Occitanie : Ces enfants qui ne seront pas les oubliés des vacances

"Les travailleurs sociaux repèrent les familles fragilisées et proposent que leurs enfants participent à cette opération." La famille débourse à peine 65 euros, soit le coût d'une seule journée, en moyenne. "Ces vacances c'est aussi l'occasion d'apprendre de la vie en communauté. Photo : Olivier SCHLAMA

Depuis 1996, l’opération de tourisme social 1er Départs en Vacances, propre à l’Occitanie, a permis à plus de 44 000 jeunes de la région – dont 2 400 cet été – de bénéficier d’un dispositif unique en France qui associe le conseil régional, les 13 CAF, les MSA, la SNCF et les adhérents de l’Unat, spécialisés dans ces séjours. Dans un contexte de désaffection des traditionnelles « colos »…

Centre de vacances de Malibert des PEP 34, à proximité de Saint-Chinian, dans l’Hérault, ce mardi. On peut y jouer à Davy Crocket, faire de bonnes balades, pêcher au milieu d’une nature encore préservée… Mais aussi participer à des activités davantage dans l’air du temps comme le VTT. Ce lieu de tourisme social niché dans la verdure à Babeau-Bouldoux accueille des enfants et adolescents de toute la région Occitanie, âgés de 6 à 14 ans, dont certains sont issus de familles aux revenus modestes, y compris en situation de handicap, de partir en vacances. Ils font partie des quelque 2 400 enfants dont le séjour – il va de 6 jours à 21 jours et dure en moyenne 12 jours – a été très largement subventionné. Sans quoi ils ne pourraient pas prendre des vacances.

Une opération de tourisme social unique en France qui associe les 13 Caisses départementales d’allocation familiales et les MSA (Mutualité sociale agricole) d’Occitanie, la SNCF et la Région Occitanie »

Georges Glandières, président Unat Occitanie.
Au centre de vacances des Malibert. Photo : DR.

« C’est une opération de tourisme social unique en France qui associe les 13 Caisses départementales d’allocation familiales et les MSA (Mutualité sociale agricole) d’Occitanie, la SNCF et la Région Occitanie », indique Georges Glandières, président de l’Unat Occitanie. Elle consiste à prendre quasiment en charge le coût des vacances de jeunes de familles très modestes. Nous l’avons lancé en 1996 en Midi-Pyrénées et étendu à l’ex-Languedoc-Roussillon depuis la fusion des deux régions, sous l’impulsion de Carole Delga. » Dans ce cadre-là, « on aimerait que notre dispositif s’ancre davantage dans les cinq départements de l’ex-Languedoc-Roussillon… »

L’Unat joue un rôle de maître d’ouvrage. « Les travailleurs sociaux repèrent les familles fragilisées et proposent que leurs enfants participent à cette opération et que ces enfants-là se mêlent aux autres. » Pour le principe, la famille débourse à peine 65 euros, soit le coût d’une seule journée, en moyenne. « Ces vacances c’est aussi l’occasion d’apprendre de la vie en communauté, ce sont des moments de partage intense. » Le vivre-ensemble, l’apprentissage des règles de vie en société… Et l’égalité des chances et des droits ne sont pas les dernières des valeurs de ce tourisme social.

Ce dispositif est emblématique de ce que l’on peut faire ensemble. Ce n’est pas de l’action sociale. Ce n’est pas de l’assistance. Cela participe de l’élaboration d’un projet impliquant les familles. »

Jean-Charles Piteau, directeur de la CAF de Haute-Garonne

Au total, le budget annuel de l’opération est de deux millions d’euros, dont 650 000 euros à la charge du conseil régional et 600 000 euros des CAF et des MSA. « Grâce à eux, et aux efforts de tous les opérateurs (l’Unat Occitanie regroupe 35 adhérents spécialisés dans le tourisme social, Ndlr), la journée de vacances revient à seulement 39,60 euros. Et ce n’est pas pour faire forcément du papier crépon : on leur propose des activités fun comme la mini-moto par exemple. » C’est aussi une façon de défendre un modèle qui a fait ses preuves et de défendre une « opération à la fois sociale, économique et citoyenne », formule Georges Glandières.

