Mois de l’ESS : Le dynamisme des territoires en 200 manifestions

"Ce mois est organisé par la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire (Cress) avec le soutien de la région Occitanie, de l'Etat, des collectivités et des entreprises de l'ESS, explique Muriel Nivert-Boudou. La déléguée générale de la Cress a participé à de nombreuses réunions préparatoires de ce Mois de l'ESS en Occitanie. C'est la 3e région pour le poids de l'ESS." Ce secteur attire de plus en plus d'entrepreneurs pour des raisons philosophiques et même économiques. Photo : DR.

Muriel Nivert-Boudou est déléguée générale du Cress (1) Occitanie qui organise, avec la Région Occitanie, le Mois de l’économie sociale et solidaire (ESS). Elle explique à Dis-Leur en quoi cet événement est une vitrine pour l’ESS, économie en pleine expansion qui emploie déjà 210 000 personnes dans la région, en 3e position au niveau national. Pour l’élue régionale chargée de ce secteur, Marie Meunier Polge, l’ESS, « c’est aussi un moyen d’irriguer les territoires ». Christophe Itier, le Haut commissaire à l’ESS, viendra à la clôture de ce mois de l’ESS, le 1er décembre, aux Rencontres de l’innovation sociale, à Montpellier.

Un concours pour désigner les entreprises les plus dynamiques dans les quartiers difficiles ; un drive fermier à Saint-Christol-les-Alès (Gard) ; des bénévoles de l’association les Petits débrouillards qui réparent et redonnent vie à vos objets cassés… En ce mois de novembre, plus de deux cents événements dans treize départements couronnent le dynamisme de l’économie sociale et solidaire.

Pour cette 10e édition du Mois de l’ESS, cette mise en lumière n’est pas usurpée en Occitanie : ce pan de l’économie pèse 12,1 % de l’emploi total en région. Un dixième anniversaire qui est aussi une première. C’est la première fois que cet événement est organisé en Occitanie, union des deux anciennes régions voisines, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.
En Occitanie, l’économie sociale et solidaire (ESS) pèse 212 000 emplois, 5,3 milliards d’euros en salaire (12,1 % de l’emploi total et 16,6 % de l’emploi privé). On compte 23 056 établissements de ce secteur 23 056 (10,7 %), dont 17748 entreprises, dans tous les secteurs d’activité. Les salariés de l’ESS sont 165 000 dans le secteur des associations (dont 105 000 dans des associations des secteurs santé, social ou médico-social). Enfin, le budget du conseil régional d’Occitanie dédié au secteur de l’ESS est de 7,8 millions d’euros, précise Marie Meunier-Polge, conseillère régionale déléguée à l’ESS.
Muriel Nivert-Boudou : Il ne faut pas diaboliser les autres entreprises du secteur privé, mais le but de l’ESS n’est pas l’enrichissement personnel : c’est de répondre aux besoins non couverts

« Ce mois est organisé par la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress) avec le soutien de la région Occitanie, de l’Etat, des collectivités et des entreprises de l’ESS, entame Muriel Nivert-Boudou. C’est la 3e région pour le poids de l’ESS. » Ce secteur attire de plus en plus d’entrepreneurs pour des raisons philosophiques et même économiques. « Juridiquement il est impossible de délocaliser une entreprise de l’ESS. De ce fait, nos entreprises ont moins détruit de l’emploi que l’économie privée. Et parce que, notamment, elle est ancrée dans les territoires. Et une entreprise de l’ESS va répondre à un besoin qui n’est couvert ni par l’Etat ni par le marché. On retrouve beaucoup de nos entreprises quand il n’y a plus rien et plus personne. »

« Pour une crèche par exemple, on a des entreprises collectives qui se créent : pour répondre à un besoin territorial. Et c’est pour cela que le principal employeur de Lozère est une association, le Clos du Nid et c’est plus de 20 % de l’emploi de ce département ! Il ne faut pas diaboliser les autres entreprises du secteur privé, mais le but de l’ESS n’est pas l’enrichissement personnel : c’est de répondre à des besoins non couverts. Et s’il y a des bénéfices, on le répartit pour continuer à se développer. »

Drive fermier à Alès ; les Rencontres lozériennes avec pour thème : une autre alimentation est possible en Lozère ; les Rencontres internationales de l’innovation sociale à Montpellier…

Parmi les événements remarquables, Muriel Nivert-Boudou pointe : « Je suis intervenue récemment auprès des demandeurs d’emploi de l’Apec ; mardi, on a un événement retenu dans la Semaine internationale du digital avec une table ronde sur numérique et ESS au parc Georges-Besse (site EERIE) de Nîmes (Gard) de 9h à 13h. Cette manifestation anticipe la thématique du prochain salon d’affaires Coventis en avril au Corum de Montpellier (1). A Alès, ce mardi 14 novembre après-midi, des élèves de BTS présenteront un projet de drive fermier qu’ils ont ont réalisé, projet fictif mais qui peut ensuite se concrétiser  ! Il y aussi Les Rencontres lozériennes, avec pour thème : une autre alimentation est possible. A Alès, on aura les regards croisés entre deux économies, le lancement d’une plate-forme de mobilité, par l’agglo pour notamment pour des personnes en insertion, etc. »

