Mitoyenne de la magnifique réserve nationale de Mantet dans les Pyrénées-Catalanes, la station Vallter 2000, en manque chronique de neige, veut proposer une alternative au ski sur les quatre saisons… La mobilisation commence aujourd’hui, à Prades, par la projection d’un documentaire et un débat sur le projet et le 4 avril une journée de découverte des paysages du Mantet qui ont déjà été foulés à l’été 2025 par plus de 30 000 touristes…
Du haut de ses 79 printemps, Antoine Glory est un personnage respecté à Ria (Pyrénées-Orientales) et dans ces magnifiques montagnes où il réside et qu’il connaît comme sa poche. Président d’une association de marcheurs, le GPRENC, Antoine Glory était accompagnateur en montagne, un environnement qu’il aime par-dessus tout. Cet amour là, il le dit avec bienveillance et accent rocailleux. Comme une chose simple.
16 000 touristes par jour et 365 jours par an !

Et le montagnard est prêt à répéter son combat de jadis contre les bétonneurs. A l’époque, dans les années 1980 (lire ci-après), c’était contre le projet d’une station de ski démesurée avec 6 000 lits à la clef, le tout, sorti de nulle part… Aujourd’hui, il s’attaque à un super téléphérique espagnol capable, nous dit-on, d’embarquer 16 000 touristes par jour et surtout 365 jours par an depuis le fond d’une vallée espagnole, de Setcases, à 2 535 mètres, sur les crêtes françaises, aussi belles que fragiles. Qui n’auront aucun répit.
Et alors que du Canigò au Puigmal ces espaces naturels sont classés, notamment la Porteille du Mantet, du nom de la réserve nationale. “Là c’est la montagne à l’état pur… A certains endroits, c’est comme des steppes de Mongolie ; il n’y a pas d’arbres”, dit-il. De quoi tout détériorer. “En cherchant à accroître la fréquentation, le projet Vallter 365 rend monnayables les espaces protégés”, formule le directeur de la réserve du Mantet.
Grand tétras, lagopède, faune, flore extraordinaires

On ne sait pas grand-chose de ce projet mais on sait qu’il est dans les cartons prêt à sortir de terre. “Il a bien fallu que ses promoteurs informent un minimum les maires des communes françaises qui en sont proches…”, relaie Antoine Glory. Ce qui a de quoi inquiéter sévère. “La réserve naturelle nationale du Mantet abrite les emblématiques comme Grand tétras, ou le lagopède, espèces protégées, et une petite faune et une flore extraordinaires. Il faut imaginer les perturbations ou les dégâts que cela occasionnerait y compris s’ils sont accompagnés de chiens”, précise Antoine Glory.
Pour sensibiliser la population aux risques multiples d’un tel sur-tourisme (érosion, forte fréquentation des sentiers secondaires non balisés, hausse du risque incendie, etc.), la réserve nationale du Mantet organise un double événement ces 24 mars et 4 avril, baptisés Montagne en Mouvement. Avec projection d’un documentaire, au cinéma le Lido, à Prades et débat justement autour de ce projet pharaonique (ce mardi). Par ailleurs, Antoine Glory confie que nous faisons venir Eva Pico, présidente, espagnole, d’une plateforme qui réunit une bonne centaine d’associations des deux pays. En vue de mobilisations transfrontalières.
“On demande une étude d’impact”

