Humeur : Ces mobilités dites “douces” qui deviennent un véritable fléau

Vélos et trottinettes devront se montrer plus respectueux des autres usagers... Photo Ph.-M.

Les piétons devront-ils bientôt revêtir une armure pour déambuler sereinement sur les trottoirs et dans les rues dites piétonnes ? C’est que désormais le danger n’est plus seulement incarné par l’automobile au moment de traverser la rue, mais à chaque instant, pour échapper aux vélos et trottinettes dont certains usagers envahissent sans vergogne l’espace public.

Face à la multiplication des plaintes de piétons, de plus en plus de villes prennent des arrêtés obligeant cyclistes et conducteurs de trottinettes à mettre pied à terre dans les centre-ville (notre photo de “Une”). Les élus soulignent en effet la nécessité “d’assurer la sécurité des piétons” dans les zones piétonnes, où certains cyclistes et trottinettistes circulent “à une vitesse excessive” et “sans respect des règles de priorité.”

Définir une nouvelle façon de “partager la rue”

Ainsi, un arrêté municipal interdit désormais aux cyclistes de circuler dans plusieurs rues du centre historique de Millau (Aveyron). “C’est une décision importante pour la sécurité des piétons, respectons les règles !” s’exclame une habitante de la cité millavoise. Un avis assez largement partagé notamment sur internet.

“C’est une bonne action, il faut le reconnaitre. Maintenant à quand l’arrêté pour les motos dont le taux de décibels dépasse le seuil de tolérance. Là est un véritable fléau, une pollution sonore dont il est difficile de garder sa maitrise” commente pour sa part le romancier Jean Déchamps sur la page Facebook du Journal de Millau, élargissant ainsi le périmètre des incivilités contemporaines.

Avec le slogan “Partageons la rue“, (Ville de Millau et Communauté de communes Millau Grands Causse) il s’agit aussi de rappeler quelques règles de base trop souvent ignorées : “Ne roulez pas sur les trottoirs, c’est autorisé seulement pour les enfants de moins de 8 ans. N’empruntez les passages piétons qu’avec le vélo à la main, sauf signalétique contraire Ne portez pas de casque audio ou d’oreillette. Arrêtez-vous au feu rouge, sauf si un panneau vous autorise à ne pas le faire. Il n’est pas plus autorisé de rouler à vélo après avoir bu de l’alcool qu’avec un autre véhicule.”

“Le stationnement des vélos doit respecter les principes généraux du code de la route, notamment en ne gênant pas la circulation des piétons et des véhicules”… Ici (à quelques mètres d’une zone réservée au stationnement des deux roues) le piéton va devoir réaliser un saut d’obstacle… Photo Ph.-M.

Le phénomène fait tâche d’huile. Les panneaux “pied à terre obligatoire” fleurissent, notamment à Sète, dans l’Hérault). Encore faut-il avoir les moyens de les faire respecter, face à des usagers qui ont pris la (mauvaise) habitude d’une tolérance excessive à leur égard.

Nîmes veut privilégier “la prévention de terrain”

A Nîmes (Gard), on a fait le choix de la “prévention sur le terrain (…) La sécurité des usagers passe d’abord par la compréhension des règles. Notre volonté est de privilégier le dialogue et la pédagogie afin que chacun s’approprie ces nouvelles dispositions. Les contrôles restent indispensables, mais ils interviennent avant tout pour protéger les usagers et favoriser une cohabitation respectueuse entre piétons, cyclistes et utilisateurs d’EDPM” (engins de déplacement personnel motorisés, NDLR) explique Nicolas Nadal, adjoint au maire délégué à la sécurité.

Les policiers municipaux répondent aux questions des usagers et rappelent les principales obligations : “port du casque, mise à pied obligatoire dans les rues concernées de l’Écusson mais aussi respect des aménagements cyclables, limitation de vitesse et règles de conduite.” Ces opérations de sensibilisation se poursuivront tout au long de l’été afin “d’installer durablement une culture du partage de l’espace public”, souligne-t-on en mairie.

Et lorsque des comportements mettent directement en danger les usagers, les policiers municipaux procèdent également à des verbalisations : “Les précédentes opérations ont notamment permis de sanctionner un usage du téléphone au guidon, une vitesse excessive, une mise en fourrière d’un engin en infraction (débridage), circulation d’un EDPM hors aménagement cyclable alors que celui-ci était disponible ou refus d’obtempérer.”

A Montpellier, “en aire piétonne, le piéton est roi !”

A Montpellier, depuis le 22 janvier 2026, la Ville a franchi une nouvelle étape pour garantir la sécurité des piétons. “La circulation des trottinettes électriques est strictement interdite dans les principaux axes de la zone piétonne du centre-ville, de la rue de la Loge à l’Esplanade de l’Europe.” L’esprit de cette mesure est résumé par l’un des slogans de la campagne de communication : “En aire piétonne, le piéton est roi !” 

Image d’illustration. Photo de magnific

La Ville de Montpellier consacre une page de son site internet à la réglementation, pour que les usagers y retrouvent l’ensemble des bonnes pratiques à adopter, car la rue doit rester un espace sécurisé pour tous et notamment pour les piétons, les plus vulnérables. Dans l’aire piétonne des secteurs Comédie / Esplanade / Antigone est interdite à la circulation des EDPM il est obligatoire de mettre pied à terre sous peine de s’exposer à une amende de 90€.

La ville d’Albi avait également pris un arrêté municipal encadrant l’usage des trottinettes électriques (notamment l’interdiction dans toutes les aires piétonnes de la ville). Montauban, Narbonne Carcassonne suivent le même chemin. La balle est dans le camp des utilisateurs de trottinettes, vélos et autres EDPM, les rues ne sont pas une jungle urbaine, il y a des règles à respecter… C’est la meilleure façon d’apaiser les esprits

Philippe MOURET