Même de la mini-moto. Photo : Région Occitanie.

Depuis le lancement du dispositif, plus de 44 000 enfants de toute la région ont pu bénéficier de ce dispositif « 1er Départ en Vacances ». « Dans le cadre de sa politique en faveur du développement du tourisme social et solidaire (TSS), la Région « accompagne également l’UNAT depuis de nombreuses années pour la réalisation d’actions dédiées notamment à l’accompagnement à la professionnalisation des acteurs du tourisme social et solidaire », indique-t-on à la Région. Par ailleurs, la collectivité finance modernisation et développement des établissements relevant de ce secteur à travers ses nouveaux dispositifs d’aides au développement économique : les Pass et contrats. Ainsi, depuis 2018, « 25 projets ont ainsi été accompagnés pour une aide régionale globale de 3,8 M € et un investissement cumulé de 21,7 M€ ».

De son côté, Jean-Charles Piteau, directeur de la CAF de Haute-Garonne qui envoie un millier d’enfants (40 %) défavorisés en vacances grâce à cette opération, dit : « Ce dispositif est emblématique de ce que l’on peut faire ensemble. Ce n’est pas de l’action sociale. Ce n’est pas de l’assistance. Cela participe de l’élaboration d’un projet impliquant les familles. »

Ces séjours permettent ensuite aux travailleurs sociaux et aux associations avec qui nous travaillons de compléter le travail qu’ils mènent tout au long de l’année. »

Le directeur de la CAF 31 précise : « Ce sont, en plus, des séjours de qualité. Leurs thématiques correspondent aux attentes des jeunes et aux pré-ados pris en charge. En outre, ces séjours permettent ensuite aux travailleurs sociaux et aux associations avec qui nous travaillons (Restos du coeur, ATD quart-Monde, Secours populaire, Secours catholique…) de compléter le travail qu’ils mènent tout au long de l’année. Cela donne également la possibilité au conseil régional de moderniser ces centres qui deviennent de vrais outils communs. Enfin, sans ce dispositif, je n’aurais pu envoyer que 400 gamins pas 1 000. » De quoi renouer avec nos chères colonies de vacances ?

Car, pour la saison 2017-2018, à peine plus de 1,4 million de jeunes ont séjourné en accueils collectifs de mineurs. Depuis plusieurs années, l’État accompagne l’évolution des « colos » afin de les « inscrire toujours plus durablement dans le paysage éducatif. La campagne nationale de promotion des colonies de vacances À nous les colos, déclinée pour la cinquième année consécutive, s’inscrit dans cet objectif », dit-on au secrétariat d’Etat à la Jeunesse.Ce nouveau souffle est d’autant plus nécessaire quand, chaque année, trois millions d’enfants ne partent pas en vacances, alors qu’en parallèle le nombre des départs en hébergement collectif ne cesse de baisser depuis les années 1960 (4 millions d’enfants au début des années 1960, contre seulement 1,4 million en 2018-19). De 55 866 séjours en 2010/2011, on est en effet descendu à 47 951 séjours en 2017/2018. Mais à y regarder de près, ce sséjours ont accueilli davantage de 6 ans-11 ans (863 516 en 2010/2011) contre 778 468 en 2010/2011). Tandis-que les 12 ans-17 ans goûtaient moins les « colos », passant de 676 996 ados inscrits à 345 337 sur la même période.

Ce n’est plus une pratique de masse.  Et ce n’est plus le modèle dominant. La famille évolue. Les colos aussi. Principaux freins : les familles monoparentales et le manque de budget suffisant…

D’où l’idée du Pass colo prôné en 2018 par le Haut conseil à la famille, l’enfance et à l’âge, placé sous l’égide du Premier ministre. En résumé, un chèque de 200 euros qui, pour l’instant, est resté dans un tiroir. Il faudra sans doute travailler pour améliorer l’information des familles défavorisées. Car les aides existent mais elles n’en savent souvent rien. L’enjeu est important. Quand un enfant vient en colo, il est en satisfait et « y revient avec ses parents ou quand il devient adulte », assure Georges Glandières. C’est bon pour l’économie. C’est bon socialement. Et comme expérience collective.

