Solutions pour le littoral : « Impossible de barrer Gibraltar ! « 

Pas moins de 85 projets scientifiques, dont 25 concernant la Méditerranée, sont lancés depuis sept ans, soit une enveloppe de 12 millions d’euros : responsable du programme environnement à la prestigieuse Fondation de France,  Thierry Gissinger a invité à Agde (Hérault) vendredi dernier tout ce que le littoral compte de décideurs, gestionnaires, collectivités, élus et de scientifiques. Ces trois journées de « terrain » ont été baptisées simplement : « La Mer monte, quel littoral pour demain ? »

Il est descendu de son 8e arrondissement parisien pour plonger dans la Méditerranée qui grimpera d’un mètre d’ici 2100, selon le Giec. Selon Thierry Gissinger, 85 projets scientifiques, dont 25 concernant la Méditerranée, ont été lancés depuis sept ans, soit une enveloppe de 12 millions d’euros. Responsable du programme environnement à la prestigieuse Fondation de France, il a invité à Agde (Hérault) vendredi dernier tout ce que le littoral compte de décideurs, gestionnaires, collectivités, élus et de scientifiques. Ces trois journées de « terrain » ont été baptisées simplement : « La Mer monte, quel littoral pour demain ? ». Trente-deux communes bordant la Méditerranée et leurs 100 000 habitants, réfugiés climatiques en puissance sont directement concernés par la montée des eaux annoncée, réchauffement du climat oblige ; un Plan littoral 21 unique en France dans les starting-block pour se préparer à s’adapter à un avenir très humide… En coulisses, c’est l’effervescence sur les rivages de la Méditerranée et, notamment, les 220 kilomètres du Golfe du Lion.

Thierry Gissinger, a la Fondation de France, le 28 juin 2016. © Lucien Lung

Devant l’urgence encore feutrée d’une menace d’une submersion progressive de ce littoral, « il est temps que tout le monde prenne conscience et de la situation. C’est en bonne voie : j’ai trouvé qu‘il y avait moins de déni qu’auparavant parmi les participants », plaide Thierry Gissinger. Et que cette menace devienne audible. De tous. « Après Brest et Ouessant en 2016 et avant la Rochelle, Bordeaux, en Aquitaine, d’ici 18 mois, dit-il, on s’est rendus sur le littoral héraultais, 50 ans après la mission Racine » qui a créé nos stations du littoral pour retenir l’estivant fuyant en Costa Brava, en Espagne, ou en Italie.

Le but est que l’on explore des pistes, notamment à Vias, dans le Sud bitterrois – en gros, soit on s’adapte soit on répare – et que l’on fasse évoluer à terme le territoire et le littoral. Ces journées ont été un succès : les gens concernés se sont parlés et, même s’ils avaient des avis diamétralement opposés, ils ont échangé. Un dialogue s’est instauré.

Thierry Gissinger

« Le but est que l’on explore des pistes, notamment à Vias, dans le Sud bit-terrois – en gros, soit on s’adapte soit on répare – et que l’on fasse évoluer à terme le territoire. Ces journées ont été un succès : les gens concernés se sont parlés et, même s’ils avaient des avis diamétralement opposés, ils ont échangé. Un dialogue s’est instauré. Repli stratégique (recul du trait de côte) ? Relocalisation de certaines populations ? Et dans ce cas, qui va acheter ces terrains-là ? Comment vont s’organiser ces territoires ? Faudra-t-il déplacer et reconstruire des routes… ? Justement des géomorphologues travaillent déjà en amont pour cartographier l’évolution du trait de côte, l’érosion, etc. »

Les daurades dévorent les coquillages en pénétrant désormais en masse dans les étangs du littoral. C’est un prédateur. Et les ostréiculteurs ne savent pas quoi faire. Faudra-t-il proposer aux petits métiers de la pêche voire ceux de la pêche de loisir de se mettre à pêcher davantage de daurades ? Tout est à inventer. »

Le but ? Là encore pour que tous les acteurs touchent du doigt un futur auquel il faudra s’adapter et « identifier les enjeux autour d’un constat partagé ». A ce propos, le vaste projet de recul de la route littorale entre Sète et Marseillan, financé en partie par l’Europe pour plus de 56 millions d’euros a été vécu comme « une réussite ». « A partir de là, confie encore Thierry Gissinger, certains acteurs présents à ces journées ont même évoqué la possibilité de cités flottantes ! Rien n’est tabou : certains évoquent même pour demain la création de villes sous-marines tandis-que d’autres défendent l’idée que la nature reprend toujours ses droits et qu’il faut s’adapter. Et non on ne peut pas barrer le détroit de Gibraltar pour faire face à la montée des eaux, comme l’évoquait un participant ! »

« Vue sur mer » sur le littoral : qu’est-ce que ça dit de nous ? »

Le dérèglement climatique a des incidences parfois surprenantes : « Un ostréiculteur m’a interpellé lors de ces journées pour me dire que l’un des effets indirects de la montée des eaux, c’est les daurades !, confie Thierry Gissinger. Ces poissons-là dévorent les coquillages en pénétrant désormais en masse dans les étangs littoraux. C’est un prédateur. Et les ostréiculteurs ne savent pas quoi faire. Faudra-t-il proposer aux petits métiers de la pêche voire ceux de la pêche de loisir de se mettre à pêcher davantage de daurades ? Tout est à inventer. » De la même manière la Fondation de France finance un autre projet sur l’acceptation de la présence des dauphins par tous. « Il faut protéger les dauphins, bien sûr, pose Thierry Gissinger, mais que faire quand les pêcheurs professionnels se désolent quand ces mêmes dauphins détruisent leurs coûteux filets…? » Il y a entre autres aussi la problématique des sentiers littoraux, « une fierté des côtes françaises mais qui doivent faire face à l’affluence du public peuvent dégrader les falaises. A Douarnenez, et en Bretagne, en général, on imagine en restreindre l’accès de certains tronçons du sentier côtier. »

Il y a aussi des recherches plus originales, comme travailler sur l’image dans la société, aujourd’hui encore très valorisante, de la « vue sur mer » ou de celle des « pieds dans l’eau ». Qu’est-ce que cela dit de nous ? »

Olivier SCHLAMA

*ITW du président du comité  Littoral, Yves Henocque  https://www.youtube.com/watch?v=ry6E3h3RPEg&list=PLYW5elOXRThjjDbtL5alnCm2jzXAdOong

Vidéo d’un projet de recherche financé et visant à optimiser les activités de pêche artisanale https://www.youtube.com/watch?v=RCWboFDLfNE&list=PLYW5elOXRThjjDbtL5alnCm2jzXAdOong&index=5