Ensemble, elles traduisent une vraie cohérence ! Treize des quatorze communes de l’Agglopôle de Sète se sont associées dans un projet commun de “balades artistiques méditerranéennes” qui permettent de découvrir, à l’heure du slow tourisme, le bassin de Thau autrement. De quoi aussi davantage faire lien.
Non, ce n’est pas de l’art sauvage : les trois totems aux abords de la plage de Sète, par exemple, n’ont pas poussé dans la nuit ; elles sont l’oeuvre d’une artiste reconnue. Même s’il n’y a pas encore d’explication sur l’œuvre ni de cartouche pour en dire signification, auteur et cohérence d’ensemble ; même si le QR Code n’est pas encore en place qui renverra bientôt sur une application mobile gratuite, il s’agit d’une étonnante expo permanente à ciel ouvert avec 20 oeuvres dans treize des quatorze communes de l’Agglopôle. Du land art. Qui permet de mieux découvrir le territoire tout en admirant des oeuvres qui font aussi paysage.

Parfois monumentales, vingt oeuvres, très différentes les unes des autres, sont implantées ou en voie de l’être, d’artistes contemporains qui ont toutes un lien avec ce territoire jalonnent quatre parcours prédéfinis. Elles ont été imaginées par des vedettes ou des artistes moins connus. Sorte également de passage de témoin artistique de Cervera, Di Rosa, Combas… Président de l’Agglopôle, Loïc Linarès confie, au passage, qu’il aimerait que soit reconnus ces profs emblématiques de l’école des Beaux-Arts de Sète, MM. Sergio.
Quatre parcours artistiques sur le bassin de Thau
C’est vrai : ce sont des parcours ponctués d’œuvres d’art très variées créées in situ et pour l’occasion avec le soutien de la direction régionale des affaires culturelles d’Occitanie : l’institution les a appelées les BAM, pour balades artistiques en Méditerranée. Selon parcours et moyens de transport, visiter l’ensemble des oeuvres implantées dans des endroits très différents peut prendre des heures, jusqu’à trois jours. L’office du tourisme intercommunal a même lancé une application pour smartphones. Il n’en reste que trois à inaugurer.

“Deux cents artistes vivent dans ces 14 communes”
Des totems en métal, à Sète, regardant la Méditerranée (les Sentinelles silencieuses de Chourouk Hriech) à la table de désorientation d’Hervé Di Rosa à Frontignan, tous les goûts s’expriment. Et c’est une façon culturelle de (re)découvrir ce territoire déjà béni des dieux, avec des paysages naturels d’exception avec ses lagunes, son littoral, ses massifs… Une richesse écologique majeure doublée d’une richesse culturelle pérenne qui se concrétise par un chiffre : “Deux cents artistes vivent et travaillent dans les 14 communes de l’Agglopôle”, en souligne Loïc Linarès, son président. La culture, accessible à tous, devient un levier, devient ciment d’une identité commune et “célèbre l’humain et interroger sa place dans son rapport au vivant”.
C’est simple : pour les gens, mon oeuvre, c’est tout ou rien ; j’aime ou je déteste !”

“C’est simple : pour les gens, mon oeuvre, ces trois totems c’est tout ou rien ; j’aime ou je déteste !”, explique Chourouk Hriech. L’artiste franco-marocaine de 49 ans, né à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, et qui a fait les Beaux-Arts, à Lyon, ayant vécu à Sète après avoir été invité au Crac (elle vit désormais à Marseille), évoque son oeuvre remarquable de Sentinelles Silencieuses posée sur la promenade Roger-Thérond, à Sète, face au bleu de la Méditerranée. “Le travail de dessin et de sculpture dans l’espace public sur différents territoires”, dit cette artiste connue du commissaire de l’expo permanente, Salvador Garcia, qui l’a naturellement sélectionnée.
De Jean Denant à Eve Laroche-Joubert

