Deux sociologues et un géographe publient une radioscopie de la capitale catalane, brandie comme un trophée électoral par le RN en 2020, qui risque de rester aux mains de l’extrême-droite. C’est un “révélateur” des dysfonctionnements de la société française, déclassement et droitisation en tête. On y apprend “l’importance sociale des stups” ; que c’est une “ville-repoussoir” pour ses écoles, etc. Dénonçant “une polarisation des débats”, Nicolas Lebourg prône une société plus apaisée. “Aujourd’hui, il n’y a plus de vraie engueulade projet contre projet.”
À Perpignan, 122 000 habitants, la pauvreté se lit d’abord sur les murs. Cette fracture comme les autres s’impriment aussi dans un livre, puissant, Perpignan, Déclassement et Droitisation, coécrit par Dominique Sistach, sociologue, David Giband, géographe, et Nicolas Lebourg, chercheur au Cépel à l’université de Montpellier, spécialiste de l’extrême-droite. Savant, le bouquin, édité chez l’éditeur Trabucaire, dans les bonnes librairies dès le 25 février, est la radioscopie d’une situation qui met en exergue le déclassement comme “vecteur de l’hégémonie du populisme » ; une ville où “les fractures sociales sont les plus fortes en France”. La seule ville de plus de 100 000 habitants aux mains de l’extrême-droite qui rêve de Marseille, de l’autre côté de l’arc méditerranéen.
“On a continué à faire comme si cela pouvait continuer ainsi, continuer avec les réseaux clientélistes…”

Nicolas Lebourg appuie son propos, en cette période d’élections municipales : “À Perpignan, les campagnes électorales ne font pas montre d’une grande rationalité. Poser ainsi un grand diagnostic pour savoir où l’on en est et comment cela s’est fait, avec des éléments rationnels sur la table, c’est quelque chose qui pourrait être utile.” Entendez : pour comprendre comment sortir de ce cercle vicieux.
Pourquoi avoir conçu un tel livre ? “Nous avons réalisé un diagnostic, confie Nicolas Lebourg. Ce que l’on voit très bien sur le travail sur les écoles de David Giband, par exemple (lire ci-dessous), et sur les autres thèmes développés, c’est que les Perpignanais ont une conscience faible du caractère complètement dysfonctionnel de leur territoire. Et depuis des décennies. Ils sont conscients que ça ne va pas ; ils vont protester. Leur dire de manière rationnelle que l’ensemble de leurs écoles ont des indices de position sociale (IPS) ; de records de pauvreté ; mais aussi sur le fonctionnement de la sécurité ; sur l’économie, est important.”
La faute à qui ? “La question n’est pas de dire qui est fautif, Louis Aliot, Jean-Marc Pujol ou Alduy (dont l’un des partisans avait été l’auteur de la fameuse fraude électorale dite à la chaussette en 2008 !, Ndlr). C’est le territoire qui produit ce caractère dysfonctionnel. Cette structure de la rente (ci-dessous) qui a organisé le département a vu sa base économique s’effondrer dans les années 1970 et 1980, où l’on a continué à faire comme si cela pouvait continuer ainsi, y compris avec les réseaux clientélistes… (1) Cela nous a amenés à la situation socio-économique et politique dans laquelle on est. On fait semblant de croire que ce système est à peu près fonctionnel. Nous avons fait ce diagnostic pour mettre cela en évidence.”
C’est un excellent révélateur des problèmes de la société française. C’est un point d’ébullition”
En quoi Perpignan, “pauvre” mais « attractive“, est-elle un “révélateur” ? “C’est un excellent révélateur des problèmes de la société française, pose Nicolas Lebourg. C’est un point d’ébullition. Dans le livre, on parle de ségrégation, de quartiers avec un important niveau de ségrégation ethnique qui correspond au recensement d’Alger à l’époque coloniale, en 1954 : c’est une caricature des problèmes de coexistence, de vivre-ensemble qu’a la France. Sur le clientélisme, la corruption, on voit très bien que toutes les trois pages, il y a un homme politique qui va en prison, etc. Perpignan résume tous les problèmes que connaît la société française. Jusqu’aux marchands de sommeil. Cela dépasse notre cas d’étude sur le résultat électoral que cela finit par donner ; c’est une espèce de demande remise à niveau des normes minimales qui va s’exprimer par le vote RN. Ce qui arrive à Perpignan permet de comprendre ce qui se passe en France.” Il ajoute : “La crise culturelle, à Perpignan, est très profonde. C’est à un niveau incandescent de la crise culturelle globale.”

