Même si elle n’a pas pu participer aux JO, la Frontignanaise, qui a passé 15 ans en Equipe de France de triathlon, en a les qualités et l’état d’esprit. “Mon moteur ? La gagne !” L’ex-internationale va co-organiser des courses, notamment un swimrun, dans la cité du muscat.
Jusque-là passe-muraille, elle s’éclaire soudain dans une bonne intention : ce jour-là, à Ile-Rousse, en Corse, Nathalie Daumas, dont les lecteurs du magazine Triathlète auront pu suivre les exploits, année après année, Une après Une, semble scanner in petto les personnalités du groupe de stagiaires dont certains sont pourtant des valétudinaires patentés. Elle en prend la tête sur une belle tranchée de kilomètres ponctués d’exercices pédagos réalisés dans un étonnant enthousiasme commun. In fine, personne n’a senti passer l’effort de la séquence pourtant solide.
Elle distille ses conseils bienveillants

Le soir, au cours de cette mise au vert sportive de plusieurs jours, avec natation comme fil rouge, dans l’incroyable salle de muscu flambant neuve d’un camping flanqué d’oliviers centenaires, elle distille ses conseils bienveillants. La talentueuse Nathalie Daumas nous fait imaginer un “oeil” à l’intérieur du coude (?), eh bien on ne doit le tourner de sorte qu’on ne le voie pas ; il doit “regarder” le sol, nous enseigne cette Frontignanaise : c’est signe que le mouvement de “catch”, de prise d’eau, sera correct. Ça marche. Laissant augurer du potentiel dans le coaching sportif.
Des prises d’eau, elle en a réussies d’élégantes au cours de sa carrière. Ce n’est pas un grand gabarit ; elle est plutôt “chat – pas trop – maigre” comme on dit dans l’armée d’un soldat puissant capable de missions à haute intensité et périlleuses, façon oeil du tigre. Un rapport poids-puissance servant des aptitudes naturelles hors normes. Aujourd’hui, elle n’hésite pas à aider de simples pousse-cailloux, elle qui connaît le prix très personnel du très haut niveau.
Présélections olympiques qui ne se concrétisent pas
Ses présélections olympiques de 2000 à Sydney (Australie) et 2004 à Athènes (Grèce) qui ne se concrétisent pas et c’est tout un rêve d’accomplissement qui se (dé)joue à ce moment-là. Il y aura certes le passage de la compétition à l’enseignement comme prof d’EPS à Joliot-Curie, à Sète, depuis 2010 mais celle qui voulait à l’origine faire architecte, ne pourra être que celui de sa vie (“Impossible de mener de front carrière de haut niveau et ces études-là”, ce sera donc prof de sport). Et plus tard une carrière de transmission à ses élèves.
Ces olympiades, absences si présentes, nourrissent “une blessure” fondatrice. Un inachevé dans un scénario qu’elle s’était pourtant sculpté d’avance. Un impensé. “Une désillusion”, traduit son compagnon, Vincent Leloup, lui-même triathlète. Elle préfère ne pas s’appesantir sur les raisons de cette injustice. Ni plus tard dans la discussion sur le fait que “la France n’est pas un pays sportif qui laisse d’ailleurs ses meilleurs éléments aller s’entrainer à l’étranger…” Léon Marchand étant le parangon d’un talent pur que l’on a voulu trop corseter.
Quand je n’ai pas été retenue par la France pour les Jeux, la Grèce m’a alors proposé la nationalité grecque et d’intégrer son équipe nationale. J’ai refusé”

