Architecture : Une tour-forêt de 150 mètres veut s’enraciner à Toulouse

"Nous participons et nous participerons à toutes les réunions publiques. D'une part parce que c'est notre place de les entendre et ensuite parce que l'on y apprend les attentes de la population. Et dissiper les malentendus. On entend dire que ce projet est conditionné à l'arrivé de la LGV, par exemple, ou que l'on veut aller vite parce que les normes environnementales vont se durcir : c'est faux", annonce Mathieu Boncour. Le directeur des relations institutionnelles de la Compagnie de Phalsbourg. Photos : studio Libeskind/Compagnie de Phalsbourg.

Surplombant la gare Matabiau et le Canal du Midi, la future Tour d’Occitanie s’élèvera à 150 mètres de haut. Ce mercredi 17 juillet, les feux sont passés au vert. Même si des recours sont possibles.  Hôtel, bureaux, commerces, logements : 30 000 mètres carrés de surface sont attendus d’ici 2022. Le budget, 130 millions d’euros, sera financé par des promoteurs privés. Mais pour des centaines d’opposants, il n’y a pas eu de concertation, c’est « un cadeau fait aux promoteurs ». Annette Laigneau, vice-présidente de Toulouse Métropole en charge de l’urbanisme, s’inscrivait, déjà, en faux, en mars 2018.

(Modifié le 17 juillet 2019) On ne verra qu’elles. Et c’est le but ! Une forêt verticale qui s’enroule comme un serpent à une tour-symbole. La future Tour d’Occitanie, à Toulouse, doit s’élever d’ici 2022 au-dessus de deux monuments qui marquent déjà de leur empreinte l’histoire de la Ville Rose, la gare Matabiau, qui prend de l’âge, et le Canal du Midi, classé à l’Unesco, qui se déplume de ces arbres centenaires, perdant de sa magnifique voûte obombrée et de sa superbe. Cette tour fera ainsi reverdir l’ambition de Toulouse, capitale de la nouvelle région unifiée et 4e ville du pays.

La particularité que l’on annonce visible de ce gratte-ciel ? Une verdure omniprésente, accessoirement argument poil à gratter à opposer aux grincheux de tous poils. La tour abritera une succession d’arbres et d’arbustes qui semblent s’enrouler comme un ruban vert jusqu’à son sommet, à 150 mètres du sol ! En tout cas, sur les esquisses élégantes de papier. Accueillant quelque 500 arbres et arbustes, la Tour d’Occitanie, imaginée par l’architecte américain Daniel Libeskind (impliqué dans la reconstruction du World Trade Center), sera érigée par La Compagnie de Phalsbourg, son très chic promoteur, qui a acquis les terrains en janvier dernier. Le permis de construire doit être déposé d’ici l’été. Sans doute en avril. En tout cas, avant la fin du premier semestre 2018.

Pour être dans la cour des grands, la métropole de Toulouse a pensé, évergétiste, à marquer son territoire d’une oeuvre monumentale, façon Tour Montparnasse. Ou plutôt façon chantiers du Grand Paris, de Nankin (Chine) ou encore d’Utrecht (Pays-Bas).

Cette tour-symbole est une première dans la région. Telle un phare, elle veut illuminer l’horizon de son charisme jusqu’à Montpellier, bien sûr, histoire de la reléguer définitivement au second plan, si elle est livrée à temps. Ses concepteurs vont devoir faire avec les habitants dont plusieurs milliers s’opposent à ce gratte-ciel et qui pourraient déposer un recours. Pour être dans la cour des grands, la métropole de Toulouse a pensé, évergétiste, à marquer son territoire d’une oeuvre monumentale, façon Tour Montparnasse. Ou plutôt façon chantiers du Grand Paris, de Nankin (Chine) ou encore d’Utrecht (Pays-Bas). Rien que le chantier forestier est un pari fou : il faut importer de la terre en quantités phénoménales suffisantes ; faire pousser des essences moins habituées à voisiner la circulation automobile qu’à tutoyer les nuages et le vent, davantage présent en altitude ; bien étudier la résistance aux rayons du soleil... Et qui va payer l’entretien de paysage inédit ? Avantages, cette forêt-canopée amortit certes les effets de la canicule l’été, et aide à lutter contre la pollution, notamment les micro-particules.