Pourquoi rien n’a été fait localement…? “Alduy avait une vision du territoire, une façon de le développer un projet politique avec la conurbation Narbonne, Gerone, etc., conceptualise Nicolas Lebourg. Son prédécesseur – son père – et son successeur se sont contentés d’une gestion au jour le jour. Du coup, l’ensemble des problèmes se sont aggravés en même temps que l’assise électorale se réduisait comme peau de chagrin.” Alors qu’Aliot a, lui, un maigre bilan. “C’est sûr que ça n’a pas été l’Avenir en Grand qui était son slogan en 2020… En revanche, plein de gens disent que le centre-ville a meilleure bouille, il est plus propre… Ce qui est vrai. Mais “la Rayonnante”, une expression que l’on retrouve dans la bouche de Clotilde Ripouille, élue perpignanaise, cela n’a pas été totalement réussi.”
“Aliot a joué un rôle moteur dans la dédiabolisation”

Il y a une phrase intéressante presqu’étrange dans le livre, révélatrice en tout cas. “Perpignan s’est accommodée au RN et le RN à Perpignan” : la formule claque. “Contrairement à ce qui est véhiculé, les Pieds-Noirs sont des électeurs centristes à la base. Tout le monde a dans la tête : Pieds-Noirs = extrême-droite ; eh bien non. On part d’un territoire de centre-gauche, en 1962, pour lequel la première fois où on lui prédit de passer FN, c’est d’ailleurs l’objet d’un grand reportage du Monde en 1993, et où en 2014 et 2020, on fait presque semblant de s’étonner de la victoire de Aliot. Il y a bien un accommodement qui s’est produit à l’extrême-droite. Sur Tixier-Vignancourt, dès 1965, les scores sont ici le triple de la moyenne nationale. Et puis on a eu un FN dont les campagnes sont très mauvaises. Enfin, Aliot comprend comment fonctionne le territoire.”
Avec l’idée d’appliquer la dédiabolisation du FN à Perpignan. Aliot “joue un rôle moteur sur cette question à partir de 2002. Dans la bataille pour le congrès du RN, ce qu’il avait conceptualisé et mis en place au niveau national, il applique à Perpignan quelques années après. Il voit bien, alors, que les antagonistes constants à l’échelle d’une municipalité ça ne marche pas comme l’a d’ailleurs pratiqué Steeve Briois à Henin-Beaumont qui a mis des tonnes d’eau dans son vin : il avait une ville à gérer… Résultat, cette situation sert d’exemple au niveau national et contribue à cette position de normalisation du RN. Cet aller-retour est très fort. » Du coup, “Aliot l’a moins conquise que reçue”.
Tout ce qui est censé exister dans une proportion faible, être dans les marges de la société, ici, les marges sont au centre”
Il y a aussi un chapitre sur “l’importance sociale des stups”. Et de toutes les déviances qui sont, ici, “la norme”. “Il y a un grand nombre de déviances, y compris des sectes avec une présence très importante pour un territoire comme celui-ci. Sans vouloir tout mettre dans le même sac, il y a un rapport à la franc maçonnerie très particulier, aussi. Tout ce qui est censé exister dans une proportion faible, être dans les marges de la société, ici, les marges sont au centre. Idem pour les religions. Exemple : les mosquées salafistes sont en centre-ville ; la grande mosquée libérale est près de l’autoroute… C’est singulier et on retrouve cela tout le temps.”
“Ces néo-perpignanais comprennent que ce n’est pas la Normandie avec le soleil”