Née à Sète, profondément enracinée à Frontignan, Nathalie Daumas, 51 ans, évacue cette “blessure” comme son premier cailloux dans la chaussure, comme une présence éternelle, assise qu’elle est dans le vaste canapé du salon, chaudes chaussettes noires aux pieds, débit de parole passionné.
“Nathou” – c’est de ce surnom que la planète triathlon l’a affublée – regarde, pensive, la Une que Triathlète lui avait plusieurs fois consacrée.
À quoi pensait la jeune femme qu’elle était à l’époque représentée sur cette Une de magazine ? “Je voulais faire les Jeux Olympiques !, répond-elle aujourd’hui. Et que je serai championne olympique. Quand je n’ai pas été retenue par la France pour les Jeux, la Grèce m’a alors proposé la nationalité grecque et d’intégrer son équipe nationale. J’ai refusé”, souffle-t-elle. Le panache n’est pas la moindre de ses qualités. Toutefois, elle ajoute, lucide, sur sa vie passée : “Pendant quinze ans, j’ai eu une vie rêvée.” Enchainant les podiums, à Valence ou Athènes au test event, par exemple.
Nathalie Daumas, 6e place mondiale
Bille en tête, enfant, la sportive dans l’âme, y croit dur comme fer. Là où il y a la volonté, il y a un chemin, a-t-on lu chez Camus, Churchill ou Lénine. Pas seulement parce que, très jeune, ces trois sports d’endurance enchainés – natation, vélo, course à pied – lui étaient aussi naturels que de respirer. Un talent pur. Si bien qu’à son tableau des médailles personnel, elle y a accroché plusieurs titres de championne de France junior et senior. A son firmament, Nathalie Daumas pointait à la 6e place mondiale. Le tout, jalonné de 15 ans en Equipe de France, jusqu’à ses 30 ans. Excusez du peu.
“Même si j’avais fait un autre sport, ce qui m’anime avant tout, c’est la gagne !”

Avec un acmé, une idée fixe, qu’elle a chevillé au corps depuis toute petite : faire “les Jeux ! Même si j’avais fait un autre sport, ce qui m’anime avant tout, c’est la gagne ! Pendant toutes ces années d’entrainement, on ne vit que pour ça. En plus, le Pôle France était à Montpellier.” Elle fait preuve de résilience ; elle se convainc que les résultats, “c’est avant tout pour soi et qu’une vie de sportive, c’est un parcours sain” qui entretient corps et esprit.
“À part une minorité, surtout depuis le covid, les ados n’ont pas d’intérêt pour le sport”
Nathalie Daumas ferait siennes les conclusions alarmantes d’une nouvelle étude du Lancet Global Health démontrant que dans le monde seul un ado sur sept bouge tous les jours ce qu’il faut pour ne pas se scléroser alors qu’il faudrait à tous faire du sport au moins une heure quotidienne… L’ex-internationale de triathlon le constate au quotidien : “A part une minorité, surtout depuis le covid, les ados n’ont pas d’intérêt pour le sport régulier. Récemment, j’ai fait cours à des élèves de 3e en prépa Pro, deux sur quinze seulement étaient adhérents d’un club de sport…”
Et d’ajouter : les jeunes, soit ils ne font pas de sport, soit ils en font trop, en étant même bigorexiques, dépendants. “Cela ne vient pas forcément combler un quelconque vide mais c’est juste qu’ils ont besoin de leur dose…”
“Le temps d’apprendre à vivre, il est trop tard”

Sans mélancolie, juste parce que “la lucidité est la blessure la plus proche du soleil”, comme l’insufflait l’indépassable René Char, Nathalie Daumas aime à citer Aragon : “Le temps d’apprendre à vivre, il est trop tard.”
“La vie, décrypte l’intéressée, demande un apprentissage long, des essais, des erreurs et des tâtonnements pour comprendre comment bien vivre, aimer ou profiter de l’instant présent. C’est un memento poétique qui nous invite à ne pas remettre à plus tard ce qui compte vraiment, car le temps file à une vitesse fulgurante. Une sorte de carpe diem…”, dit, avec un joli style, cette fille d’une prof de lettres classiques, Christine, “allergique au sport”, et d’un sapeur-pompier, Christian, qui s’occupait du massif de la Gardiole. Son oncle était le maire de La Peyrade, Roger Arnaud.
Son amie Véronique Méthion, comptable, elle aussi très sportive, dit de Nathalie Daumas qu’elle est “solaire, toujours gaie ; toujours là pour les autres ; pour aider. Elle est fédératrice. Avec elle, il faut aimer bouger. Elle est très dynamique. Elle a à 100 % tout le temps. Et elle aime la vie”, précise-t-elle justement. Elle aussi la place sur son Olympe.
“J’adorais partir seule à 3 ans ou 4 ans vers le large avec ma petite bouée canard !”
Ses parents sont ses premiers héros. Eux aussi ils pratiquent un sport de haut niveau… Petite, l’été, son terrain de jeux, c’était la plage de Frontignan. La Méditerranée pour horizon à dépasser. C’est là qu’est née sa cosmogonie personnelle. “Les femmes de la famille y étaient régulièrement, confie Nathalie Daumas, comme ma mère qui, prof, ne travaillait pas en juillet-août. J’adorais partir seule à 3 ans ou 4 ans vers le large avec ma petite bouée canard ! Peut-être pour traverser ! ? Et mon père venait régulièrement avec son petit bateau et ses palmes me chercher ! On devait me surveiller comme le lait sur le feu. Un jour, mes parents se sont dit : “Bon, ce n’est pas possible, il faut qu’elle apprenne à nager.” Direction, le club local, le NOF (Neptune Olympique Frontignan), où elle fera des étincelles.
“À l’école, j’étais devant les garçons”

