe Niel (1802-1869). Fils d’un avocat au Parlement de Toulouse, le futur Maréchal participera comme Canrobert à la Guerre de Crimée, puis à la Campagne d’Italie, s’illustrant à Magenta, uis Solferino.

Il prend ensuite le commandement du 6e Corps d’armée à Toulouse, mais devient aussi président du Conseil général de Haute-Garonne. Et le 20 janvier 1867, l’Empereur Napoléon III lui confie le poste de ministre de la Guerre. Il s’éteint en 1869…

Beaucoup de kilomètres ! (Pas loin de 900 km, selon un circuit allant de Saint-Céré au Boulou !) Mais il fallait bien ça pour ce grand périple historique. Le circuit va du Lot aux Pyrénées-Orientales, en passant par le Gers, la Haute-Garonne et l’Aude… Nos personnages, eux, ont franchi les frontières et le temps. Leurs statues en témoignent.

Philippe MOURET

(*) Firmin Michelet (1875-1951) est un sculpteur né à Tarbes (Hautes-Pyrénées) que nous avons déjà croisé dans nos précédents reportages à la rencontre des statues d’Occitanie…
(**) Dans la nuit du 20 au 21 décembre 2018, à Saint-Gaudens, le monument aux trois Maréchaux pyrénées a été vandalisé : les statues des trois Maréchaux ayant été décapitées. Ce fait-divers avait suscité une très vive émotion. Les auteurs n’ont pas été retrouvés, mais le monument avait pu être réparé pour les cérémonies du 8-Mai 2019… Les travaux de restauration ont été confiés à l’Atelier Jean-Loup Bouvier (sculpteur – restaurateur de renom) du département du Gard. « Cet atelier a réalisé un travail remarquable », soulignait la Ville de Saint-Gaudens sur sa page Facebook.

Nos balade de statues en statues…

  • Chapitre 1 : Chaussez les bottes de D’Artagnan et en route pour le Gers. Lire la suite…
  • Chapitre 2 : Une playlist en bronze, de Toulouse à Montpellier. Lire la suite…
  • Chapitre 3 : Non, ils ne sont pas morts les poétes ! Lire la suite…
  • Chapitre 4 : Quelques esprits savants qui ont traversé le temps. Lire la suite…