Comme à l’accoutumée, un tel projet pharaonique suscite une levée de boucliers. Porte-parole du collectif  « Non au gratte-ciel de Toulouse », Richard Mébaoudj a pris la tête de la croisade anti-Tour d’Occitanie, « imposée à tous, les 80 000 riverains ni aux habitants de la Métropole, sans aucune concertation« , milite ce Toulousain. « Nous, nous allons organiser des réunions d’information et nous allons nous constituer en association pour s’opposer à ce projet devant la justice », revendiquant 10 000 sympathisants à son initiative et quelque 2 400 signatures au bas d’une pétition.

Quant au budget du projet, il dit : « On parle de 130 millions d’euros (ce que confirme la Compagnie de Phalsbourg, NDLR) et que celui-ci sera totalement assumé par des investisseurs privés. Mais on oublie un peu vite tous les aménagements que les citoyens toulousains vont financer via l’argent public. Et pour réaménager les allées Jean-Jaurès, le futur élargissement du pont au pied de la tour, la gare, le parvis, les voiries, etc. Cela se chiffre à plusieurs dizaines de millions d’euros ! Tout cela pour offrir une belle affaire à des promoteurs immobiliers », s’offusque-t-il. Richard Mébaoudj n’a pas assez de mots pour dire la surprise de milliers de Toulousains : « ça nous est tombé du ciel ! C’est un cadeau aux promoteurs. » Il ajoute que ce concept de Tour est « ringard » et que cette histoire de « forêt verticale, c’est de la com’ destinée au grand public et qui va s’entretenir à grands frais ; et, puis, s’ils veulent accélérer la construction, c’est que, à partir de 2020, les normes environnementales vont devenir draconiennes : il faudra faire des bâtiments à énergie positive. Du coup, sans doute que ce genre d’immeuble sera limité à 50 mètres de haut… »

Le préfet est très attentif aux questions de sécurité

Mathieu Boncour, de la Compagnie de Phalsbourg

« Nous participons et nous participerons à toutes les réunions publiques. D’une part parce que c’est notre place de les entendre et ensuite parce que l’on y apprend les attentes de la population. Et dissiper les malentendus. On entend dire que ce projet est conditionné à l’arrivé de la LGV, par exemple, ou que l’on veut aller vite parce que les normes environnementales vont se durcir : c’est faux », annonce Mathieu Boncour. Le directeur des relations institutionnelles de la Compagnie de Phalsbourg dit que le promoteur « travaille beaucoup sur ce permis, y compris avec les services de la Métropole et de l’Etat. Le préfet est très attentif aux questions de sécurité : la tour surplombera notamment la gare. S’agissant des quelque 500 arbres et arbustes du projet, nous sommes en train de faire des essais en soufflerie. De toute façon, nous n’y mettrons que des espèces régionales. Quel que soit le nombre de pétitionnaires, il ne faut pas oublier que la majorité silencieuse est favorable à ce projet ; il y a même une pétition qui est pour même si elle recueille peu de signatures »

« L’idée de cette forêt verticale dédoublée en deux trames qui s’entremêlent, c’est pour répondre aux deux bordées d’arbres du Canal du Midi juste en contrebas ».

L’entretien qui s’annonce coûteux des bacs de terre et de la végétation ? « Nous avons nos propres jardiniers salariés, répond-il car nous ne sommes pas qu’un investisseur mais nous nous occuperons après la livraison de la gestion des parties communes. » A quel prix pour les résidants ? Et de rappeler que le « premier métier de la Compagnie de Phalsbourg, c’est de transformer les entrées de ville sans âme, des nationales bordées de parking sans âge avec notamment des arbres et de la verdure ». Mathieu Boncour confie également que « notre vocation est de rester sur le territoire – nous avons un second projet à Toulouse autour de l’art ». Et qu’en substance, ils ont envie de réussir dans la Ville Rose. »

« Au-delà de la question de l’entretien, complète le directeur des relations institutionnelles, les arbres devront s’adapter en effet au vent qui soufflera fort à cette hauteur ». Il précise que « l’idée de cette forêt verticale dédoublée en deux trames qui s’entremêlent, c’est pour répondre aux deux bordées d’arbres du Canal du Midi juste en contrebas ».