D’où nous vient ce sentiment diffus que l’on a déjà croisé Nathalie Daumas ? Pas la chanteuse homonyme boudeuse au même patronyme mais la sportive émérite. Elle dit, en tout cas, les yeux dans le vague, en regardant dans le rétro : “J’ai eu une enfance joyeuse. Tout tournait autour de moi. Ma vie, à l’époque, c’était Itinéraire d’une enfant Gâtée”, confie-t-elle.
La natation, entre hasard et nécessité. Et la course à pied ? Ça s’imposait : “À l’école, j’étais devant les garçons”, pose-t-elle comme une évidence. Son père voit dans cette seconde discipline l’occasion d’étancher la soif d’action de sa fille. “Il avait aussi en tête les énormes carrures des nageuses d’Europe de l’Est et s’était dit que ça limiterait ça”, dit-elle. En course à pied, elle fut entrainée à ses débuts par Marcel Moutardier, “un passionné”, se souvient-elle ; elle trustera vite podiums et places d’honneur. Le tout, à une vitesse aveuglante pour échapper à la gravité. Et à la gravité de la vie.
Ses parents, eux aussi sont sportifs de haut niveau, accompagnant au mieux leur fille déjà graine de championne. Le vélo ? A 14 ans, pour une compète de sport scolaire – elle deviendra d’ailleurs bien plus tard, responsable régionale de l’UNSS de l’académie – elle loue un destrier à Pérols, chez une personnalité de ce sport porté, qui tenait les Cycles Branzi, sans savoir même… passer les vitesses ! La course, à Cuxac-Cabardès (Aude) ? Elle finit première. Direction les finales nationales à Chalain (Jura).
La réussite même dans l’échec
Là, si loin de son Midi, il y a une boucle de 20 km pour départager les concurrentes. Bien qu’elle ait dû tenir le vélo à la main un moment dans une grosse bosse, elle finit 2e du triathlon et intègre l’Equipe de France jeune, malgré tout. Elle s’était refait la cerise sur la course à pied et la natation, se faisant ainsi remarquer par les pontes de la Fédé qui en devinaient tout le potentiel, y compris sur la partie cycliste dont elle est néophyte. C’est ce que l’on appelle réussir même dans un échec…
J’aurais pu faire du ping pong ou du tir à l’arc : ce qui me motive, c’est la gagne ; donner le meilleur de moi-même”
Pour ses 15 ans, le marchand de vélos le lui… offre ; c’est son tout premier sponsoring. Elle reformule : “J’aurais pu faire du ping pong ou du tir à l’arc : ce qui me motive, c’est la gagne ; donner le meilleur de moi-même.”
Nathalie Daumas a aussi pu bénéficier du compagnonnage et des conseils de deux champions : Patrick Girard qui l’a familiarisé avec la mécanique du vélo et la stratégie de course. Une star. “C’était un champion qui faisait la couverture des magazines spécialisés. Un jour, il est venu me voir pour m’entrainer ; lui était en tenue de cycliste et moi en… jogging rose… Je n’étais pas du tout équipée !” Il y eut aussi Rodolphe Retrain, un pionnier du tri, qui a partagé sa vie. “Il a toujours veillé sur moi. Il était très protecteur. On avait 13 ans d’écart. Il a été triathlète de haut niveau et un grand cycliste ; il a failli être pro avant le triathlon. Il était devenu ensuite journaliste, cofondateur de TRIMag.”
“J’ai été sollicitée par de grands clubs, notamment en Ile-de-France, que j’ai tous refusés”