Olivier SCHLAMA

Tourisme social, la région pionnière

Depuis 2016, la Région a accompagné 41 projets du tourisme social et solidaire, représentant un montant d’aide total de 7 M€, dont 1,6 M€ d’avance remboursable, pour un investissement cumulé de 48,6 M€. Ce soutien régional « permet notamment d’accompagner la modernisation des infrastructures et leur montée en gamme, la diversification et l’innovation des offres de prestations, ainsi que l’augmentation de la fréquentation et de la saisonnalité ». Les conseillers régionaux ont adopté début 2018 des dispositifs de soutien aux établissements du secteur : les Pass et Contrat.Depuis 2018, 25 projets ont ainsi été accompagnés pour une aide régionale globale de 3,8 M € et un investissement cumulé de 21,7 M€.

le centre de vacances de Malibert-Saint-Chinian (Hérault) qui sera rénové grâce à l’aide de la Région Occitanie. Photo : DR.

Parmi les projets de modernisation de centres de vacances soutenus par la Région, on trouve le Campotel de Saint-Bauzille-de-Putois (Hérault). Ce gîte de groupes appartenant à la mairie est géré depuis 2014 par l’association Vacances Evasion. Cette association est spécialisée dans l’organisation de séjours pour enfants et adolescents associant des activités récréatives et de pleine nature. Une étude d’Atout France montre le potentiel touristique de l’établissement ; la mairie souhaite réaliser un vaste programme de rénovation afin de recevoir des groupes de jeunes mineurs (centre de vacances) mais également de développer l’accueil de groupes d’adultes toute l’année. La Région a accordé 504 878 € sur les 100 976 € du projet portant sur la création d’une cuisine collective, mise aux normes…

On trouve aussi le centre de vacances de Malibert-Saint-Chinian (Hérault), propriété de l’association départementale PEP 34 (ADPEP 34), acteur majeur de l’éducation populaire et de l’économie sociale et solidaire.
Ce centre compte 125 lits, un restaurant, une piscine et des terrains multisports. Ouvert 8 mois par an, l’établissement emploie quatre permanents et 45 saisonniers et accueille essentiellement des classes de découverte et colonies de vacances.
Aujourd’hui, le centre nécessite des travaux de modernisation et d’amélioration des conditions d’accueil et des services proposés. Les investissements portent sur l’aménagement d’une salle de réunion, la création de 5 nouvelles chambres, la rénovation des bâtiments dédiés à l’hébergement et la restauration et la mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite afin de développer l’accueil de séjours adaptés.

En juillet dernier, les élus régionaux ont débloqué une aide de 100 000 € en soutien à ce projet, pour un montant d’investissement de plus de 550 000€.

Journée à la mer pour 1 500 enfants

La Région Occitanie est solidaire avec les enfants qui ne peuvent pas partir en vacances qui soutient la journée des Oubliés des Vacances. Cette journée de solidarité, organisée par le Secours populaire, se déroule le 21 août sur la plage des Ayguades à Gruissan. Didier Codorniou, 1er vice-président en charge de l’Économie maritime, du littoral et des aéroports, et maire de Gruissan ainsi que Marie Piqué, vice-présidente en charge des Solidarités, des services publics, de la vie associative et du logement, seront présents aux côtés du délégué régional du Secours populaire Bernard Frauciel, lors de cet événement.

Par ailleurs, la Région lancé en juillet dernier son dispositif Sac Ados. Des sacs de voyage sont distribués aux jeunes résidant dans un quartier politique de la ville (QPV) ou en zone de revitalisation rurale (ZRR) afin de les accompagner dans leur premier départ en vacances et ainsi favoriser leur parcours vers l’autonomie, leur mobilité et l’acquisition de nouvelles compétences. Ils comprennent notamment une trousse de secours, 130 € en Chèques-Vacances, une assistance rapatriement, une assurance responsabilité civile et un kit de prévention santé.

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