Migrants : Les Pyrénées, nouvelle frontière sous surveillance

Coopération franco-espagnole aux frontières... Photo Raymond ROIG (AFP)

Il y a « des mouvements migratoires forts sur les Pyrénées » a récemment reconnu le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, en visite au poste frontière du Perthus (Pyrénées-Orientales). Ainsi, alors que l’Amérique Latine connaît une crise migratoire de grande ampleur et que la Méditerranée est au coeur des mouvements de population vers l’Europe, l’Espagne devient à son tour une porte d’entrée vers l’espoir d’une vie meilleure. Le phénomène suscite de nombreuses questions sur cette frontière naturelle des Pyrénées.

Perpignan affiche depuis toujours l’image du multi-culturalisme. Au centre du bassin méditerranéen, “le centre du monde” si l’on en croit Salvador Dalí a toujours accueilli des migrants et des réfugiés, suite à de nombreux conflits, notamment en Algérie, au Maroc ou encore en Espagne. Cette ville cosmopolite s’est construite en quartiers plus ou moins communautaires, le coeur de ville s’animant autour de cette diversité. C’est comme cela que Perpignan a toujours vécu mais aujourd’hui, la situation semble se dégrader.

La pauvreté augmente, l’immigration se poursuit…

En 2015, le chômage atteint un taux de 26 % et engendre avec lui un taux de pauvreté de 31,5%. Et les années suivantes n’arrangent pas la situation. Perpignan devient l’une des villes les plus pauvres de France et l’Institut Compas, à l’origine de l’étude sur la pauvreté, évoque une “situation économique très dégradée avec une proportion de population immigrée relativement importante”. Malgré ces taux alarmants sur l’état de santé de la première ville des Pyrénées-Orientales, l’immigration, elle, ne diminue pas. Elle s’intensifie même…

C’est en 2016 que les médias s’intéressent à la situation. Au coeur du sujet un petit village du département, Campôme, qui accueille 18 migrants venus d’Irak, d’Afghanistan et d’Éthiopie. Cette commune de 110 habitants a hébergé pendant trois mois ces réfugiés afin qu’ils aient le temps de régulariser leur situation et de faire toutes les démarches en tant que demandeurs d’asile. Le maire, Christophe Carol, se sent même prêt à recommencer l’expérience et accueillir un nouveau groupe de migrants.

Refus d’entrée : +20% par rapport à 2017

Les contrôles à la frontière franco-espagnole se multiplient. Photo TOP SUD.

Seulement aujourd’hui, on ne parle plus d’une dizaine de migrants mais de milliers. En 2018, ce sont plus de 50 000 personnes qui sont passées par les côtes andalouses en Espagne pour tenter de rejoindre la France. En direction du Pays-Basque pour arriver à Bayonne ou vers Barcelone pour passer à Perpignan. De l’Atlantique à la Méditerranée, le constat est le même : les migrants sont de plus en plus nombreux. Dans les Pyrénées-Orientales, des frontaliers évoquent « une centaine de migrants par jour… »

Face à l’augmentation de ce flux migratoire, les autorités françaises ont décidé de réagir en renforçant les contrôles aux frontières et par une coopération accrue entre services français et espagnols. Ce sont 10 500 refus d’entrées qui ont été prononcés depuis le début de cette année, soit une augmentation de 20% par rapport à 2017. Les gares et les trains sont contrôlés jusqu’à Narbonne, les cars et bus internationaux au péage du Boulou. Et il n’est pas rare de croiser les brigades de la douane à la gare routière de Perpignan.

Inquiétude face aux conditions hivernales

Ces arrivées massives ne sont pas sans conséquences puisque les migrants ne peuvent pas demander le droit d’asile avant six mois minimum et cela peut même aller jusqu’à dix-huit mois. En effet, ils se sont enregistrés en Espagne au moment de leur arrivée en Europe et ne peuvent donc pas faire d’autres demandes avant un délais de plusieurs mois. Ce soudain afflux pèse d’autre part lourdement sur l’activité du TGI (Tribunal de grande instance) de Perpignan, comme le soulignait récemment le procureur Jean-Jacques Fagni dans les colonnes de L’Express.

Une situation qui inquiète les populations notamment avec l’hiver qui arrive, la frontière entre la France et l’Espagne étant très dangereuse en raison des conditions climatiques et de très basses températures…

A Perpignan, Fanny RIGAL

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L’entretien de Dis-Leur ! avec Mickaël Idrac, sociologue, spécialiste des questions d’immigration et d’éducation. Doctorant du Centre population et développement (Ceped), il a travaillé sur le terrain pour des ONG et pour les Nations unies. Depuis une dizaine d’années, il est parti à la rencontre des migrants à travers le monde (de la Thaïlande à « La Jungle » de Calais en passant par Lesbos, comparant les différents camps qu’il a visités. Il parle aujourd’hui de l’état actuel de l’immigration dans les Pyrénées-Orientales avec la nouvelle porte d’entrée des migrants depuis l’Espagne… Article réservé aux abonnés, à lire en cliquant ICI.