Chronique : Béziers, doyenne des villes de l’Hexagone

Béziers est fondée quelques années avant Marseille, elle s’inscrit dans un réseau commercial hellène particulièrement bien pensé, rayonnant entre Massalia (Marseille) puis Nikaia (Nice) et Emporion (Ampurias en Espagne), Béziers est un comptoir commercial prospère. Il semble même que l’on battait monnaie à Béziers comme en témoigne les pièces retrouvées par les archéologues portant la mention : Betaratis, génitif grec de Betara ancien nom de Béziers. Photo : La Marseillaise.

Marseille était la première ville française… jusqu’à ce que l’on découvre récemment que Béziers (Hérault) l’avait visiblement supplantée dans la riche histoire de France. Samuel Touron, du site Aqu’Istoria livre, dans sa chronique son analyse historique d’une période peu connue, de récentes études archéologiques démontrant que la doyenne des villes françaises était bel et bien Béziers.

On connaît la riche histoire de France, mais quelle ville fut la première à être fondée sur le territoire de l’Hexagone ? On a longtemps répondu : Marseille. Mais il se trouve que de récentes études archéologiques ont démontré que la doyenne des villes françaises était en réalité… Béziers, dans l’Hérault.

La région de Béziers, plus précisément le site de l’Orb était déjà occupé à l’Âge de Bronze, les Celtibères par la suite ont prospéré dans la région rattachant le site à l’ensemble Ibérique. Néanmoins, hormis quelques habitations aucune trace d’une ville organisée. On peut cependant en conclure que le site de Béziers était déjà connu des grecs et d’autres peuples de la Méditerranée pour le commerce.

« Occupant dès 600 avant J.-C. près de 10 hectares en centre-ville, Béziers fait en effet plus de 40 hectares dès – 500 (…) Un tiers plus grande que la cité phocéenne de l’époque ! » 

Daniela Ugolini, chercheure au CNRS à l’Université d’Aix-Marseille qui dirigeait les fouilles archéologiques en 1985,

Aux alentours du VIIe siècle avant JC, des colons venus d’Athènes, de Sparte ou d’Ephèse fondent une acropole sur le site de l’Orb, Béziers la grecque est née. En peu de temps il semblerait que Béziers soit devenue une véritable agglomération à l’importance première dans le réseau commercial hellène. Les fouilles archéologiques menées en 1985 sur la Place de la Madeleine et plus récemment en 2002 aux abords du Théâtre et de la Rue de la République mènent à des conclusions effarantes. Sous la ville actuelle, un véritable trésor archéologique, d’immenses rues bordées de villas grecques et des céramiques ioniennes. L’origine grecque de Béziers ne fait alors plus aucun doute et sa fondation est datée avant celle de sa voisine phocéenne.

Daniela Ugolini, chercheure au CNRS à l’Université d’Aix-Marseille dirigeait les fouilles archéologiques en 1985, elle s’avère sidérée quant à la taille de la cité : « Occupant dès 600 avant J.-C. près de 10 hectares en centre-ville, Béziers fait en effet plus de 40 hectares dès – 500 (…) Un tiers plus grande que la cité phocéenne de l’époque ! ». Son homologue Christian Olive ajoute : « Et encore nous n’avons pas tout fouillé ! ».

Ce développement n’est pourtant pas anodin, Béziers est fondée quelques années avant Marseille, elle s’inscrit dans un réseau commercial hellène particulièrement bien pensé, rayonnant entre Massalia (Marseille) puis Nikaia (Nice) et Emporion (Ampurias en Espagne), Béziers est un comptoir commercial prospère. Il semble même que l’on battait monnaie à Béziers comme en témoigne les pièces retrouvées par les archéologues portant la mention : Betaratis, génitif grec de Betara ancien nom de Béziers. Notons également en 2015, la découverte d’un théâtre antique à l’emplacement de l’îlot des Chaudronniers, témoignage de l’importance antique de la cité car la présence d’un théâtre antique en Languedoc est une découverte tant exceptionnelle que rarissime.

Pas de traces du port grec sur l’Orb ni d’une nécropole…

Cependant, des inconnues demeurent, nous n’avons toujours pas retrouvé de traces du port grec sur l’Orb ni d’une nécropole, site sine qua non des cités grecques. Ultime mystère, la ville s’est subitement vidée entre – 300 ans et – 200 ans dans un contexte général de dépeuplement du Languedoc. Aucune réponse n’a aujourd’hui été apportée à ce drame démographique. Il paraît néanmoins plausible qu’une famine ou une épidémie ait ravagé la région maudissant Béziers d’où la désertion du site.

La ville renaîtra néanmoins, occupée à nouveau par des peuplades gauloises puis rapidement colonisée par les romains venus de la nouvelle cité de Narbonne. Béziers existait alors déjà depuis plus de 600 ans et était déjà entrée dans l’histoire, ultime signe de supériorité face à sa meilleure rivale.

Samuel TOURON