Oenotourisme : Dans l’Aude, une université du meilleur tonneau

journée de débats à Ferrals-Les-Corbières, organisée par l'Université de la vigne au vin (UVV). Photo Pauline CODINA

Ferrals-les-Corbières, dans l’Aude, accueillait une journée de réflexion et de débats sur le thème « la valeur du vin est-elle matérielle ? » Avec une pensée centrale : Face aux bouleversements de la société, face à la mondialisation, à l’influence des réseaux sociaux… qui concernent directement les évolutions du vin et du tourisme, c’est l’humain qui reste au centre de tout.

Une journée lancée par Marc Jonas, guide et consultant spécialisé dans l’oenotourisme qui souligne sa conviction, basée sur plus de quinze ans d’expérience, que « la vigne et le vin sont un patrimoine culturel, que les paysages sont le fruit d’une construction collective et que le tourisme devrait se pencher sur ce gisement trop souvent délaissé… »

Depuis le début des années 2000, il a initié les « Chemins vignerons », qui lui ont permis de travailler avec plus de cinquante clients-partenaires en BtoB, et de conduire dans les vignes méditerranéennes plus de 5000 personnes, en groupe ou en individuel, issus de tous les horizons et avec des profils très différents : scolaires, seniors, petits groupes VIP, clientèle anglophone ou issue des pays émergents etc.

Sur les chemins de la Buissonière du vin, tous les chemins peuvent se croiser… Photo Pauline CODINA

Une expérience qui ne pouvait que croiser un jour ou l’autre celui de Nadine Franjus-Adenis, journaliste (elle a notamment été resposable des programmes à la Télévision de Toulouse) devenue oenologue-Buissonière du Vin, à l’origine de l’Université de la vigne au vin (UVV) qui réunit chaque année, à l’Espace culturel des Corbières de Ferrals, des spécialistes venus de tous les horizons. Car ce rendez-vous a largement débordé des frontières de l’Aude et même de l’Occitanie, pour gagner un retentissement international par la grâce du web…

UVV 2017, un millésime de qualité

Le millésime 2017 est resté fidèle à la réputation de l’événement, la seule manifestation dans le Languedoc-Roussillon consacrée exclusivement à la réflexion sur la culture vigneronne et l’évolution de son marché. Les informations sont mises à disposition des vignerons via le site internet.

« La valeur du vin qui évolue désormais avec l’état de la planète : guerre ou paix, laïcité ou religiosité, agro-industrie ou circuit court, don de la nature et du ciel ou spéculation foncière et financière… », souligne Nadine Fanjus-Adenis, qui développe : « Pour les grecs anciens, le vin valait par son ivresse, pendant la révolution industrielle, le vin valait par son caractère alimentaire, pendant la première guerre mondiale, il valait par sa capacité euphorisante, puis il glissera vers le plaisir, avec un crochet pour « l’alicament ». Mais aujourd’hui, qu’en est-il ? Besoin de clarté, d’éthique, souci écologique, le vin doit répondre aux exigences sociales et morales des consommateurs. Le prix n’est pas forcément l’indication des qualités attendues. La culture Vin devient la valeur dominante. Comment produire une valeur ajoutée à cette nouvelle donne ? »

Une démarche historique

Autant de questions évoquées par des intervenants aussi variés que le chercheur du CNRS (et vigneron en AOC Languedoc-Monteyroux) Gil Morot, le directeur du développement de l’Institut Hautes études vignes-vin Hervé Hannin ou le vigneron (Banyuls et Maury) Marc Parcé… Et comme le souligne Gilbert Larguier (Historien, professeur émérite des universités) « la notion de qualité recherchée et défendue » n’est pas nouvelle dans la région et « cette notion de défense de la qualité était aussi celle de la valeur économique du vin que l’on ne voulait pas voir galvaudée »… Rien de nouveau, alors, sous le soleil ? Si, la volonté soutenue par cette Université de la vigne au vin de susciter une réflexion et des réponses élaborées en commun en prenant en compte tous les défis de l’époque. Prometteur !

Philippe MOURET

Le public était bien présent, à Ferrals-les-Corbières… Photo Pauline CODINA