Les stupéfiants, “sont une part essentielle de l’économie locale”, poursuit Nicolas Lebourg. Comme le travail au noir qui dépasse les 15 %. “Toute cette économie souterraine est complètement partagée ; depuis 10 ans, les collèges de Perpignan sont noyés de came”.
Autre situation singulière, un certain nombre de personnes venues du Nord de la France viennent vivre à Perpignan. Le fameux héliotropisme. Et elles découvrent “comment on vit ici. Ces néo-Perpignanais comprennent que ce n’est pas la Normandie avec le soleil. Cela participe à rendre la ville instable politiquement. Il y a une espèce de choc moral”. Nicolas Lebourg et Dominique Sistach analysent Perpignan, “septième ville de France pour la consommation médicamenteuse de psychotropes”. Et aussi l’un des tout premiers départements pour la consommation de produits de substitution aux opiacés. “L’urgence sanitaire correspond à une situation criminelle sans précédent dans la ville”, écrivent-ils : du Sud, du cannabis, du Maroc puis d’Espagne ; la cocaïne d’Amérique du Sud ou Centrale ; l’héroïne via l’Afrique, en transit en Turquie ou du centre et de l’est de l’Europe, via Marseille…
Alors que fait-on de cette somme de connaissances et de cette mécanique qui jette les électeurs dans les bras du RN ? Avec une gauche divisée pour les municipales à Perpignan et un Louis Aliot qui gardera sans doute son socle, haut, autour de 40 % d’électeurs favorables… “L’enjeu de ce diagnostic est plutôt national : c’est en laissant filer ce genre de situation que l’on se retrouvera bientôt à laisser les clefs du pays à l’extrême droite. L’enjeu local est, lui, plutôt socio-économique.” Que faire ?
On est dans une incroyable polarisation des débats ; on pourrait se dire ok c’est le caractère “gaulois” des Français. Pas du tout. Il suffit de hurler j’ai raison…”
“Tout ce qui fait que l’on peut sortir de cette polarisation, pour justement discuter de manière rationnelle en ayant la possibilité de dire aux gens en face de soi : je ne suis pas d’accord avec vous. Sur la TVA et, pourquoi pas, l’immigration, sans s’injurier, est une bonne chose. Il faut sortir de cette crise de nerfs. On est dans une incroyable polarisation des débats ; on pourrait se dire ok c’est le caractère « gaulois » des Français. Pas du tout. Il suffit de hurler j’ai raison… Comme un plateau de CNews avec des intervenants d’extrême-droite qui s’invectivent… Mais tout cela se passe entre personnes du même camp… Aujourd’hui, il n’y a plus de vraie engueulade projet contre projet.”
“Quand on voit l’épuisement du clivage gauche-droite où de plus en plus de gens refusent de se reconnaître dans ce clivage – cela a sans doute aidé Macron en 2017 et Marine Le Pen aussi – il y a une espèce de fatigue qui est en train de s’installer. Paradoxalement ce discours de l’extrême-droite peut se présenter comme une unité, une volonté de dépassement des clivages, etc. Il a récupéré ce qu’avait porté Emmanuel Macron où il y avait déjà beaucoup de fatigue.”
“L’enjeu, c’est de redonner du sens et envie d’y vivre”

Et de dire : “Bon nombre de Roussillonais ne veulent plus vivre avec les autres. En 2014, ce sont les quartiers à forte proportion de populations issues de l’immigration qui sur-mobilisent au second tour et qu’en 2020, c’est, au contraire les quartiers où il n’y a quasiment pas de mixité sociale, blancs et riches, qui se sur-mobilisent pour voter Aliot, c’est une façon de dire : on en a marre. Cette histoire de vivre-ensemble, on n’en veut plus du tout. Et ça, on est en train de le vivre au niveau national.” Il s’alarme : “Les classes moyennes et aisées fuient la ville pour ses périphéries, fuient les écoles de la ville et désormais même les festivals, les moments de joie commune, sont faits dans les villages. La ville s’évide d’elle-même et l’enjeu essentiel, c’est de redonner du sens et envie d’y vivre. » En cela, Perpignan est un révélateur qui a pris une longueur d’avance, en quelque sorte.
Olivier SCHLAMA
(1) “Les mandats de Paul Alduy apparaissent marqués par le poids du clientélisme électoral de populations ethnicisées et enchâssées dans des quartiers de la ville, Gitans à Saint-Jacques ou les Pieds-noirs au Moulin-à-Vent.” Trois vagues migratoires laissent leur empreinte sur la ville, ans incidence sur les dynamiques clientélistes. En 1962, l’arrivée des rapatriés d’Algérie, Pieds-noirs et secondairement harkis (…) Les années 1970 et 1980 renouvellent l’immigration de travail.
“Aux travailleurs espagnols, qui quittent la ville pour les munes rurales, succèdent ceux du Maghreb et d’Afrique, installés dans les tiers populaires du centre et du Vernet (les quartiers au nord de la Têt, la re traversant la ville, et qui fut comme une frontière jusqu’à l’établissement le passerelle en 2015). Enfin, dès les années 1970, lessentiel des flux migratoires est le fait de migrations internes du Nord vers le Sud de la France, se parant entre actifs, retraités et foyers pauvres. Depuis les années 1960, pauvreté et ethnicité organisent la structuration socio-spatiale de la ville et participent n système clientéliste qui marque durablement le fonctionnement électoral de Perpignan. Omniprésent dans la vie de la cité, le clientélisme structure rapports politiques entre élus et groupes socio-ethniques (…)“
Une économie de la rente mise à mal

