Tourisme : Château Laurens, le coeur d’événements inédits avec la Philharmonie de Paris

Lors de l'inauguration du château Laurens, à Agde, ce vendredi 23 juin, des centaines de personnes étaient présentes. Photo : Olivier SCHLAMA

C’est dans cette pièce unique de l’Art nouveau que des enfants pourront participer à des ateliers de musique spécialement pour eux ; que des familles pourront visiter des expos et assister à des concerts de grande qualité. Agde propose aux habitants et aux touristes un programme inédit découlant d’une convention avec cette institution. À l’avenir, d’autres communes de l’agglomération Hérault Méditerranée accueilleront ou participeront à des événements culturels. Une première. Décryptage avec Hugo Martinez, directeur de l’office du tourisme.

D’abord, murmure rythmique ; puis, pulsation primitive ; orchestration kaléidoscopique. La musique se fait architecte d’une répétition hypnagogique. Jusqu’à explosion finale. Le Boléro de Ravel enchante. Normal que cette musique soit jouée une fois par quart d’heure dans le monde : elle décrit si bien le cycle intime.

La ville d’Agde, elle, propose un décor singulier à ce boléro qui lui répond en s’appuyant sur les humeurs de ses trois eaux : Méditerranée, Canal du Midi et fleuve Hérault près duquel le château Laurens – quel outil à large spectre culturel ! – s’enchante. Agde joue ainsi sur plusieurs registres, en lien avec une proposition culturo-touristique peu banale en un partenariat avec la Philharmonie de Paris.

Développer nos filières : arts de vivre, sport, tourisme d’affaires, tourisme et patrimoine”

Hugo Martinez, directeur de l’office du tourisme d’Agde

C’est ainsi que la cité de l’Éphèbe a signé une convention sur cinq ans avec cette institution qu’est la Philharmonie où Ravel et la musique prennent une part singulière. A cette échelle, c’est une première en France qui se déroule en partie au château Laurens, inauguré en juin 2023, comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI. “La Philharmonie avait le désir de développer son activité et son rayonnement en région, notre désir était de développer une programmation autour de la musique et qu’elle soit en lien avec le patrimoine du château ou dans le cadre d’une programmation événementielle », pose Gaëlle Cap Jedikian, conservatrice du château Laurens.

Harmonie des enfants, à Agde. Ph. DR

Directeur de l’office de tourisme, Hugo Martinez explique que cette idée est à replacer dans la volonté de la municipalité à mettre en oeuvre un tourisme quatre saisons : “Notre conviction, partagée avec la commune et l’agglomération, dit-il, c’est que le tourisme c’est une économie de l’offre. Si on veut en proposer toute l’année, il faut proposer de nouveaux équipements, un événementiel inédit, renouveler le l’image de la destination, élabore Hugo Martinez. Les gens associent de façon absolue le Cap d’Agde, non pas au camp naturiste, mais au balnéaire, à la plage. Or, nous avons un territoire immensément riche avec de l’oenotourisme ; de la culture, du patrimoine et le sport – nous avons un centre nautique, un golf, 600 km de pistes cyclables…- mais la plage « écrase » tout en terme d’image. On s’est alors dit qu’il fallait développer nos filières : arts de vivre, sport, tourisme d’affaires, tourisme et patrimoine.”

“Les vacances sont des moments plus ouverts à la culture”

Ph.Jean-Francois Peiré DRAC Occitanie

Fantasmagorique, pièce unique de l’Art nouveau, le château Laurens était un écrin tout trouvé. Ne restait qu’à trouver des partenaires pour s’associer dans un projet commun qui ait du sens. Hugo Martinez décrypte l’idée qui en a présidé : “Plutôt que de monter quelque chose nous-mêmes avec nos petits bras, on s’est dit pourquoi ne pas s’associer avec des institutions majeures ; ça leur permet d’amortir leurs expos et nous d’avoir des contenus inédits. Avec l’arrière-pays, Pézenas, etc., la délégation de la Philharmonie qui est venue avant la signature du partenariat, en a tout de suite compris le potentiel. On leur a expliqué que nous étions une destination populaire ; que nous attirions beaucoup de monde, avec des personnes ayant tous types de revenus : employés, ouvriers, CSP+. Que leur mission est de démocratiser l’accès à la musique, ce que la Philharmonie fait dans les banlieues et à Paris. Les vacances sont des moments plus ouverts à la culture.”

Philharmonie des enfants avec une expertise reconnue

Harmonie des enfants, à Agde. Ph. DR

Le premier volet de ce partenariat concerne la “Philharmonie des enfants ». Derrière cette proposition, ce sont des modules de sensibilisation aux sons et à la musique. Les premiers ateliers ont débuté en décembre pendant les vacances de Noël. Mais… “On avait prévu beaucoup de choses mais les intempéries et la fermeture du château – qui doit rouvrir le 21 février – ont fait que ce premier volet n’a fonctionné jusqu’à maintenant qu’une semaine”, confie Hugo Martinez. Ce n’est que partie remise. En cinq ans, ce genre d’atelier, qui a la forme d’un grand bureau avec un dispositif électronique et numérique, pourra prendre toute sa place et ensuite se déplacer ailleurs. A Pézenas, par exemple : c’est un projet de territoire.

