Start-up : Diable, déjà 220 emplois grâce aux Business Angels !

Une partie des Business Angels de la région, réunis dans l'association Mélies Business Angels, présidée par Gilles Roche. En onze ans d'existence, ce fonds a permis d'aider à la création de plus de 220 emplois dans des start-up Photo : DR.

Des milliers de particuliers, surnommés business angels (BA), investissent chaque année en France dans de jeunes pousses dont ils espèrent qu’elles seront les pépites de l’économie de demain. Sans ces investisseurs, réunis dans la région dans l’association Mélies Business Angels, certaines belles idées ne se concrétiseraient pas, comme Cilcare qui teste les futures solutions médicales aux désordres d’audition, surdité et acouphènes. Pour mieux faire connaître ce dispositif, s’organise dans tout l’Hexagone la Semaine des business angels avec une déclinaison régionale. Le Montpelliérain Gilles Roche explique le fonctionnement des BA de la région qu’il préside, maillon essentiel de la chaîne de financement.

En seulement trois ans, Cilcare est devenue, selon Célia Belline, l’une des trois créatrices, une entreprise… « profitable, rentable et internationale présente à Montpellier, Paris et Boston et emploie quinze salariés » ! La start-up montpelliéraine a choisi un créneau laissé vierge et inexploité : elle teste les futures solutions médicales aux désordres d’audition, surdité et acouphène. Un pari réussi :  elle s’est fait entendre des investisseurs, dès son lancement, qui ont permis à cette jeune pousse d’amorcer son démarrage fulgurant. « Nous sommes leader mondial dans notre niche qui n’est occupée par presque personne », souligne Celia Belline, ingénieur santé l’une des trois fondatrices de Cilcare dont les deux autres associées sont pharmacienne et docteur en phamacologie. Toutes trois sont d’anciennes salariées du géant Sanofi. Le fonds régional Melies Business Angels a cru d’emblée à leur aventure. Il faut dire que 15 % de la population qu’un tiers des plus de 65 ans connaissent des désordres d’audition.

Les raisons ? Multiples : « L’oreille est un organe complexe qui, jusqu’à il y a quelques années était peu enseigné en fac de médecine », dit-elle. La recherche a pris beaucoup de retard. C’est un marché d’avenir. Pour faire démarrer l’entreprise – créer des laboratoires, payer des ressources humaines, honorer les charges fixes, acheter du matériel…- il a fallu trouver très vite de l’argent frais. Les trois fondatrices ont apporté leurs économies, 150 000 euros (50 000 euros chacune), Melies Business Angels 200 000 euros et des investisseurs privés ont apporté 100 000 euros.

« Ce qui a permis de servir de levier pour obtenir des fonds publics et privés, essentiellement des prêts, de l’ordre de 300 000 euros », précise Célia Belline. Au total, Cilcare a su réunir 750 000 euros. La fondatrice ajoute que sans ce montage savant et l’apport des Business Angels, « il aurait été impossible de créer Cilcare ». Certes, « c’est de la défiscalisation intelligente pour les Business Angels (BA). Mais ils participent à la vie de l’entreprise. Ils peuvent venir voir comment les choses se passent in situ sans être intrusifs dans leurs rapports, précise Célia Belline. Il faut montrer patte blanche pour être remarqué par un BA dont la participation est limitée à 20 %  du capital : le business plan doit être fait au carré et rendre des comptes régulièrement (pourquoi, éventuellement, les objectifs ne sont pas tenus).

Gilles Roche : Dans les pays occidentaux, l’avenir n’est pas dans le textile ou la chimie de masse. Il est dans l’innovation extrêmement pointue. Si on n’a pas compris ça, on est sûr que le taux de chômage va continuer à augmenter… »

Comment fonctionnent les Business Angels ? « Ce sont des personnes physiques – plus de 260 à ce jour appartiennent à notre réseau, dont plus d’une centaine actives qui mettent leurs compétences en commun -, comme vous et moi qui décident de mettre une partie de leur argent personnel au capital de start-up innovantes, à grand risque », précise Gilles Roche, président du réseau Mélies Business Angels qui existe depuis 11 ans. « La pizzéria du coin ou un magasin de fringues ne sont pas concernés. Ce sont vraiment des produits ou des services qui sont très innovants dans leur domaine et qui sont les produits de demain. Dans cinq ans, dix ans ou vingt ans. Dans des marchés novateurs ou qui n’existent pas encore. C’est ça qui, de notre point de vue, va créer les emplois de demain. Les emplois de demain ne vont pas être dans l’existant. Ils vont être dans des domaines de rupture. C’est là que l’on intervient et ce, juste après la création de l’entreprise, au moment de l’amorçage quand la start-up a un mal fou à trouver de l’argent. De notre côté, c’est une bonne oeuvre et, non seulement on peut récupérer notre mise mais, éventuellement, on peut faire un profit intéressant. » Une fois entrés au capital, que se passe-t-il ensuite ? « Nos parts ou nos actions, nous les vendons. Pas avant cinq ans. Pas après dix ans, répond Gilles Roche. Meliès Business Angels dispose d’une permanence à proximité immédiate de nombreuses start-up, au sein de l’incubateur Cap Oméga à Montpellier.

