Migrants : Nouveaux sauvetages en Méditerranée pour L’Aquarius

Image ARCHIVES de SOS Méditerranée : Rescue du 14 mars 2017. Photo D.-R.

Un sauvetage in extremis et deux transbordements : 280 naufragés à bord de L’Aquarius. « La coordination exceptionnelle entre les ONG a permis de sauver des centaines de vies » soulignent les organisateurs de SOS Méditerranée… L’ONG fera « escale à Sète » le 29 mars.

Le navire L’Aquarius affrété par SOS Méditerranée (*), en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a secouru samedi 10 mars 110 personnes à bord d’un canot pneumatique dégonflé dans les eaux internationales au large de la Libye, puis accueilli à son bord 62 personnes secourues par un navire marchand et 108 personnes secourues par le bateau Open Arms de l’ONG ProActiva.

Les 280 naufragés, dont 47 femmes, et 32 mineurs (25 non-accompagnés), de plus de vingt nationalités différentes ont tous été recueillis sains et saufs et en sécurité à bord de L’Aquarius qui a ensuite fait route vers le port sûr d’Augusta (Italie) pour le débarquement prévu ce lundi.

Un sauvetage in extremis

A 7 heures matin, samedi 10 mars, L’Aquarius a reçu le signalement de plusieurs embarcations en détresse puis l’instruction de la part du centre de coordination des secours en mer de Rome de se diriger vers la position estimée de l’une d’entre elles. Un épais brouillard a compliqué la recherche de
l’embarcation en détresse. Lorsque celle-ci a été repérée, d’abord par un bateau de pêcheurs, plusieurs personnes se sont jetées à l’eau, tentant de le rejoindre à la nage.

Sauvetage en Méditerranée. Photo Hara Kaminara / SOS Méditerranée

« Lorsque nous avons vu le bateau de pêche arriver, les autres ont commencé à paniquer à bord du canot, parce qu’ils avaient peur que ce soit un bateau libyen et ils préféraient prendre le risque de continuer la route et de mourir en mer plutôt que d’être renvoyés en Libye » a raconté un jeune Palestinien recueilli en état de choc et d’hypothermie après avoir échappé à la noyade, à des volontaires de SOS Méditerranée.

Les équipes de sauveteurs de l’Aquarius sont alors intervenues, ont stabilisé la situation à bord du canot pneumatique, distribué les gilets de sauvetage, puis évacué un par un, les passagers. « C’était ce que nous appelons un sauvetage critique, c’est-à-dire une opération extrêmement délicate qui aurait pu tourner à la catastrophe en un instant et faire de nombreuses victimes. Lorsque que nos RHIBs se sont approchés, le canot pneumatique était en très mauvais état, les flotteurs étaient en train de se dégonfler, le plancher risquait de se briser et il y avait plus d’une centaine de personnes dedans » a déclaré le coordinateur adjoint des secours Max Avis.

Les 110 personnes de plus de treize nationalités différentes, dont une majorité sont originaires d’Afrique de l’Ouest, mais aussi deux Libyens et deux Palestiniens, qui se trouvaient à bord de ce canot ont été secourues et prises en charge à bord de L’Aquarius par le personnel médical de Médecins sans Frontières, pour des cas d’hypothermie ou de blessures résultant de mauvais traitements infligés en Libye.

Sauvetages et transbordements, d’est en ouest

L’Aquarius a ensuite accueilli à son bord samedi soir, 62 personnes (dont une majorité de Nord Africains) secourues d’un canot pneumatique quelques heures plus tôt par le navire marchand Asso Trenta, à proximité des plateformes pétrolières de Bouri Oil Field, dans les eaux internationales à l’ouest de Tripoli. Et 108 autres personnes secourues par le bateau Open Arms de l’ONG ProActiva OpenArms au cours de deux opérations distinctes ont à leur tour été transbordées sur L’Aquarius tard dans la nuit.

Un jeune garçon de 14 ans atteint d’une grave maladie, accompagné de ses deux grands frères, avait été récupéré en pleine mer samedi matin par l’ONG ProActiva à bord d’un petit canot à la dérive. Dans l’après-midi samedi, les sauveteurs de l’Open Arms avaient secouru plus de cent personnes à bord d’un canot pneumatique repéré grâce au survol aérien de l’avion humanitaire Moonbird de l’ONG Sea-Watch, dans les eaux internationales à l’est de Tripoli.

