Revenu de base : Le mieux, c’est encore d’essayer

L'association Mon rvenu de Base va tirer au sort le nouveau bénéficiaire d'un revenu supplémentaire de 1000 euros par mois pendant un an... Photo D.-R.

L’association Mon Revenu De Base a lancé la première expérimentation citoyenne du revenu de base. A chaque fois que 12 000 euros sont collectés, une personne est tirée au sort pour recevoir 1000 euros par mois, sans condition. Un tirage au sort est prévu le 29 juin, et il est encore possible de s’inscrire !

Depuis décembre 2017, quatre« éclaireurs » expérimentent concrètement la vie avec un revenu garanti. Que ce soit pour se soigner et sortir de la pauvreté ou lever la tête et réfléchir à son avenir professionnel, les retours sont enthousiastes et constituent de beaux enseignements. Retrouvez un retour sur la situation de ces éclaireurs ou le témoignage de Caroline, à lire ci-dessous.

Treize départements pour l’expérimentation

Un-e cinquième élu-e va bénéficier du Revenu universel pendant un an. tirage au sort le 29 juin… Photo D.-R.

Alors que le gouvernement réfléchit (encore) à son plan de lutte contre la pauvreté et à la mise en place d’un versement unique des allocations sociales (voir notre dossier  en cliquant ICI), alors que 13 départements souhaitent pouvoir expérimenter le revenu de base et des versements automatiques du RSA pour lutter contre le non-recours (lire notre article en cliquant ICI), l’association Mon Revenu de Base organise le 29 juin, à Paris, un cinquième tirage au sort afin d’attribuer un revenu de base, financé grâce au soutien de milliers de donatrices et donateurs.

En présence des économistes Thomas Porcher et Aurore Lalucq ce tirage est aussi un moment pour échanger et débattre de la protection sociale en France et de comment l’améliorer, notamment grâce au revenu de base. Rappel, les inscriptions pour participer au tirage au sort sont possibles jusqu’au 29 juin à 14 heures. Inscription gratuite et sans condition, rendez-vous sur monrevenudebase.fr

Témoignage de Caroline :

Une possibilité de repartir sur de nouvelles bases… de réaliser certains rêves… Photo D.-R.

« J’ai participé au tirage au sort, sur la demande de ma soeur, sans y croire. Puis j’ai oublié. D’où mon énorme surprise lorsque j’ai su que je faisais partie des 3 premiers gagnants de l’aventure. Plein de choses ont tourné dans ma tête : envie de le dire à tout le monde, que vais-je faire de ces 1000 €, je n’y crois toujours pas….. jusqu’au premier versement, vraiment réel (…) Depuis 6 mois, j’en fais profiter mes proches, en les aidant un peu et puis j’ai voulu me gâter un peu, après tout pourquoi pas. Mais pour les six prochains mois, je vais penser à la suite,  les mettre de côté et prévoir des formations professionnelles.

Depuis quelques années, j’ai envie de passer à autre chose côté professionnel et cet argent me permet aussi de me projeter et d’aller de l’avant. Aujourd’hui, je pense Bilan de compétence et pourquoi pas reconversion, formation, VAE…. Il y a des possibilités de prise en charge c’est sûr, mais on ne sait jamais, avec le temps, une formation en amènera une autre…..et une autre encore (…) En tout cas, je suis ravie de faire partie de cette expérimentation. Peut être que grâce à elle, je finirai ma vie professionnelle dans une toute autre orientation que celle prise au départ. Dans tous les cas, ce revenu de base m’aura permis de vivre une belle aventure, avec beaucoup de remises en questions, certes, mais je ne garderai que le positif. »

Si l’idée d’un Revenu universel passe encore mal dans une France frileuse et où l’on est plus souvent envieux du voisin que désireux d’améliorer sa propre condition, de plus en plus de penseurs et chercheurs s’intéressent au sujet. Et de nombreux ouvrages y sont consacrés. A lire de toute urgence, l’excellent Fuck Work ! – Pour une vie sans travail, de l’Historien et essayiste James Livingston (coll. Champs Actuel – Flammarion, feuilleter en cliquant ICI) qui résume ainsi sa pensée : « Notre productivité nous tue à petit feu, et la planète avec. Il est temps de prendre acte de ce qui est déjà une réalité et de réfléchir à la seule question qui vaille : à quoi ressemblera notre vie, sans le travail : Fuck Work ! »

Paru seulement en anglais (éd. Palgrave Macmillan) le livre Financing Basic income (Financer le revenu universel) soutient qu’un revenu de base d’un niveau décent est en fait finançable. Les contributeurs abordent le sujet du point de vue de trois pays différents (Canada, Suisse et Australie) pour répondre à l’objection qui dit qu’un programme universel visant à garder tous les citoyens au-dessus de la ligne de pauvreté serait trop cher pour être appliqué. Ils passent en revue l’éventail complexe des sources de revenu qui rendraient le revenu de base faisable, de la valeur sous-estimée des redondances des programmes publics aux actifs publics nouveaux et jusqu’ici non comptabilisés. Autant de sources de réflexion…

Ph. M.

Quelle définition pour le « Revenu de Base » ou « revenu universel » ?

L’association Mon Revenu De Base partage la conception du revenu de base (ou revenu universel) telle qu’elle est définie par le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB). Les éclaircissements qui suivent sont des extraits des travaux du MFRB. Le revenu de base (ou revenu universel) est un revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sans exception.

Il est défini comme étant :

  • Universel : tous les membres de la communauté le reçoivent, quels que soient leurs revenus ou leurs situations professionnelles,
  • Individuel : il est versé à chaque membre du foyer, sans considération des revenus de ses autres membres,
  • Inconditionnel : pas besoin de justifier une recherche d’emploi, ni de travailler en échange,
  • Cumulable : il s’additionne avec toute forme de salaire issu d’un emploi déjà existant et de toute autre forme de revenus,
  • Inaliénable : il ne peut être saisi, le bénéficiaire ne peut en être dépossédé,
  • Permanent : il est versé automatiquement de la naissance jusqu’à la mort et assure ainsi un filet de sécurité tout au long de la vie.

Cette définition doit être prise comme un tout indissociable. Elle est conçue de façon à délimiter un cadre à l’intérieur desquelles des options différentes sont possibles. Tout comme le MFRB, l’association Mon Revenu de Base considère que l’instauration d’un revenu de base ne doit pas remettre en cause les systèmes publics d’assurances sociales, mais compléter et améliorer la protection sociale existante.

LIRE notre Dossier, dont l’entretien avec Claire Leroy, économiste à l’IPP (Institut des politiques publiques), qui a réalisé une étude inédite destinée à servir de base à l’expérimentation du revenu de base dans treize départements, dont l’Aude, l’Ariège ou la Haute-Garonne… Cliquer ICI