Instituteur et cycliste au grand coeur, Nicolas Bodin, 49 ans, réalise la Boucle du siècle pour récolter des dons pour l’association École à l’hôpital. Il sera dans la région la semaine prochaine. Il prône une vraie philosophie de vie, l’altruisme.
À l’heure où tout le monde lève le pied, Nicolas Bodin appuie sur les pédales. Ce prof des écoles et ultra-cycliste dispute la course du siècle (que l’on peut suivre ici). Sac de couchage bien arrimé sur le vélo, Nicolas Bodin, un habitant de Versailles et prof des écoles à Poissy (Yvelines) reproduit en ce moment le tracé du Tour de France le plus long de l’histoire de la Grande Boucle.
En solitaire, en autonomie complète, sans assistance pour rendre visible l’École à l’Hôpital

Il s’agit de boucler en 25 jours les 5 745 km en 17 étapes, dont Luchon et Perpignan pour rejoindre ensuite, à la force du mollet, Toulon, à découvrir ICI. Mythique. Et pour la bonne cause : cent ans après, l’homme de 49 ans, citoyen éco-engagé relève ce défi au profit des enfants hospitalisés. Il s’est engagé dans ce Tour de France en solitaire, en autonomie complète et sans assistance pour rendre davantage visible une association et récolter des dons (cagnotte ICI) : l’École à l’Hôpital, association reconnue d’utilité publique qui œuvre pour assurer la continuité scolaire des enfants hospitalisés. “Mon défi leur offre de la visibilité et d’ailleurs tout le monde peut leur faire un don.”
Cent ans après ce mémorable Tour de France, l’ultra-cycliste a commencé à affronter des étapes de plus de 400 kilomètres, un sommeil réduit au strict minimum et des conditions physiques extrêmes afin de retrouver, autant que possible, l’esprit des légendaires forçats de la route. Un exploit.
Renversé par une voiture au départ

Au-delà de la performance, ce projet est une quête de sens. Et qui a failli ne pas se faire. Originaire de Chinon, en Touraine, Nicolas Bodin a eu un accident à 60 km du départ, Évian. À Annemasse il a été renversé par une voiture. Rapatrié à Paris. “J’ai aussi eu des problèmes mécaniques. Du coup, après trois jours d’interruption et d’hésitation, je suis reparti mais de Dunkerque, tout début août”, dit le sportif au grand coeur qui se trouvait ce jeudi aux Sables-d’Olonne pour rallier Bordeaux sur son destrier. Bayonne suivra puis, Luchon. On peut le suivre ICI.
Il traversera notre région Occitanie la semaine prochaine. Il fait étape un peu partout en France. En se débrouillant tout seul. Pour entretenir son vélo ; pour faire le plein de nourriture. Et même pour recharger son téléphone. “Là, je vous parle d’une église qui a des prises de courant… Ce qui me permet de trouver aussi un peu d’ombre. Je laisse 1 € ou 2 €. Je peux aussi m’arrêter dans un cimetière. Cela demande de l’imagination…”
“En 2014, je suis tombé sur une plaque en honneur du premier cycliste qui gagna le Paris-Brest-Paris”

Quel est son… moteur ? “D’abord, j’aime le vélo ; d’aller d’un point A à un point B.” Le vélo a déboulé dans sa vie en 2014. Avant, c’était rugby et tennis. “En emmenant un jour l’une de mes filles à un club de cheval à Versailles, rembobine-t-il, je suis tombé sur une plaque en honneur du premier cycliste qui gagna le Paris-Brest-Paris. J’ignorais que cette course existait encore. J’ai voulu la faire. Mais il a fallu que je me qualifie. Ça a été le cas. J’ai acheté un vieux vélo et j’ai réalisé 600 km pour me qualifier. J’avais encore un peu de foncier avec le rugby…” Un hasard pour une passion.
Ce Tour de France 1926, une aventure humaine