Le 4 avril, ce sera la seconde partie de l’événement in situ baptisé, lui, Pâques au sommet : avec un rendez-vous au col du Mantet pour une journée d’échanges et d’animation, marche , ateliers (gratuit, renseignement et réservation : tel. 06 71 36 77 92). Par ailleurs, le parc naturel des Pyrénées Catalanes et le syndicat mixte du Canigó ont envoyé des courriers disant toute leur inquiétude au préfet du département et à la ministre de l’Ecologie. Qui aura sans doute son mot à dire : les opposants français brandissent d’ailleurs un argument juridique. Un article européen “qui oblige un état s’il prévoir un aménagement dans des conditions-là doit faire une étude d’impact. C’est ce que l’on demande”, précise Guilhem Laurents, directeur de la réserve du Montet.
Télécabine géant pour relancer la station espagnole
Cette fois, c’est donc le projet d’un incroyable téléphérique qui fait polémique parce qu’il amènerait potentiellement 16 000 personnes par jour sur ces magnifiques et fragiles crêtes ! “Il partirait de la station catalane de ski Vallter 2000. C’est un projet de Super-télécabine dit 4 saisons, Vallter 365, l’une des plus anciennes des Pyrénées qui menace désormais le patrimoine naturel des réserves naturelles du Canigó. L’alerte a été donnée par des associations dont Grup Pirinenc Rossellones Excursionista Nord-Catala (GPRENC) ainsi que l’association Charles-Flahault qui a toujours œuvré pour la création des réserves naturelles du Canigó et la protection du patrimoine naturel catalan, dont le territoire de Mantet fait partie”.
“Une sorte de parc d’attractions”

A l’arrivée en France de cette télécabine, “il y aurait une dizaine d’activités prévue pour les touristes, une sorte de parc d’attraction au milieu de la nature…”, se désole Antoine Glory. “Et tant qu’à faire, ces touristes on les emmènera le plus haut possible, à plus de 2 500 mètres d’altitude…” C’est un projet de tourisme de masse proche de Barcelone qui vise à sauver cette station qui ne serait pas rentable en l’état, manque de neige oblige.
“Au printemps 2025, nous découvrons le projet Vallter 365, porté par la société catalane Ferrocarrils de la Generalitat de Catalunya qui dépend directement de la Generalitat”, souligne Antoine Glory. Une super-télécabine, partant de la commune de Setcases jusqu’au point culminant de la station de ski de Vallter 2 000, à 2 535 m d’altitude, après avoir traversé le Parc natural de les Capçaleres del Ter i del Freser, la gare d’arrivée de cette télécabine est située à moins d’une centaine de mètres des crêtes transfrontalières, et du véritable cœur de nature français.
Un projet de station de ski avait déjà échoué

L’histoire se répète. Comme souvent. “Dans les années 1980, se souvient Antoine Glory, un projet de station de ski au dessus de Mantet et antérieurement avec des capitaux étrangers notamment belges, il avait été question de créer à Mantet la plus grande station de ski de toutes les Pyrénées avec 6 000 logements.Cela n’a pas pu se faire. La résistance s’est organisée notamment avec l’association Charles-Flahault qui est à l’origine de la création de nos réserves naturelles, rembobine-t-il sobrement. “Les réserves naturelles du Canigó, et plus largement leurs écosystèmes rares, sont aujourd’hui autant menacés”, redit Guilhem Laurents, directeur de la réserve du Mantet. Pour sanctuariser cette belle nature sauvage, ses montagnes et ses écosystèmes, il y a 40 ans, l’État français et plusieurs communes du Conflent ont souhaité et obtenu la création d’aires protégées fortes, les réserves naturelles catalanes contre un projet de station de ski.
Déjà plus de 30 000 passages sur quatre mois en 2025…
Tout ceci alors que le surtourisme guette déjà ! “Les deux éco-compteurs de la réserve naturelle de Mantet ont enregistré plus de 30 000 passages sur les quatre mois d’été 2025, révèle Guilhem Laurents. Les agents des réserves observent une augmentation de la fréquentation depuis la crise du Covid qui a poussé la population en mal de nature à pratiquer de plus en plus d’activités de plein air, mais aussi depuis la crise climatique, qui pousse les gens plus en altitude où il fait plus frais. Sur ces crêtes et plas transfrontaliers, culminant entre 2400 mètres et 2700 mètres d’altitude, les sentiers sont érodés et le public est dispersé…”
Olivier SCHLAMA
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