La Philharmonie a développé une expertise pédagogique reconnue. Comment fonctionne-t-il ? Ces ateliers sont gratuits – sur inscription – le mercredi après-midi, le samedi et le dimanche. Plusieurs sessions sont prévues pendant les vacances scolaires d’hiver, jusqu’au 8 mars. Un prof de musique, percussionniste, est présent pour accueillir des groupes d’une quinzaine d’enfants.

Des milliers d’oeuvres à disposition gratuitement

Dans le deuxième volet de ce partenariat, la Philharmonie de Paris a ouvert la totalité de sa banque de sons et de vidéos à tous les habitants de l’agglomération, accessibles gratuitement depuis les médiathèques de l’agglomération. Concerts, enregistrements, avec des artistes, y compris internationaux. Ce sont des dizaines de milliers d’oeuvres. Et à des rediffusions de concerts donnés en direct avec les plus grands artistes internationaux.

Expositions de haut niveau

Ph.Jean-Francois Peiré DRAC Occitanie

Les expositions constituent, elles, un troisième volet de ce partenariat, dont la première sur Ravel, donc, qui sera inaugurée ce 21 février (ci-dessous), avec le vrai piano du compositeur ! L’expo suivante pourrait être sur le disco dont l’île des Loisirs était un phare ! Gaëlle Cap Jedikian, conservatrice du château Laurens, précise : “Nous avons voulu provoquer une rencontre autour d’un répertoire que l’on a choisi dans le cadre d’une exposition destinée aux familles sur Maurice Ravel” programmé du 21 février au 21 juin, date de la fête de la musique. Elle porte plus particulièrement sur l’oeuvre du Boléro fondé en 1928. “C’est une date très importante pour le château Laurens qui a connu cette année-là sa dernière très grosse campagne décorative et fait référence aux métiers de la scène avec des ballets russes et tout un ensemble de décors musicaux que l’on trouve dans le château. C’était intéressant pour nous de mettre tout cela en lumière.” Et en musique.

Enfin, à moyen terme, cette déjà riche collaboration pourra évoluer vers des coproductions communes sur ce territoire. L’inédit se met en musiques….!

Olivier SCHLAMA

Concerts, musiques, festival…

Productions, animations au château… “Nous développons aussi dans le cadre de ce partenariat un festival de musique certains soirs, et ce, pendant quinze jours, du 21 février au 8 mars, pendant les vacances scolaires. Nous accueillerons huit concerts payants avec des musiciens et des artistes talentueux, issus, eux, du territoire. L’idée directrice est de mettre en musique la Belle époque et de faire résonner l’Art nouveau aussi dans les oreilles… C’est un projet singulier.” C’est une première en France dans un lieu fait pour cela. Poétique. Impressionniste et qui fait voyager…

À la rencontre du Boléro de Ravel

Dans notre région festive, on aime partager sa bonne humeur. Ce sera le cas, là aussi. Le dimanche du premier week end de juin, nous accueillons un festival qui s’appelle A la Rencontre, un grand festival gitan, note Gaëlle Cap Jedikian, conservatrice du château Laurens. Qui se propose d’aller à la rencontre des habitants du territoire en valorisant la culture gitane à travers la rumba catalane, le flamenco, etc. Nous les avons invités à venir à la rencontre du boléro de Ravel. Nous co-développons avec eux un spectacle avec des danseurs, musiciens pour une ré-interprétation du Boléro avec une tradition de danse et de musiques gitanes. Nous aurons donc une expression très singulière et très spécifique de notre territoire puisque Agde comprend une communauté gitane très importante.” La soirée s’annonce magique avec Ravel, d’origine catalane, et cette communauté gitane dont le rythme du boléro lui est très familier.

Ce n’est pas tout. Dans ce même partenariat, il y a d’autres rendez-vous. Du 7 au 12 avril, le château Laurens accueille dans le cadre des Journées européennes des métiers d’art, une exposition sur les métiers du bois et de la lutherie, pour rester dans la thématique de la musique. Nous accueillerons luthiers, ébénistes, restaurateurs d’art qui nous parlerons des instruments et des objets décoratifs en bois que l’on trouve dans le château avec même un beau spectacle – avec de la danse et de la musique – autour de ce thème.

Olivier SCHLAMA

  • Vernissage de l’exposition Ravel-Boléro par la Philharmonie de Paris, le samedi 21 février à 11h30 au château Laurens à Agde, suivi d’une visite de l’exposition qui se tiendra jusqu’au 21 juin 2026. L’accès se fait uniquement par le parc de Belle Isle, avenue Raymond Pitet. A partir de 15h30, un concert-spectacle produit par la Compagnie de l’Instant Donné sera suivi d’une variation autour du Boléro interprétée par l’Ecole de Musique de la Ville d’Agde afin de conclure cette journée inaugurale.
  • Également festival musical « Les Belles Ondes – l’Art Nouveau en musique » qui aura lieu au château Laurens du 23 février au 8 mars, avec notamment le concert exceptionnel d’Adelaïde Ferrière le 28 février. Lauréate aux Victoires de la Musique classique en 2017, cette artiste de renommée internationale est de nouveau nominée cette année.