Patrimoine : A la rescousse du château de Montferrand !

Perché à 400 mètres de hauteur, en contrebas de la crête du Pic-Saint-Loup, à un vol de pigeon de Montpellier, se meurt un emblème du Moyen-âge devant un paysage grandiose. Une association de sauvegarde se donne pour mission de le conserver et de mettre en oeuvre un projet culturel et touristique. Photos : Thomas ROBARDET-CAFFIN

Démantelée depuis 1709, la forteresse érigée au Moyen-âge, au nord de Montpellier, pourrait être dans un proche avenir au centre d’un projet culturel et touristique. C’est l’ambition de l’Association pour la  sauvegarde et la valorisation du patrimoine du Grand Pic-Saint-Loup qui s’est dotée d’un comité scientifique de tout premier plan. Il faudra, toutefois, auparavant,  sauver le château de Monferrand, en cours de classement, de la ruine.

C’est un juste retour de l’histoire. La forteresse a protégé les habitants durant des siècles, elle a besoin aujourd’hui d’être à son tour protégée. Le Pic Saint-Loup, l’Hortus. Et le château de Monferrand, à Saint-Mathieu-de-Tréviers, perché à 400 mètres de hauteur, en contrebas de la crête du Pic. A un vol de pigeon de Montpellier, se meurt un emblème du Moyen-âge devant un paysage grandiose.

Propriété de la communauté de communes du Grand Pic-Saint-Loup depuis 2009, ce château – et une centaine d’hectares tout autour -, est en ruines, alerte Alain Poulet, l’ex-président de cette intercommunalité. Une association de sauvegarde, accompagnée d’un comité scientifique, a été créée. Le but : « Restaurer au moins partiellement cet édifice et une conservation en bon état permettrait à ce phare du nord de Montpellier d’être exploité de façon à pouvoir le faire visiter par les touristes. Il pourra aussi y avoir des fouilles ; des recherches avec les archives départementales… On démarre et on est content de démarrer. »

Forteresse en cours de classement

De la mer aux Cévennes, tout un territoire dépendait jadis des comtes de Malgueil premiers propriétaires de ce château. Ils furent les évèques de Maguelone et avaient récupéré la couronne comptale. La forteresse de Montferrand était l’un des deux pôles de gestion de ce comté avec Mauguio. Les premiers écrits datent du tout début du 12e siècle mais certainement du 11e siècle. Le château avait un réel rôle politique avec une garnison et une cour de justice, etc. Il est en cours de classement », attendu pour 2018, ce qui lui ouvrira droit à des aides spécifiques de l’État. « Il est au centre de nombreuses légendes. Notamment grâce à la présence d’un autre château du XIIIe siècle, celui de la Roquette, sur l’Hortus. »

La communauté de communes veut non seulement sauver ce château mais aussi, dans le cadre de son grand projet de territoire, de mettre sur pieds un projet culturel et touristique autour de Montferrand. Comité scientifique et association de sauvegarde se sont impliqués dans la réflexion. « Le projet débute avec une grande exposition le 15 septembre » (1), explique Thomas Robardet-Caffin, architecte et chercheur doctorant au Centre d’études médiévales de Montpellier (CEEM) et au Laboratoire Innovation, forme, architecture et milieux (LIFAM). « On est dans la phase d’études. Tout en sachant que déjà le Pic-Saint-Loup attire déjà beaucoup de visiteurs sans publicité. Il faut donc sécuriser le site doté de grands pans de murs qui menacent de tomber, des citernes ouvertes sans protection… Ensuite, pour le rendre visitable et accessible, il faudra l’aménager. Après, seulement, on pourra mettre en oeuvre choisir le projet touristique. »

Une châsse avec les reliques d’un saint du XIIe siècle

Ce projet pourra s’appuyer sur de belles richesses patrimoniales mais aussi des trésors un peu éparpillés, y compris à proximité (archives départementales, musée Lattara, à Lattes, etc.) Jean-Claude Richard, chercheur honoraire au CNRS à Aix (Bouches-du-Rhône), et membre du comité scientifique de l’association de sauvegarde, décrit un merveilleux morceau d’histoire, encore fragmentaire dans le numéro 43 de la revue scientifique Études héraultaises datant de 2013. « Ce château disposait le temps de sa splendeur de richesses aujourd’hui disparues. » Parmi elles, une châsse (un grand coffre renfermant la relique d’un saint, Ndlr) de provenance limousine qui fait partie des secrets locaux. « Elle fut récupérée par un curé du lieu puis qui disparut dans le monde des antiquaires, précise Jean-Claude Richard. Elle appartient aujourd’hui à une collection particulière à New York. On ne se lasserait pas de rêver qu’elle retrouve un jour sa région… » A l’occasion d’une hypothétique exposition par exemple. On connaît pas le saint qui a confié ses os à cette châsse de ce qui ajoute de l’intérêt à ce joli mystère. C’est en tout cas un reliquaire « très grande valeur du XIIe siècle créée à Limoges », précise aujourd’hui Jean-Claude Richard, que certains, localement, avaient comme projet fou d’acheter. Autre mythe, celui-ci très certainement largement fantasmé, celui d’un soi-disant tunnel qui aurait été bâti entre Monferrand et l’abbaye de Maguelone.

