Pastoralisme : Aménagement des Pyrénées et présence de l’ours en débat à Foix

250 acteurs du pastoralisme pyrénéen se sont retrouvés à Foix. Loin d'être des moutons, ils ont exprimé leurs ambitions et leurs inquiétudes. photo D.-R.

Le pastoralisme occupe une place particulière au sein du massif des Pyrénées. Activité agricole, il représente également un patrimoine culturel avec des estives (*) qui comportent des composantes économiques, sociales, foncières, environnementales, paysagères et touristiques.

Dans les Pyrénées, le pastoralisme couvre six départements : les Pyrénées-Atlantiques (Aquitaine), ainsi que les Hautes-Pyrénées, la Haute-Garonne, l’Ariège l’Aude et les Pyrénées-Orientales en Occitanie… Sur l’ensemble du massif des Pyrénées, le pastoralisme concerne 6 000 exploitations pastorales, 1290 estives, 100 000 bovins, 570 000 ovins et 14 000 équidés. Les estives couvrent une surface de 550 000 hectares dont 70% sont situées en zone Natura 2000 et plus de 90% sont des estives collectives organisées.

On cerne mieux ainsi l’importance des Etats généraux du pastoralisme, qui viennent de se tenir à Foix (Ariège). Pour l’occasion, plus de 250 acteurs du pastoralisme pyrénéen ont participé aux Etats généraux organisés samedi 9 décembre par le Conseil Départemental de l’Ariège et la Chambre
d’Agriculture. Les échanges se sont déroulés en séances plénières et en ateliers thématiques, en présence notamment des services de l’Etat, dont la Préfète de l’Ariège Marie Lajus et Laurent Carrié, Secrétaire général à l’aménagement rural (SGAR).

Les travaux ont permis d’échanger sur de nombreux points, au-delà de la problématique des prédations causées par les ours. Comme l’avait annoncé Henri Nayrou, Président du Conseil Départemental de l’Ariège, dans son
discours introductif, l’objectif de ces Etats généraux était bien de susciter l’échange sur le thème premier du pastoralisme, de ses réalités quotidienne pour les éleveurs, leurs troupeaux, mais également pour les professionnels du tourisme et les habitants des secteurs concernés.

La cohabitation avec l’ours, un sujet qui divise

Une quarantaine d’ours vivent actuellement dans les Pyrénées… pas assez pour assurer l’avenir estiment leurs défenseurs… Photo D.-R.

La problématique de la cohabitation avec la quarantaine d’ours recensée dans les Pyrénées Centrales a fait l’objet des discussions de l’après-midi, au cours de laquelle un état des prédations a été dressé et des témoignages livrés à la connaissance de l’auditoire. On sait que les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement vont envoyer une mission d’expertises dans les Pyrénées sur le thème de « l’ours et le pastoralisme » et, justement, plus particulièrement en Ariège dans un contexte de forte augmentation des dégâts et de fortes tensions. Notamment après des attaques au-cours de l’été, dont une qui a causé la mort de 209 brebis (plus sur l’ours dans les Pyrénées, lire ICI …) et une altercation entre des agents publics de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) en août.

C’est une situation compliquée pour les éleveurs, qui ont multiplié les méthodes de protection de leurs troupeaux : bergers à plein temps dans les estives, chiens de garde… sans obtenir de résultats vraiment probants. La coexistence avec les promoteurs de la poursuite de l’introduction d’ours dans les Pyrénées (la dernière remonte à 2006) reste difficile…

Une « nouvelle vision de l’aménagement des Pyrénées »

Eric Andrieu, député européen, a participé aux débats de Foix. photo D.-R.

La journée s’est achevée par l’état du droit en matière de protection des espaces et des espèces, avec une présentation des directives européennes, ce qu’elles permettent, ce qu’elles interdisent. Sur cette base juridique, Eric Andrieu, député européen, a placé le dossier dans la perspective de l’Europe, évoquant également la création d’un groupe de travail sur les prédations.

En effet, la restauration et le maintien d’une population d’Ours brun dans les Pyrénées (introduction d’ours venus de Slovénie) s’inscrivent dans une politique européenne de conservation de la biodiversité, ainsi que dans les engagements de l’État français à atteindre pour cette population, un état de conservation favorable… Mais l’UE soutient également le pastoralisme, par exemple, 61 sites pastoraux ont été soutenus par le Feder (Fonds européen de développement régional) pour un montant total de près de 4,2 millions euros depuis 2007, dans le cadre du programme régional dédié au massif des Pyrénées.

En conclusion, le Président du conseil Départemental de l’Ariège a souhaité que « ces Etats généraux soient l’acte fondateur d’une nouvelle vision de l’aménagement des Pyrénées intégrant la dimension sociale, économique et environnementale de son développement. » Henri Nayrou a en outre émis le voeu que cet accord résonne dans les grandes Pyrénées comme un
nouveau « traité » en faveur du développement de ce territoire montagnard.

Philippe MOURET

(*) L’estive est la période de l’année où les troupeaux paissent sur les pâturages de montagne. Par métonymie, c’est aussi le pâturage de montagne et la garde du troupeau en montagne. L’estivage consiste à mener le troupeau à l’estive. Lire aussi ICI