Une opération “révélatrice des atteintes à un site naturel”, selon la préfecture, qui a porté ses fruits : plus de 35 feux de camp dénombrés, des détritus… Le danger est évident. Ce qui préoccupe le plus le maire, Olivier Moné. Les contrôles vont se dérouler ailleurs dans le département, très touristique. Sans parler de la cabanisation : “Un fléau, il y en a partout”, note le sous-préfet de Prades, Didier Carponcin.
Les incivilités comme s’il en pleuvait. Ce mardi soir 4 août, les services de l’État ont mené une opération de contrôle coordonnée sur le site des eaux chaudes de Prats d’Aygues à Fontpédrouse, sous l’autorité de Didier Carponcin, sous-préfet de Prades (P.-O.), et en présence d’Olivier Moné, maire de cette commune de 530 âmes. Une opération “révélatrice des atteintes à ce site naturel”.
La raison ? La “protection du site”, selon les termes préfectoraux. Cette opération, menée sur le site dit des “bains sauvages”, a mobilisé neuf militaires de la compagnie de gendarmerie de Prades, deux agents de l’Office national des forêts (ONF) et tout autant d’agents de l’Office français de la biodiversité (OFB).
Une amende pour stups, deux infractions pour stationnement dangereux…
Au cours de cette opération, quinze contrôles d’identité ont été effectués. Qui ont conduit à l’établissement d’une amende forfaitaire délictuelle (AFD) pour usage de stupéfiants et au relevé de deux infractions pour stationnements dangereux. “Les contrôles ont porté sur le respect des règles de stationnement, les occupations illicites de l’espace naturel”, résume-t-on. Mais, surtout, sur “les feux de camp illégaux, les dépôts de déchets et, plus largement, sur le respect de la réglementation applicable à ce site confronté à une forte fréquentation”.
Les services de l’État ont également constaté “la présence de multiples dépôts de déchets, d’une quarantaine d’emplacements de feux non autorisés ainsi que de nombreuses constructions illégales de type cabanisation”.
Plus de 35 feux de camps illégaux

Maire de Fontpédrouse, 530 habitants, Olivier Moné, à l’origine de cette descente policière, contextualise : “C’est un lieu dans lequel il y a beaucoup de monde qui n’hésite pas à faire des feux de camp et des grillades et en ce moment, c’est très dangereux…” En pleine canicule et sécheresse, une simple allumette peut générer une catastrophe. “C’est ce qui me préoccupe le plus, confirme-t-il : ces places à feux anarchiques. Nous avons procédé à leur comptage : on en a repéré plus 35… !”
“Ces eaux chaudes sont très largement indiquées sur les réseaux sociaux…”
Le maire poursuit : “Des randonneurs me les avaient signalés ; j’y suis allé ; effectivement, il y a eu des feux de camp, des dépôts de détritus.” Ce n’est pas la première fois et les incivilités se poursuivent. “C’est régulier. Ces sources sont très connues ; relativement cachées, oui, mais ces eaux chaudes sont très largement indiquées sur les réseaux sociaux… Elles ne sont pas exploitées. On les dit “sauvages” ; en fait, elles ne le sont pas du tout : c’est une résurgence d’eaux chaudes sulfureuses, connue de tous les gens du village, bien sûr, et tous les terrains sont privés ! Celui où se trouve la source comme les prairies autour appartiennent à des particuliers qui ne s’en préoccupent pas.”
Une mobilisation appelée à se poursuivre
Cette action répond aux difficultés constatées sur ce site naturel particulièrement fréquenté en période estivale. “Malgré les aménagements réalisés pour limiter le stationnement anarchique (notamment grâce à l’enrochement des abords de la RD28 en lien avec le conseil départemental), explique-t-on en préfecture, les services de l’État, les élus locaux et les riverains observent la persistance de comportements portant atteinte à la préservation du site et à la sécurité des personnes.”
Le constat réalisé lors de ce contrôle in situ en ce 4 août confirment “la nécessité de maintenir une vigilance renforcée”. Dans un contexte de risque élevé d’incendie, les feux en milieu naturel constituent un danger majeur pour les personnes, les biens et l’environnement. Les dépôts sauvages de déchets, les installations illégales et les occupations non autorisées “contribuent également à la dégradation durable du site et génèrent des nuisances importantes pour les habitants de la commune”. De nouvelles opérations de contrôle seront prochainement organisées afin de faire respecter durablement la réglementation.
Le stationnement illégal, premier volet

Contacté, Didier Carponcin, sous-préfet de Prades (P.-O.) pose : “Ces sources d’eaux chaudes sont connues depuis très longtemps.” Peu à peu, les pouvoirs publics ont repris la main sur les incivilités et les infractions, en commençant par le stationnement interdit, souvent verbalisés.
“Il y a deux ans, le département a fait en sorte que le stationnement le long de la route ne soit plus possible. En posant des “blocs cyclopéens”, de gros blocs de pierre. Cela a totalement résolu le problème du stationnement interdit.” En revanche, cela n’a pas résolu le problème de la cabanisation à Fontpédrouse et ailleurs dans le département.
“Lors de l’incendie récent de Trévillach, plusieurs habitations de fortune sont parties en fumée”

Didier Carponcin, le sous-préfet de Prades confie encore : “La cabanisation, c’est un fléau, il y en a partout dans le département dans la Salanque, les Aspres, le Vallespir, la plaine du Roussillon, Millas, Nefiach… Lors de l’incendie récent de Trévillach, plusieurs habitations de fortune sont parties en fumée… Ils étaient en infraction. Outre le risque pour leur vie, ces habitants vivant dans des habitats précaires ne respectent pas les règles de débroussaillement ; leurs eaux usées partent dans la nature et polluent… Dans le département, il va y avoir d’autres opérations de contrôle, celles-là davantage axées sur l’urbanisme.” La DDTM et la gendarmerie seront cette fois à la manoeuvre.
“La cabanisation, un fléau”
“Le problème, c’est que lorsqu’il y a une infraction comme celle-là au code de l’urbanisme sur un terrain privé, il peut arriver que le propriétaire “cabanise” volontairement pour louer et il est en infraction. Mais, là, il s’agit de propriétaires qui sont loin ; ils ont hérité de terrains sans vraiment savoir ce qui s’y passe. Et ils ne font rien. Normalement, ils devraient déposer plainte. Certains l’ont fait, mais pas tous. Ces propriétaires sont responsables de cette cabanisation qui se trouve chez eux même s’ils n’y sont pour rien. Sur Fontpérouse, il y a ainsi plusieurs dizaines d’habitations illégales précaires disséminées tout le long de la colline. Le maire projette justement d’écrire aux propriétaires pour les mettre en garde sur cet aspect du droit en leur disant : vous risquez d’être verbalisés lors des contrôles qui vont se faire, si vous ne faites rien contre ces habitations illégales.”
Olivier SCHLAMA