Je suis une fille d’ici, d’ici, d’ici ! proclame-t-elle comme un viatique. Ma scolarité, ma carrière, j’ai tout fait ici, ajoute celle qui a posé une évocation du phare de Sète sur la façade de sa maison. “Je me sens avant tout fille de coin du pays, une pure sudiste viscéralement attachée à son terroir, quelque part installée entre la fraîcheur de la garrigue et le bleu de la Méditerranée”, ose-t-elle, poétique. j’ai été sollicitée par de grands clubs, notamment en Ile-de-France, que j’ai tous refusés.”
On ne quitte pas Midi Le Juste, comme le prophétisait Paul Valéry, pour la grisaille éternelle. Nathalie Daumas ira moins haut, en faisant une exception pour Tricastin et Montpellier. Elle a trois fils, dont deux qui performent au plus haut niveau de handball, le sport national, à Frontignan. Le dernier, Elouann, 16 ans, est une pépite de la natation, qu’elle accompagne le plus possible dans sa passion. Un atavisme familial.
“Le sport féminin vit incontestablement une révolution culturelle et médiatique”
Que pense-t-elle du sport féminin ? Nathalie Daumas se lance dans une analyse pertinente. “Le sport féminin vit incontestablement une révolution culturelle et médiatique. Longtemps relégué au second plan, il bénéficie aujourd’hui d’une mise en lumière grandissante et amplement méritée, portée par de magnifiques championnes qui captivent le public et inspirent les nouvelles générations. Cette dynamique positive s’incarne à travers des figures d’exception qui portent haut les couleurs de la performance française : de Cassandre Beaugrand, éclatante sur les épreuves de triathlon, à Pauline Ferrand-Prévot au sommet du cyclisme mondial, en passant par l’excellence de nos judokates et les exploits audacieux de Violette Dorange dans l’univers exigeant de la voile. Grâce à elles, l’image du sport au féminin a radicalement changé : il n’est plus perçu comme une simple déclinaison mineure, mais comme un spectacle de haut vol, intense et inspirant.”
“La pratique elle-même a franchi un cap prodigieux”

Ce n’est pas tout. Toujours à propos du sport féminin : “Au-delà de la médiatisation, c’est la pratique elle-même qui a franchi un cap prodigieux. Les performances athlétiques se sont considérablement améliorées, au point que les femmes n’ont désormais plus rien à envier aux hommes dans de nombreuses disciplines. C’est particulièrement flagrant dans les sports d’endurance et l’ultra-distance, comme en témoignent les courses de trail où les athlètes féminines rivalisent d’endurance, de résistance mentale et de vitesse, bousculant les hiérarchies traditionnelles.”
Dans l’organisation d’un swimrun
Une analyse très aboutie lui fait écrire également : “Des nuances subsistent toutefois selon la nature des disciplines. Dans les sports collectifs, si les logiques tactiques et techniques atteignent des sommets, la dimension purement physique reste souvent marquée par des écarts morphologiques inhérents à la physiologie.Je pense que le sport féminin s’impose aujourd’hui par sa force, son esthétisme et sa singularité, s’offrant enfin la place et la reconnaissance qu’il mérite sur le devant de la scène internationale.”
Le sport peut avoir aussi toutes les dimensions, féminine, masculine et familiale. C’est l’idée qui préside, après des années de pratique comme prof d’EPS, à la création de son association, TEN sport, acronyme des prénoms de deux amies, Tifenn Reboul et Eugénie Martinez, et du sien pour organiser des swimruns (alternance de nage et de course à pied à deux, parfois encordés), notamment. Le premier aura lieu le 19 septembre 2027, à Frontignan.
“C’est une passionnée dans tout ce qu’elle fait”
Eugénie Martinez, justement : “Nathalie, je l’a connais depuis nos 11 ans, dit celle qui est aussi prof d’EPS à Alès (Gard). Nous avons fait Staps ensemble. On est amies depuis nos 18 ans. C’est une passionnée dans tout ce qu’elle fait. Elle marche au défi. Elle est à fond et, généreuse, a de l’entrain. Elle a le souci du partage. Avec la bande de copines, on se retrouve chaque année quelques jours ; c’est Nathalie qui organise tout de A à Z, comme elle l’a fait il y a deux ans pour la virée à vélo du canal du Midi.” A jamais sur son Olympe.
Olivier SCHLAMA