A l’instar de Chourouk Hriech, sur le parcours de l’Ile Singulière, on retrouve les oeuvres très variées de Françoise Pétrovitch, Johan Creten et Fabrice Hyber qui ont été implantées à Sète ; celles d’Hervé Di Rosa, Victoria Klotz et Agnès Rosse, à Mireval, Jean Denant au-dessus des ruines de l’abbaye Saint-Félix-de-Montceau, à Gigean, Pedro Marzorati au-dessous de la chapelle Saint-Pierre, Saint-Pierre de Montbazin, Elisa Fantozzi à proximité des fouilles archéologiques de Balaruc-les-Bains, André Cervera à Poussan, Maxime Lhermet à Marseillan, Bob Verschueren et Elise Morin à Mèze, Richard Di Rosa à Bouzigues, Victoria Klotz, à Frontignan et François Liguori à Loupian. Trois restent à inaugurer : Céleste Boursier-Mougenot à Frontignan, Robert Combas, à Villeveyrac et Eve Laroche-Joubert à Vic-la-Gardiole (le 3 juin).
Balaruc-les-Bains : “clin d’oeil” à la période antique
Elisa Fantozzi a imaginé, elle, un dialogue entre passé et présent, antiquité et époque contemporaine, via une sculpture monumentale de deux mètres sur deux mètres, installée dans le square Sévigné, à Balaruc-les-Bains, emplacement choisi par le directeur artistique. En marbre et pierres reconstituées, son oeuvre, la Psyché et un Gladiateur, “fonctionne bien ; il y a un vrai accueil du public”, dit-elle après avoir observé incognito le public, curieux,

s’en approcher régulièrement. Sa sculpture est un “clin d’oeil” à la période antique de Balaruc-les-Bains et aux récentes découvertes archéologiques à l’emplacement de la médiathèque, notamment un enduit représentant une psyché et ses ailes de papillons datant de 80 avant JC. Elisa Fantozzi confie qu’elle a été choisie aussi pour sa complémentarité avec le travail très différent de deux autres artistes qui participent au projet, Eve Laroche-Joubert et la Sétoise Agnès Rosse qui explore les relations entre l’art et le vivant.
À Montbazin, dans le jardin méditerranéen, l’oeuvre artistique de Pedro Marzorati, elle, intitulée O’assis se compose de plusieurs modules “agissant à la fois comme éléments de mobilier urbain et comme oeuvre d’art intégrée dans le paysage environnant.” Inspirés librement des arcades du château de Montbazin, non loin, et de sa magnifique chapelle Saint-Pierre, “ces modules encouragent à la contemplation et l’interaction sociale”.
“L’occasion aux communes de se saisir d’une opportunité”

Cette commande publique, à cette échelle, est une première. Elle est serait née ou propulsée par un échec, celui du label Montpellier-Sète, capitale de la culture 2028, au dépend de Bourges. L’argument principal de ce refus n’étant pas de n’être pas assez culturelles, mais de l’être déjà… trop ! D’être déjà reconnues pleinement comme telles.
Directeur général délégué à la culture et au sport de l’Agglopôle de Sète, Fabrice Manuel s’inscrit en faux sur l’origine de ce projet qui a survécu au changement de président et d’étiquette politique. Condamné, François Commeinhes (Div D) avait dû démissionner de la présidence il y a tout juste un an. Il est depuis remplacé par Loïc Linarès (PS). Fabrice Manuel explique : “Ces Bam font lien, font unité entre les communes du territoire. Cette idée de balades artistiques était dans le projet de Montpellier-Sète 2028 et si on gagnait, on les aurait étendues d’office vers l’agglo de Montpellier. Par ailleurs, nous donnons l’occasion aux communes de l’Agglopôle de se saisir de cette opportunité de balades pour créer éventuellement, de leur côté, un circuit artistique sur leur propre territoire communal, comme veulent le faire la maire de Poussan et le maire de Sète.”
Nous avons réussi à obtenir les autorisations et parfois il a fallu changer nos plans et déplacer les oeuvres. Comme à Frontignan et Vic”
Loïc Linarès, président de l’Agglopôle de Sète
Président de l’Agglopôle, financeur principal de ce projet (1,8 M€ ; l’Etat apportant 200 000 €. Soit 100 000 € par oeuvre), Loïc Linarès rappelle que “ces Bam, c’était pour fêter les 20 ans de cette intercommunalité”. Un anniversaire, polémique en son temps, voulu par l’ex-président François Commeinhes : l’Agglopôle telle qu’aujourd’hui n’a que neuf ans, découlant, en 2017, de la fusion de l’agglo du Nord du Bassin de Thau et de l’Agglo de Sète sur injonction du préfet.