Photo Hara Kaminara / SOS Méditerranée

« Le sauvetage de ce samedi matin était extrêmement périlleux. Ce n’est que grâce au professionnalisme des équipes et aux équipements techniques adaptés des unités SAR (search and rescue, NDLR) comme L’Aquarius qu’il a été possible de sauver ces personnes en détresse. Cela démontre encore une fois l’impérative nécessité d’une flotte dédiée au sauvetage déployée dans les zones les plus sensibles, afin que ces bateaux ambulance puissent intervenir à temps. Les différentes opérations de ces dernières heures démontrent aussi la coordination exceptionnelle entre les ONG opérant en Méditerranée Centrale qui a permis de sauver des centaines de vies, mais aussi, au-delà des opérations de sauvetage, de témoigner de l’urgence humanitaire au large de la Libye, dans cette zone de mer la plus mortelle au monde » a déclaré Nicola Stalla, coordinateur des secours de SOS Méditerranée à bord de L’Aquarius.

Les naufragés racontent l’enfer Libyen

Les 280 naufragés secourus samedi dans les eaux internationales au large de la Libye, sont originaires de plus de vingt pays différents, dont 69 érythréens, 12 somaliens, 6 Libyens et 3 Syriens. Plusieurs cas particulièrement vulnérables ont été identifiés dont des victimes de torture, de potentielles victimes de trafic d’êtres humains et des cas médicaux urgents.

Un jeune comorien a expliqué aux volontaires à bord de L’Aquarius avoir passé deux ans en Libye à travailler sans être payé pour un patron qui lui a confisqué son passeport dès son entrée dans le pays, avant de parvenir à s’enfuir à bord d’un canot de fortune.

« Je sais que partout dans le monde il y a des problèmes, mais au moins en Europe il y a les droits de l’homme, pas comme en Libye » a-t-il expliqué, ajoutant:  « Mon patron a toujours mon passeport, mais mon passeport ce n’est pas mon corps ». Un tchadien de 20 ans a encore expliqué avoir été torturé par électrocution quotidiennement pendant deux mois, en Libye, faute de pouvoir payer la rançon pour sortir de prison. « J’ai été vendu et je me suis retrouvé à Bani Walid. Après un ami m’a aidé à organiser le voyage pour prendre le bateau. J’ai passé un mois dans une maison avec 150 personnes. 50 ont pu partir cette fois-ci, les autres attendent le prochain départ » a raconté ce naufragé aux volontaires à bord de L’Aquarius.

Il faut savoir que chaque jour en mer coûte 11 000 euros afin de financer la location du navire, son équipage, le fuel et l’ensemble des équipements nécessaires pour secourir et prendre soin des réfugiés. L’association lance un appel à soutien et à mobilisation auprès de tous les acteurs de la société civile : particuliers, ONG, fondations, mécènes, entreprises et pouvoirs publics, pour lui donner les moyens de poursuivre ses opérations, 98% de son budget étant couvert par des dons privés. FAIRE UN DON EN CLIQUANT ICI 

Une rencontre-débat sera organisée à l’occasion de Escale à Sète (27 mars-2 avril), le 29 mars de 18h à 20h (à la Maison régionale de la Mer), en présence de Francis Vallat, Président de SOS Méditerranée France, Erwan Follezou, membre du bureau de l’association et référent maritime, Simon, marin-sauveteur, gabier sur L’Hermione et Alice Gautreau sage-femme sur L’Aquarius avec Médecins sans frontières. Dis-Leur ! avait publié en octobre 2017 un entretien avec Erwan Follezou, cheville ouvrière de cette odyssée citoyenne. Lire l’article en cliquant ICI

(*) SOS Méditerranée est une association fondée en 2015 par un groupe de citoyens européens, décidés à agir face à la tragédie des naufrages à répétition en mer Méditerranée. L’association est apolitique avec un seul impératif : sauver des vies en mer. Grâce à une mobilisation exceptionnelle de la société civile européenne, SOS Mditerranée a affrété un navire de 77 mètres, l’Aquarius, et a débuté les opérations de sauvetage fin février 2016 au large des côtes libyennes, permettant de secourir plus de 27 000 personnes à ce jour.