Il y a le vélo et la toujours enrichissante aventure humaine. “En faisant ce Tour de France, comme d’autres défis, je fais des rencontres très intéressantes ; des gens différents.” Un petit côté chemins de Compostelle ? “J’ai fait ce genre de randonnée à pied ; je suis même arrivé un jour à Saint-Guilhem-le-Désert, dans l’Hérault où il n’y a pas beaucoup de points d’eau…” Il trouve sur cette réplique du Tour de France “des gens prêts à vous aider”.
Une façon d’humaniser aussi sa vie. “Oui et ce genre de défi à traverser la France, ça rassure sur l’humain.” Dans les médias traditionnels, l’info y est tout le temps angoissante. “C’est des crimes, des viols… Alors que la réalité, c’est que dans 99 % des cas on trouve des gens serviables prêts à aider ; je dors le plus souvent dehors, eh bien il ne m’est jamais rien arrivé. Hier, j’ai dormi devant un centre culturel…” Et d’ajouter : “Personnellement, c’est une façon de vivre moins dans le stress.”
Si vous avez un rêve, quel qu’il soit, essayez de mettre tout en oeuvre pour le vivre. Le plus important, c’est le chemin que vous créerez…”
Dans sa pratique professionnelle de maître d’école, Nicolas Bodin évoque vélo et altruisme. Jusqu’à ce qu’il soit détaché il y a deux ans comme syndicaliste à l’Unsa. “Ce que je dis aussi souvent c’est que si vous avez un rêve, quel qu’il soit, essayez de mettre tout en oeuvre pour le vivre. Le plus important, c’est le chemin que vous créerez pour cela. Et si vous ne réussissez pas, vous aurez au moins la satisfaction d’avoir au moins tenté. Il y a aussi l’idée que je développe comme quoi il faut être altruiste et aider les autres. Le principe de l’école c’est de faire des élèves des citoyens. Etre à l’écoute et ne pas être égoïste. C’est ce que j’essaie de faire en renvoyant l’ascenseur auprès de cette association caritative.”
“À chaque course, j’y associe École à l’hôpital pour récolter des dons”

Lui-même a été touché par l’action bénévole et altruiste de l’association Ecole à l’hôpital à l’occasion de l’hospitalisation de sa fille il y a une dizaine d’années. En tant que professeur des écoles, il est sensible à la double peine, maladie et rupture scolaire. Cette conviction devient engagement. “J’avais, à l’époque, rencontré les bénévoles de cette association. Je n’étais pas encore prof mais encore dans le marketing. Je m’étais dit que si je le peux, je leur aiderais. En 2023, à l’occasion d’une course cycliste, la transcontinentale, de Belgique en Grèce, à laquelle je participais, j’avais déjà oeuvré pour récolter des fonds pour Ecole à l’hôpital. Et depuis quatre ans, à chaque course, je les associe pour récolter des dons. Moi, je ne prends rien dessus.”
Il y a beaucoup de belles choses partout en France. Des jeunes qui tiennent des commerces dans des villages…”
Avec un message qui n’a rien d’accessoire qu’il délivre après avoir traversé une partie de la France : “A cause des températures et de la sécheresse, tout est grillé ; depuis Dunkerque, tout est jaune, jaune, jaune, partout… Cela est inquiétant sur l’état de la planète, dit celui qui revendique une fibre écolo. En Bretagne, les grillons chantent la nuit…” Il préfère rester sur une note optimiste : “Ce qui me rassure, encore une fois, c’est l’humanité que je rencontre et des gens formidables que je croise. En Bretagne, par exemple, dans un village, on m’a accueilli à bras ouverts ; des habitants m’ont invité à dormir chez eux pour manger et dormir… J’y ai rencontré quelqu’un qui fait du vélo, aveugle, sur un tandem piloté par un homme de 80 ans… Il y a beaucoup de belles choses partout en France. Des jeunes qui tiennent des commerces dans des villages, etc.”
Olivier SCHLAMA
- Cagnotte ICI
-
Le parcours prévu à l’origine a pris du retard à cause d’un accident à Annemasse (ci-dessus). Voici le programme d’origine :
– 31/07 : première étape Évian-les-Bains-Mulhouse
– 01/08 : 2e étape Mulhouse-Metz
– 03/08 :
3e étape Metz-Dunkerque
– 04/08 : 4e étape Dunkerque-Le Havre
– 06/08 : 5e étape Le Havre-Cherbourg
– 07/08 : 6e étape Cherbourg-Brest
– 09/08 : 7e étape Brest-Les Sables-d’Olonne
– 10/08 : 8e étape Les Sables-d’Olonne-Bordeaux
– 11/08 : 9e étape Bordeaux-Bayonne
– 13/08 : 10e étape Bayonne-Luchon
– 15/08 : 11e étape Luchon-Perpignan
– 17/08 : 12e étape Perpignan-Toulon
– 18/08 : 13e étape Toulon-Nice
– 20/08 : 14e étape Nice-Briançon
– 22/08 15e étape Briançon-Évian-les-Bains
– 23/08 : 16e étape Évian-les-Bains-Dijon
– 24/08 : 17e étape Dijon-Paris-Parc des Princes
-
(1) Nicolas Bodin que l’on peut suivre ici dans son Tour de France est un professeur des écoles de 49 ans qui, en délaissant le marketing, a choisi de donner une utilité sociale à sa seconde carrière. Ultra-cycliste depuis plus de 10 ans, il a participé aux épreuves les plus exigeantes (The Transcontinental Race, Londres-Édimbourg-Londres, Paris-Brest-Paris, Le Challenge Flandrien, etc.). Son programme 2026 comprendra aussi les 24h de Longchamp, les 24h du Mans Vélo et le BRM 600 Arsène Lupin. Il est également éco-engagé et animateur bénévole pour La Fresque du Climat.