“Depuis plusieurs décennies, la ville et le département font face à une remise en cause de cette triple rente héliotropique » à commencer par la rente agricole est mise à mal dès l’entrée de l’Espagne et du Portugal, en 1986 dans l’UE, qui vendent à bas prix. Les crises agricoles se succèdent : arrachage de la vigne ; division par quatre de la production de salade depuis 1980 ; changement climatique qui menace arboriculture et viticulture. “Désormais, c’est l’attractivité résidentielle et touristique du département qui est mise en péril », modèle mis à mal par le réchauffement climatique et le manque d’eau induit.
“Des pans entiers de l’économie de la rente sont menacés”
“Des pans entiers de l’économie de la rente sont menacés. Le développement de l’économie des plateformes numériques (type Airbnb) contribue à promouvoir la rente locative, dans une ville usée par le mal-logement et la vacance résidentielle (…) Jusqu’à récemment, elle concernait principalement le marché du mal-logement. Marchands de sommeil et particuliers profitaient de l’abondance de biens immobiliers à vil prix et d’une clientèle précaire civile pour louer des logements inconfortables à forte rentabilité. Tandis que le centre-ville fait l’objet d’opérations de renouvellement urbain, l’arrivée des opérateurs comme Airbnb conduit à un déplacement de la rente locative vers les formes numériques, et non à une gentrification et enkystement dans une économie et une société de la rente se fait sous fond pensions sociales récurrentes, elles-mêmes prises dans une hausse continue des indicateurs de pauvreté.”
“Dès les années 1980, le centre-ville se paupérise et se dégrade pendant que les quartiers populaires décrochent. En 2013, l’Insee classait Saint-Jacques, zone en coeur de ville, comme le quartier lus pauvre de France. Il ne l’est plus en 2024, mais les trois quartiers les pauvres du pays se situent tous à Perpignan (Bas-Vernet, Rois de Majorque, Champ de Mars). Rien de surprenant à ce qu’en mai 2005 les émeutes en centre-ville, qui ont vu s’affronter violemment populations gitane et maghrébine, aient commencé les premières des banlieues françaises.”
“L’importance sociale des Stups”

“Bien avant l’apparition du problème public que révèlent les stupéfiants sur ce territoire, dès les années 1970, l’héroïne s’y trouve déjà, écrivent Nicolas Lebourg et Dominique Sistach. Avant la commercialisation/accoutumance des familles gitanes au produit et à l’argent qu’il procure, l’héroïne arrivait du nord de l’Europe, notamment des Pays-Bas, via le transport de « hippies » domiciliés dans les Pyrénées-Orientales. Ceux que l’on appelait les « Indiens » dans le Vallespir ou dans le Conflent amènent, probablement, pour la première fois de la « blanche » hollandaise (les trafics post-1980 venant d’Espagne amènent de la brown, une héroïne de moins bonne qualité, de couleur brune). Les premiers cas « d’overdose » apparaissent dans le Vallespir à la fin des années 1970. Nos « hippies » européens, des Français venant de la région Languedoc-Roussillon pour l’essentiel, arrivés d’Amsterdam pour vendre leur butin, certains transhumants venant d’Inde ou d’Asie, apparaissent comme les premiers dealers d’héroïne des Pyrénées-Orientales.
Ces mafias catalanes
Ils évoquent, à la fin du siècle dernier, les “mafias catalanes” avec ses réseaux de Sénégalais et de Marocains ; le recours à des familles gitanes de part et d’autre de la frontière. “Il s’agit de véritables chefs d’entreprises dont le réinvestissement rentier coïncide avec les réseaux gitans. Certains sont aussi des consommateurs revendeurs, souvent héritiers des familles de notables locaux, qui pour consommer revendent une part de leur acquisition, tant pour des raisons économiques, que pour le prestige qu’offre la délinquance. L’intercontingence toxicomaniaque se cumule à l’intercontingence économique.”
Durant les vingt dernières années du précédent siècle, les types de consommateurs évoluent. “Certains ne trafiquent pas, mais recherchent la « défonce » (la consommation à outrance, de cocaïne, de kétamine, d’ecstasy, etc.). L’espace transfrontalier devient un espace de consommation qui se superpose à l’espace festivalier et culturel de ce Sud européen (festivals de rock barcelonais, teck-nivals des Corbières, du grand sud, et sur toute la Catalogne) : “La drogue [devient] la métropole moderne”. Dans ce cas, les dealers ne ramènent pas la drogue à Perpignan, mais les Perpignanais en quête des produits, de la fête et des spectacles musicaux se rendent en Catalogne (…)”
L’interdit pénal, plus ou moins respecté…