Henri De Lumley pressenti il y a des années pour un musée

Dans ce territoire, les trésors sont partout ! Puits, capitelles, croix, tours, tumuli…  « L’homme a très tôt habité nos garrigues, comme en témoignent les très nombreux vestiges paléolithiques et néolithiques retrouvés autour du Pic Saint-Loup. » N’a-t-il pas été sérieusement envisagé la création d’un musée avec comme caution scientifique Henri de Lumley, une légende de la période préhistorique qui découvrit, entre autres, l’Homme de Tautavel à la Caune de l’Arago ? La venue de ce grand savant à Saint-Mathieu-de-Tréviers aurait permis, selon Jean-Claude Richard, de créer un musée couplé à un centre de recherches. « Plusieurs collections, aujourd’hui invisibles car sans lieu de présentation, auraient pu être montrées, dit-il, Nous sommes souvent les lieux des occasions perdues : par exemple, le musée des Garrigues, projet piloté par Henri de Lumley, tombé aux oubliettes de l’histoire. Ce qui nous a privés de voir les résultats des fouilles de Jean Arnal, de de Lumley et G. Démians d’Archembaud à l’Hortus, des Chênes verts sur les tumuli, de J. Audibert sur les dolmens… et de Pampelune, etc. »

Le projet actuel aura, en tout cas, besoin d’argent. De beaucoup d’argent. L’association de sauvegarde et la communauté de communes feront appel au mécénat, à de grandes entreprises et devrait lancer une opération de financement participatif ; le classement patrimonial permettra d’obtenir des aides l’État mais aussi européennes.

Olivier SCHLAMA

Lancement du projet le 14 septembre

  • Le lancement officiel du projet Montferrand se fera à l’occasion d’une conférence le jeudi 14 septembre à 18 heures à l’hôtel de la communauté de communes ; puis de l’exposition, baptisée D’une forteresse à  une utopie architecturale en collaboration avec l’école nationale supérieure d’architecture de Montpellier (ENSAM).
  • Le vernissage aura lieu vendredi 15 septembre à 18h30 à la maison des consuls dans le village des Matelles. Cette exposition sera en deux parties. Une première partie sera consacrée à l’histoire et l’organisation du château de Montferrand. La deuxième partie présentera des travaux d’étudiants de l’ENSAM, qui ont réalisé dans le cadre de leur enseignement de projet, des interventions architecturales utopiques sur le château.

    D’autres châteaux sont aussi à sauver

    Les chefs d’oeuvre en péril à conserver ne manquent pas. Un site de crowndfunding est même dédié au financement participatif de ces demeures seigneuriales parfois millénaires. Comme le château d’Esclignac des célèbres frères Bogdanov dans le Gers. et bien d’autres… En voici quelques exemples.

    Castelroc, le château de La Roque

    Castelroc est un château médiéval fortifié, aujourd’hui en partie ruiné. Il se situe en Occitanie, au centre du département du Tarn et en bordure du Parc Régional du Haut Languedoc, dans une petite vallée sauvage nommée la vallée du Haut Dadou, en Arifadès. Une opération de crowndfunding a été lancée sur la plateforme Dartagnans.fr

    A l’abandon depuis des siècles, le Château de La Roque renaît de ses cendres aujourd’hui grâce à l’initiative des propriétaires, Béatrice et Laurent Barres et d’une poignée de bénévoles venus d’univers aussi différents que complémentaires avec à leur tête Pierre de Bretagne.

    Ils sont historiens, tailleurs de pierre, architectes, artisans, étudiants, archéologues, ingénieurs, agriculteurs, sculpteurs, graphistes, etc… Mais tous ont un point commun, ils sont accros du château !

    Ils vibrent à l’idée de réaliser une découverte extraordinaire, ils rêvent de contes et de légendes, ils aiment la nature et la vie de plein air, ils voyagent à travers les âges, l’histoire et la poésie, ils travaillent avec force, courage, et vigueur.

    Crowndfunding réussi pour le château de Montfa

    Le Château de Montfa dresse sur une colline dominant le pays Castrais ses ruines qui représentent tout ce qui reste du domaine familial des Toulouse-Lautrec, mais aussi des témoins féodaux du Moyen Âge dans ces alentours.

    Il est permis de se demander comment ce château encore habité à la fin du XIXème siècle et intact au cours du suivant a pu nous parvenir aujourd’hui à l’état de ruines pathétiques.

    Il faut dire qu’il fut pratiquement abandonné après la mort du comte Alphonse de Toulouse-Lautrec, père du peintre, et que les enfants de la région venaient y jouer, s’introduisant assez facilement par les volets disjoints. Il était encore meublé, garni d’objets d’arts divers qui ont excités les convoitises. Peu à peu il a été vidé de ce qu’il contenait et enfin dépecé, en particulier vers 1945, où l’on s’est emparé de poutres, de pierres, puis d’encadrements et de cheminées.