Littérature : La bonne nouvelle d’Olivier Martinelli, lauréat du prix Jacques-Sadoul

Lecture de la nouvelle pendant la remise du Prix au Firn de Frontignan. Ph. Gérard Grenier.

L’écrivain sétois est le lauréat de la seconde édition, avec un texte Ici tout me fait froid, publié au Diable Vauvert. Même la littérature peut enfanter l’amour !

“Pour l’instant, tu dois seulement croire aux compliments que je ne te fais pas.” C’est par cette phrase ô combien philosophique que se clôt une bien jolie nouvelle d’Olivier Martinelli, si bien troussée. Et c’est à partir de ce même aphorisme de Jacques Sadoul que la littérature du Sétois devait se baser pour s’exprimer (1).

Une boucle tellement bien accomplie que l’écrivain en a été récompensé en mai dernier par le 1er prix annuel Jacques-Sadoul (doté de 2 000 €) récompensant sa nouvelle titrée : Ici tout me fait froid, publié au Diable Vauvert. Parmi 35 finalistes, le Sétois est devenu le lauréat de cette année d’un concours consacré à la romance et à la “romantasy”, avec comme point de départ ou d’arrivée, cette fameuse phrase contextuelle, tirée du recueil des meilleures saillies de Sadoul Je suis tout ouïe d’un œil distrait.

En prise directe avec l’émotion

Il faut lire Martinelli. Ça ne dégouline jamais de mauvais bons sentiments. C’est en prise directe avec l’émotion. Ça ne refroidit jamais. Au contraire, le coeur pur et l’esprit toujours inspiré, le romancier réchauffe le coeur. Il y a des accents de Valérian et Laureline, ce duo dans Valérian et la Cité des Mille Planètes, un space opéra qui parle d’extraterrestres, certes, mais aussi des différences qui sont in fine une richesse.

Des héros qui cassent les codes

Avec une critique de la société. Dans Valérian, Laureline casse les codes de la femme des années 1960 dans la BD dont s’inspire le long métrage de Luc Besson. Toutes proportions gardées, les deux héros de la nouvelle d’Olivier Martinelli cassent aussi des codes. Pour mieux raconter une histoire d’amour dans un monde pas si loin du nôtre où l’on a “réussi” l’exploit de supprimer l’essentiel : le hasard, le désir et les livres. Une dystopie qui touche juste là où il faut.

Le pouvoir cherche à contrôler ce qu’ils ressentent

Quelques  ingrédients du présent ont servi à bâtir ce cauchemar que l’on peut imaginer nous arriver un jour. Les pousser jusqu’à l’absurde et de regarder ce qu’il en reste. Un pouvoir autoritaire, une application qui calcule la compatibilité amoureuse (8 % au début, 100 % à la fin !), des réseaux sociaux sous hyper-contrôle, une culture aseptisée, des livres interdits et une intelligence artificielle chargée de produire l’art autorisé…! Martinelli n’invente finalement pas un monde si éloigné du nôtre. Son idée la plus intéressante est peut-être là : le pouvoir ne cherche pas seulement à contrôler ce que les gens pensent. Il cherche à contrôler ce qu’ils ressentent. Déshumanisation.

Fante, Bukowski, Velvet Underground

Avec Barbara Sadoul (fille de Jacques Sadoul et présidente du jury) et Christophe Siebert, auteur et éditeur qui a initié le Prix. Ph. Gérard Grenier.

Révoltés, mais pas révolutionnaires, Luna et son compagnon sont deux adolescents découvrant qu’un livre peut provoquer quelque chose qu’aucune application web ne sait mesurer et encore moins susciter. Une émotion pure. Cela passe par ses auteurs fétiches et on le comprend : Fante, Bukowski ; et par la musique, notamment celle du Velvet Underground. Le coup est réussi.

La lecture déclenche quelque chose chez le lecteur

Et puis, c’est bien un ménage à trois qu’il s’agit avec… une librairie clandestine. A l’intérieur, on perçoit que les livres échappent aux algorithmes. Qui ne calculent aucune compatibilité  aucun pourcentage de compatibilité, aucune recommandation personnalisée, aucun pouvoir illibéral ni aucune garantie de bonheur. Leur lecture suffit à déclencher quelque chose chez le lecteur. Et la littérature peut rendre les individus vivants et amoureux ! C’est ce que l’on appelle la liberté. De ressentir. D’être soi.

Olivier SCHLAMA

  • (1) Jacques Sadoul Grand prix de littérature policière (Trois morts au soleil (d)) (1987). Il est né le 8 décembre 1934 à Agen (Lot-et-Garonne), et mort le 18 janvier 2013 à Astaffort, dans le même département. Il fut directeur de collection, directeur littéraire et écrivain français. Il a compilé des anthologies de science-fiction et de fantastique, et a également écrit des ouvrages sur l’alchimie, l’astrologie, la photographie, et la littérature policière.
  • Le jury était présidé par Barbara Sadoul et composé cette année de Philippe Béranger, Morgane Caussarieu, Marion Mazauric, Quentin Monstier, Nicolas Rey, Jean-Luc Rivera, Jérôme Vincent, Christophe Siébert et Joëlle Wintrebert. Les jurés ont eu à élire, parmi 35 textes finalistes, le lauréat. Après cinq tours de scrutin, c’est la superbe nouvelle d’Olivier Martinelli, Ici tout me fait froid, qui remporte cette année le prix.