Deux millions d’euros pour les plantations

A propos de la Tour d’Occitanie qui s’enracinera peut-être un jour sur le site de la gare Matabiau, la filiale de la SNCF, SNCF immobilier, contactée, s’est refusée à tout commentaire. Nicolas Gilsoul, l’architecte-paysagiste, lui doit s’occuper d’implanter ces fameuses centaines d’arbres sur le gratte-ciel, soit « 200 à deux 250 grands sujets, 250 arbrisseaux et quelque 4 000 plants divers et variés. Le budget ? Colossal : deux millions d’euros. « Actuellement il y a beaucoup de projets de ce type associés à de l’écologie urbaine. Nous ce que l’on veut réussir c’est effectivement un processus acrobatique comme trouver des essences d’arbres qui n’aient pas besoin d’abeilles butineuses pour se reproduire ; c’est de planter dès l’origine des essences régionales comme des pistachiers, des arbousiers, etc., Que ce soit une vraie composition visuelle et pas seulement une belle image 3 D conceptuelle des cabinets d’architecture. Notre projet est aussi d’avoir un reflet vert-doré en bas et un reflet vert-blanc dégradé au fur et à mesure que l’on se rapproche du sommet et de la vue incroyable sur les Pyrénées. L’entretien est un vrai sujet sur lequel nous planchons fort. A priori ce seront des interventions par l’extérieur… »

Il y a eu une enquête publique après que le lauréat d’un concours a été choisi. Cinq projets avaient été retenus, dont trois de grande hauteur – et deux de petite hauteur -, un paramètre dont on n’avait pas spécialement envie. Mais le projet de la Compagnie de Phalsbourg s’est imposé comme celui qui traduit le mieux cette ambition

Annette Laigneau, vice-présidente de la Métropole de Toulouse

De son côté,  Annette Laigneau, vice-présidente de Toulouse Métropole en charge de l’urbanisme, explique que cette « Tour d’Occitanie traduit bien l’ambition de Toulouse ». Elle ajoute : « On ne peut pas dire que les riverains n’aient pas été informés : il y a eu une enquête publique après que le lauréat d’un concours a été choisi. Cinq projets avaient été retenus, dont trois de grande hauteur – et deux de petite hauteur -, un paramètre dont on n’avait pas spécialement envie. Mais le projet de la Compagnie de Phalsbourg s’est imposé comme celui qui traduit le mieux cette ambition. » Et Annette Laigneau de conclure : « Ce dossier passera bientôt devant la Commission nationale d’architecture et des sites avant que ne soit déposé le permis courant 2018. C’est un projet qui s’inscrit dans le fameux Teso (Toulouse Euro Sud Ouest Opération) où vont être réalisés un pôle d’échanges multimodal, un centre d’affaires, des logements, etc. »

Dans l’esprit de ses concepteurs, la Tour d’Occitanie a pour modèle le Bosco Verticale (forêt verticale), à Milan, de l’architecte italien Stefano Boeri. Deux bâtiments de 110 mètres et 76 mètres de hauteur portant quelque 20 000 plantes, inaugurés il y a quatre ans et encore considérés comme prototypes. Un énorme succès mondial qui en fit le plus bel immeuble mondial en 2015. A Toulouse d’y croire !

Olivier SCHLAMA

http://www.compagniedephalsbourg.com/portfolio_page/tour-occitanie/

Le communiqué de la Métropole de Toulouse

« Ce mercredi 17 juillet 2019, la préfecture a publié les cinq avis de la Commission d’enquête publique sur le projet urbain Toulouse EuroSudOuest et sur le permis de construire de la Tour Occitanie : ils sont tous favorables. La Métropole tient à saluer le travail remarquable des commissaires enquêteurs et les riches contributions de l’ensemble du public. Les réserves et recommandations de la Commission d’enquête constituent de belles opportunités d’améliorer encore le projet dans les mois et années à venir, en concertation plus approfondie avec les citoyens, et ce en droite ligne avec les priorités d’action de la collectivité. »

En rendant cinq avis favorables sur le projet urbain Toulouse EuroSudOuest et sur le permis de construire de la Tour Occitanie, la Commission d’enquête a reconnu le travail ambitieux réalisé depuis plusieurs années. La Commission constate notamment que l’aménageur « Europolia a déployé de gros efforts pour faire participer le public », avec « les nombreux débats qui ont eu lieu ».