« On n’investit pas des sommes considérables – quand on choisit un projet, on investit 150 000 à 200 000 euros – mais elles permettent de franchir un cap qui, après, leur ouvre la possibilité de faire des levées de fonds plus importantes. On leur met le pied à l’étrier (…) Sur dix entreprises dans lesquelles on investit, six meurent au bout de quelques années ; trois se développent moyennement et une star, une boîte décolle et va être créatrice d’emplois et de richesses. On investit dans trois ou quatre start-up chaque année. Mais on les sélectionne de façon drastique. Dans les pays occidentaux, l’avenir n’est pas dans le textile ou la chimie de masse. Il est dans l’innovation extrêmement pointue. Si on n’a pas compris ça, on est sûr que le taux de chômage va continuer à augmenter… »

En 11 ans d’existence, Mélies Business Angels a investi plus de 4,5 millions d‘euros au capital de jeunes entreprises innovantes du Sud-Est de l’Occitanie

Labellisée par le ministère des PME-PMI et par iSource, l’association Melies Business Angels est membre de la fédération nationale France Angels. En 2016, elle a créé avec le réseau toulousain Capitole Angels la structure fédérative Occitanie Angels afin de mutualiser les dossiers des start-up de la région et d’augmenter les prises de participation. En 11 ans d’existence, Mélies Business Angels a investi plus de 4,5 millions d‘euros au capital de jeunes entreprises innovantes du Sud-Est de l’Occitanie (5,7 millions d’euros en comptant Capitole Angels), concourant à la création de 218 emplois. Trente-quatre start-up ont bénéficié de l’ingénierie et de l’argent de Melies BA en onze ans, dont Ecocean qui sont actuellement dans la création de récifs artificiels pour repeupler les zones poissonneuses. Ou Isotropix, une vraie pépite, qui a un avenir extrêmement intéressant : ils font des logiciels en 3 D pour des films du genre Avatar, Star Wars etc. Ils ont le logiciel à tout faire le plus performant du monde pour faire ces film-là. »

Speed dating gratuit à Montpellier dans le cadre de la Semaine nationale des Business Angels et remise de trophées de l’innovation

Pour mieux faire connaître l’activité des BA dans la région et leur impact sur l’économie, l’association propose deux événements dans le cadre de la Semaine nationale des business angels coordonnée par France Angels. Le premier est destiné aux créateurs d’entreprise qui auront la possibilité de se présenter à des investisseurs membres du réseau Melies. Ce speed dating gratuit aura lieu le mercredi 29 novembre, au MIBI (Montpellier International Business Incubator) à Cap Omega, de 9 h 30 à 14 heures sur rendez-vous. « On va écouter ce jour-là 35 projets en donnant des conseils bénévoles. Parmi lesquels certains pourront candidater. Le but est aussi d’attirer des investisseurs comme nous », précise Gilles Roche.

Le second temps fort est justement « destiné à susciter des vocations de business angels  »els  : « Le 30 novembre, en soirée, nos partenaires remettront des trophées à des dirigeants de start-up dans lesquelles nous avons investi.  » Baptisé  Les lauréats de l’innovation , l‘événement se déroulera au Château de Flaugergues à partir de 18 heures. Les entrepreneurs et business angels Jean-Michel Germa et Florian Mantione en seront pour l’un le grand témoin, pour l’autre le maître de cérémonie. L’inscription est obligatoire.

Olivier SCHLAMA

43 M€ investis par les BA en France en 2016 !

L’analyse des données recueillies auprès des 72 réseaux membres de la Fédération France Angels confirme les tendances dessinées en 2015 : Les investissements sont en hausse constante et l’augmentation du nombre de refinancements témoigne de l’engagement dans la durée des Business Angels. Dans les secteurs d’investissement, le digital reste en tête mais la santé progresse.

Montants et opérations en hausse

Sélectionnées sur plus de 10 000 dossiers reçus, les opérations de financement réalisées par les Business Angels en France en 2016 augmentent de 8% et passent de 386 à 415. La dynamique de 2015 se poursuit avec un total des montants investis s’élevant à 42,7 millions d’euros, soit 3,6% de plus qu’en 2015 (41,2 millions). Si ces chiffres ne concernent aujourd’hui que les réseaux de Business Angels, ils sont amenés à grossir grâce à l’intégration nouvelle de Business Angels individuels au sein de France Angels.

2016 est marquée par une forte augmentation des refinancements. Alors qu’ils constituaient 26 % des montants investis en 2015, ils représentent cette année 41% des montants investis, pour une enveloppe totale de 18 millions d’euros, avec un tour de table record de 614 000 euros. Les Business Angels accompagnent l’entrepreneur et les entreprises dans leur croissance et dans le temps, au-delà de leur première levée de fonds ! La confiance est également de mise entre les différents acteurs du capital risque. En témoigne un effet d’entraînement de facteur de plus de trois, pour montant total de 132 millions d’euros investis dans les entreprises financées par les réseaux. Les co-investissements se font entre réseaux de Business Angels, mais aussi avec des investisseurs individuels, des fonds d’amorçage, des fonds régionaux de co-investissement, des banques régionales et avec les acteurs du crowdfunding.