Malgré tout, comme le disait Diderot, “chaque chose a le malheur et le bonheur qui lui est propre”. Ces parcours sont aussi justement une façon d’associer les 14 communes dans un projet commun et de créer, sinon de rendre pérenne, la recherche d’une certaine complicité. De la même manière qu’il a fallu être diplomates pour associer autant d’artistes et leurs égos dans un projet commun. Et sans tomber dans le piège manichéen du soi-disant gaspillage d’argent public. Il a aussi chercher à arriver à s’affranchir des nombreuses chasse-trapes administratives, une partie du territoire étant d’une manière ou d’une autre classée, protégée et/ou soumise à autorisation. “Nous avons réussi à les obtenir et parfois il a fallu changer nos plans : on a dû s’adapter Vic et déplacer une oeuvre à Frontignan”, précise Loïc Linarès.
“Nous continuons à travailler le lien avec Montpellier”

“Ces Balades permettent de mettre en lumière un territoire par une approche culturelle, souligne-t-il. C’est intéressant de donner la possibilité à des artistes de créer une invitation à découvrir le territoire à travers une approche paysagère, culturelle et patrimoniale. Cela nous invite à voir différemment notre territoire.” C’est aussi une façon de relativiser l’hégémonie sétoise et de mieux prôner le dialogue entre communes. “C’est un lien entre toutes et tous autour du patrimoine et il s’exprime de plusieurs façon, paysages, culture commune autour de l’étang de Thau mais aussi de notre richesse culturelle, commente Loïc Linarès. C’est un cheminement et un lien physique et artistique”, formule le président de l’Agglopôle. Loïc Linarès ajoute : “Nous continuons à travailler le lien avec Montpellier, comme nous en avons parlé ce matin avec Michaël Delafosse. Nous avons le canal du Rhône à Sète, le massif de la Gardiole, etc., on poursuivra la dynamique de Montpellier-Sète 2028”.
Et peut-être qu’un jour, il y aura un parcours artistique sous-marin, sur le modèle du magique Museo Atlantico à Playa Blanca, à Lanzarote (Canaries) ?
Olivier SCHLAMA
Pratique : quatre parcours et une appli pour découvrir territoire et oeuvres d’art
Villages conchylicoles, les étangs, les “versants de Thau” et bien sûr Sète qui nécessitait un parcours à elle seule. L’application, gratuite, est dédiée aux Balades artistiques méditerranéennes, mais réunit aussi d’autres points d’intérêts culturels ou patrimoniaux. Pour aller à la rencontre de nos villages.
Porte d’entrée de l’ensemble du patrimoine

“Cette application, confiée à la société Orphéo, va s’enrichir régulièrement, explique Lisa Mérenda, de la direction du pôle communication d’Archipel de Thau ; nous avons fait appel à une société reconnue en France pour son savoir-faire. Il y aura des vidéos d’artistes ; des points d’intérêt patrimonial en réalité augmentée…” Les Thermes de Balaruc-les-Bains y trouveront toute leur place ; comme les anciens salins de Frontignan, l’Abbaye Saint-Félix de Monceau ou les joutes traditionnelles et le port de pêche de Sète. C’est une brique, une porte d’entrée vers l’ensemble du patrimoine de l’Agglopôle.
Lisa Mérenda ajoute qu’à partir de cette application disponible gratuitement dans les stores et qui utilisera la réalité augmentée, “on peut se géolocaliser et demander à rejoindre l’une des quatre balades artistiques. Elle sera bientôt disponible en anglais, espagnol et allemand pour être accessible aux touristes. Des points remarquables sont en mode paysage pour une vision à 360 ° ; on peut obtenir un itinéraire pour s’y rendre… Et les liens pour prendre les transports en commun sont indiqués bus, trains, navettes maritimes… Il y a même un calculateur d’itinéraires. Tout est encore perfectible“, ajoute-t-elle.
O.SC.