1 763 contributions ont été recueillies, avec « une répartition équilibrée entre les avis », « assez rare dans les enquêtes publiques », souvent saisies avant tout par les opposants d’un projet. Un constat dont se félicite Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de la Métropole : « Cette enquête publique a permis de rassembler de nombreux avis sur le projet, et ce dans une certaine sérénité. Je remercie toutes les parties prenantes intéressées par l’avenir de notre Métropole et je confirme ma volonté de poursuivre la co-production du projet, en associant à sa mise en œuvre habitants, experts et associations. Nous voulons travailler avec tous ceux qui le souhaitent aux défis qui restent devant nous, comme la conception d’espaces publics végétalisés les plus agréables et durables possibles, et la modulation des densités et hauteurs de construction ».

Le permis de construire de la Tour Occitanie ayant été approuvé par la Commission d’enquête, Jean-Luc Moudenc vient de donner les instructions – annoncées par ce communiqué en toute clarté et transparence – pour qu’il soit signé dans les tout prochains jours par Annette Laigneau, Adjointe au Maire en charge de l’Urbanisme. La Compagnie de Phalsbourg s’est engagée auprès de la Métropole à honorer l’ensemble des réserves et recommandations émises par la Commission d’enquête. Face à ceux qui souhaitaient voir du logement social intégré à la Tour Occitanie, la Commission d’enquête a fait le choix de raisonner à l’échelle du projet, demandant à la Compagnie de financer 3 950m² de logement social au sein de la première phase de TESO. Regarder la répartition des logements à l’échelle du quartier, c’est justement la démarche que la Métropole a toujours défendue, conformément à la Loi, alors que plus de 1 000 logements locatifs sociaux sont déjà prévus sur le nouveau quartier, garantissant sa mixité et nous prémunissant contre les risques de «gentrification » affirmés de façon erronée par certains esprits polémiques. L’engagement supplémentaire de la Compagnie de Phalsbourg permettra, et tant mieux, d’augmenter encore l’apport du projet à une Métropole toujours plus solidaire.

La Commission d’enquête a également émis une demande bienvenue pour renforcer la place des espaces verts de pleine terre. Le projet, conçu il y a plusieurs années, prévoyait déjà d’aménager 4 500m² de surfaces végétalisées autour de l’avenue de Lyon. Pour Jean-Luc Moudenc, la recommandation de la Commission va dans le bon sens. « Cette année, j’ai voulu que nous allions plus vite et plus fort pour davantage de nature en ville. La première phase de TESO ne dérogera pas à la règle. Le projet prévoyait initialement de planter au total 700 arbres : déployer plus d’espaces en pleine terre permettra d’en planter davantage, conformément à notre ambition 100 000 arbres d’ici 2030. Je m’en réjouis ! Nous engagerons donc une nouvelle démarche en concertation avec les habitants, pour trouver comment offrir encore plus d’espaces verts dans le quartier ».

« Le projet TESO s’inscrit entre l’écrin vert du canal du Midi et un pôle majeur de transports en commun : dans un tel contexte, notre ambition est d’imaginer un morceau de ville exemplaire en termes de lien avec la nature et de mobilités décarbonées. C’est l’engagement que je prends après cette phase réglementaire réussie. Nous allons bâtir un quartier à même de faire rayonner l’identité toulousaine, un lieu où le lien social, la relation à la nature et la créativité auront la première place. Dès début septembre, je prendrai l’initiative d’une réunion de travail avec les associations locales pour convenir conjointement de nouvelles modalités de co-construction pour dérouler la réalisation du projet » a déclaré Jean-Luc Moudenc.