La dernière des 200 manifestations, ce sera celle de clôture du Mois de l’ESS, le 1er décembre : en matinée, au pôle Realis, à Montpellier, portant  sur l’accélération de croissance, se tiennent les Rencontres internationales de l’innovation sociale et l’après-midi, dès 13h, seront remis trois prix ESS régionaux – une nouveauté – à l’espace Jean-Bène, à Hôtel du département de l’Hérault, à Montpellier (1). Le Haut commissaire à l’ESS, Christophe Itier, et Carole Delga, présidente de région et ancienne secrétaire d’Etat à l’ESS, seront être présents. A cette clôture, participeront Jérôme Saddier, président de l’Avise (agence d’ingénierie et de services pour l’accompagnement du développement de l’ESS), et des représentants de plusieurs accélérateurs, notamment celui de Montpellier (Alter’Venture), de Londres, d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne.

Les emplois de l’ESS sont disséminés dans le tissu économique de toute la région, rural en particulier, et cette localisation est importante car la vitalité d’une grande partie du territoire est dépendante de l’activité de l’ESS. Et demain, les projections d’emplois sont optimistes. Surtout que l’on attend, dans la région, près de 70 000 départs à la retraite à remplacer qui génèreront leur lot de transmission d’entreprises, de formations… « Nous avons interrogé des décideurs autour de cette problématique-là pour mieux appréhender leurs besoins en terme de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences », précise Muriel Nivert-Boudou.

Marie Meunier-Polge : « L’économie émane, aujourd’hui, des territoires, pas d’en-haut… »

« Depuis 2004, depuis que la gauche est arrivée aux manettes de la plupart des régions, vingt régions sur vingt-deux ont eu un portage politique fort de l’ESS, dézoome Marie Meunier-Polge, conseillère régionale déléguée à l’ESS. A partir de là, on a développé des politiques fortes et innovantes. C’est une économie qui existe depuis très longtemps et qui fonctionne en réseau. En 2006, ont eu lieu les premiers Mois de l’ESS. Les Cress fédèrent depuis dans les régions l’ensemble des familles de l’ESS. »

Avec cette fusion, dans la région, s’est développée « une vision très entrepreneuriale, d’abord économique et moins réparatrice, moins pour aider les territoires et les quartiers en difficulté, précise l’élue. C’est une économie à part entière avec une vraie gouvernance confortée par la loi Hamon-Delga en 2014. Ce sont des entreprises qui font des profits mais qui sont immédiatement retournés vers le développement de l’entreprise. On a ainsi développé des schéma fort : on soutient les têtes de réseaux, les Scop, les associations, etc. »

L’élue poursuit : « On a aussi créé des dispositifs financiers spécifiques comme l’Airdie, MP Activ, pour la transmission d’entreprise, etc ». Projets de faisabilité, de test, pour des porteurs de projets, aides directes, etc. : la région Occitanie aide ce secteur à hauteur de 7,8 millions d’euros par an. Une belle somme qui a servi à alimenter le Fonds à l’innovation sociale, Alter’Incub, un incubateur d’entreprises gérée par l’union des scoops, ou encore le pôle Realis, une pépinière d’entreprises, à Montpellier, etc. « Son équivalent à Toulouse, baptisée pôle de l’innovation sociale, est sur les rails. On vient de la budgétiser », confie Marie Meunier-Polge. Dans ces structures innovantes, on y héberge des entreprises et on y teste des projets. C’est très important. C’est mieux que de tester son projet dans sa cuisine… »

Et d’ajouter : c’est un moyen d’irriguer les territoires. On ne peut pas parler de l’un sans l’autre. L’économie, aujourd’hui, émane des territoires, pas d’en-haut. Elle vient des besoins des territoires. Parfois, il y a davantage d’agriculture, par exemple, parce que c’est l’histoire de ce territoire. » Et des réussites parlantes : l’entreprise montpelliéraine de nettoyage, Hygie-Sphère Bio (ex-Cleaning Bio 34), créée par Laurent Rodriguez, abritée à l’origine au pôle Réalis, est forte désormais de 70 salariés et se dédouble à Béziers.

Olivier SCHLAMA

  • Tous les rendez-vous, département par département : http://www.cressoccitanie.org/wp-content/uploads/Programme_MoisESS_2017_web_.pdf
  • Les prix ESS régionaux sont une première. Le Mois de l’ESS se terminera donc le 1e décembre à Montpellier, avec une première : la remise des Prix ESS régionaux. Trois candidats seront récompensés, parmi 27 candidatures, dans trois catégories : Coup de coeur, Impact local et Innovation sociale. L’un d’eux sera élu Prix régional ESS.
  • Par ailleurs, le 12 avril, se tiendront les dix ans du  salon des affaires socialement responsables, le Coventis. Coorganisé avec la région. La thématique, c’est le numérique.