“En Roussillon, depuis la modernité, l’interdit pénal est plus ou moins respecté par la population locale. Par son histoire, c’est une terre d’insoumission et de violence politique. Par sa frontière, le Roussillon est une terre interlope, ave ces fameux « « trabucaires” qui d’un côté comme de l’autre de la frontière, commercent, se battent, fournissent armes et matériels ou acheminent tabac et petit commerces, tuent et imposent leurs lois, y compris aux gendarmes et douaniers C’est une terre d’hybridation culturelle et morale où les frontières du licite se superposent aux frontières politiques et normatives, où l’histoire s’empile sur la géographie.” Ainsi s’expriment dans le livre Dominique Sistach et Nicolas Lebourg.
Jusqu’en 1990, criminalité et délinquance locales suivent la dynamique nationale avec une “délinquance d’appropriation de biens, propre au développement démographique et économique de la France industrielle et post-industrielle, notamment, par le fait des vols de voitures et des cambriolages. Entre 1990 et 2024, s’impose une criminalité de transaction, de violence et de paupérisation évoluant autour du trafic de drogue (…) Le panachage des modes de commerce et de violence, entre les criminels d’habitude et les délinquants occasionnels, constitue l’aspect le plus troublant de cette périodicité”.
La perpétuité incompressible y est « née »
“En outre, la ville a un legs judiciaire national puisque la peine de perpétuité incompressible a été créée en 1994 suite au retentissement des crimes de « l’ogre de Perpignan », Patrick Tissier (ce membre de la communauté mormone locale étant un violeur et meurtrier multirécidiviste dont la dernière victime en 1993 avait huit ans), et de Christian Van Geloven (assassin, violeur, auteur d’actes de torture et de barbarie sur deux filles de dix ans en 1991). À la suite, l’affaire des “disparues de la gare” a eu un fort impact, d’autant que ces crimes de 1997 et 1998 n’ont connu leur sanction judiciaire qu’en 2018 lors du procès de Jacques Rançon, meurtrier, violeur et dépeceur de femmes – ces crimes ayant assez défrayé la chronique pour qu’une série télévisée Disney+ ait été tournée à son propos et diffusée en 2025.”
“Dire qu’on ne peut circuler sans danger à Perpignan serait une exagération, une erreur”
Les auteurs décrivent savamment l’évolution de la délinquance. Mais les faits les amènent à relativiser : “Pour le commissaire divisionnaire, en charge de la Direction départementale des polices urbaines au début des années 1980, Perpignan n’est pas le Chicago des années 1930 (…) Il n’est nullement de mon rôle de me poser en censeur, mais il me semble dangereux, comme font certains, de décrire la situation d’une manière catastrophique. Cela ne va aboutir qu’à paniquer les gens et ce n’est pas en semant la panique que l’on va relever une situation ». Le bâtonnier de la ville va en son sens: Il n’y a pas de délinquance qui soit particulière à Perpignan, c’est la même délinquance qu’ailleurs et ce phénomène apparaît moindre qu’à Toulouse ou Montpellier par exemple. Le procureur de la République du département s’en moque même un peu : “Dire qu’on ne peut circuler sans danger à Perpignan serait une exagération, une erreur, car moi-même je circule tous les jours et même parfois la nuit, à pied, il ne m’est jamais rien arrivé (…)”
Une “ville-repoussoir” par ses écoles

A Perpignan il y a un autre fait paroxystique, « abyssal », même qui se renforce au collège qui fait de l’éducation un « ghetto scolaire » : “Loin d’être secondaire dans la compréhension de la ville, la question scolaire (celle de l’école et de ses enjeux) y occupe une position centrale », explique David Giband, géographe. La publication à partir de 2022 des indices de position sociale des établissements scolaires (IPS) par le ministère de l’Education nationale a rendu visible l’incroyable degré de ségrégation scolaire et de faible mixité sociale des établissements de la ville. Dans le top dix des écoles élémentaires disposant des IPS les plus bas de France métropolitaine, la ville de Perpignan en « classait » quatre en 2022, situation simplement unique. En 2024, Le classement des IPS fait apparaître une surreprésentation des écoles perpignanaises (56 % des écoles élémentaires de la ville) dans le quintile inférieur’, celui des écoles les plus pauvres de France. De même, parmi les villes de plus de 100 000 habitants, İes écoles de Perpignan disposent de l’IPS moyen le plus faible, devançant la plupart des villes pauvres de banlieue parisienne ou d’autres grandes métropoles françaises et régionales.”