Institutions : Chambre des comptes à Montpellier, une influence historique

Xavier-Bon de Saint-Hilaire par Jean Ranc (détail). Source musée FABRE Montpellier

Deux expositions présentées récemment au musée Fabre et guidées par Pierre Stepanoff, conservateur du patrimoine, ont été l’occasion pour la Chambre régionale des comptes Occitanie de revisiter la contribution artistique de l’institution à la ville de Montpellier.

Si la mission de la Chambre régionale des Comptes est de « s’assurer du bon emploi de l’argent public et d’en informer le citoyen », le musée Fabre met en lumière son influence largement méconnue dans la vie artistique, scientifique et architecturale de Montpellier sous l’Ancien régime.

L’exposition De marbre blanc et de couleur donne ainsi à découvrir les fresques restaurées de la chapelle Deyde de la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier, commande de Jean Deyde, magistrat de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier au 17e siècle.

Xavier-Bon de Saint-Hilaire, portrait à voir au musée Fabre de Montpellier. Photo ©musée FABRE

L’exposition Jean Ranc affiche quant à elle un imposant portrait de François Xavier-Bon de Saint-Hilaire, premier président de cette même institution au 18e siècle, ainsi que quelques pièces de son cabinet de curiosité.

Une implantation historique forte à Montpellier

C’est par Charles VII en 1437 que la Cour des aides fut créée en Languedoc, puis en 1523, François 1er créa la Chambre des comptes de Montpellier. Ainsi était marquée déjà à l’époque la volonté royale de déconcentration administrativeLouis XIII en 1629 proclama l’union de ces deux Cours sous le nom de « Cour des comptes, aides et finances » de Montpellier.

L’institution fut supprimée à la Révolution ; il faut toutefois noter que si la plupart des Cours cherchaient à survivre, celle de Montpellier ne fut pas hostile à sa disparition et adhérait largement à la philosophie des Lumières. Plusieurs conseillers se lancèrent alors en politique, comme Durand qui devint maire de Montpellier ou Cambacérès, pour ne citer qu’eux.

Une histoire de comptes mais pas que…

Si un certain conseiller a pu déclarer au 18e siècle que « la Cour a fait l’existence de la ville, sans elle Montpellier serait un désert » (1), référence était notamment faite à la vie quotidienne des gens des comptes, soumise à une étiquette et discipline rigoureuses à l’intérieur comme à l’extérieur du palais.

Mais au-delà de l’étiquette, issus des milieux du commerce et de la bourgeoisie, ils acquièrent de grands domaines, font bâtir de magnifiques hôtels particuliers, investissent dans de grands travaux d’aménagement. Ils entretiennent de plus des liens étroits avec la vie intellectuelle, scientifique et artistique de Montpellier.

Ainsi François-Xavier Bon fut apprécié du monde des savants et des collectionneurs jusqu’au-delà des frontières et fut l’un des fondateurs de la société royale des sciences de Montpellier en 1706.

Où la roue de l’histoire nous ramène à Montpellier !

C’est bien plus tard, en 1983, que la Loi de décentralisation installe à Montpellier la Chambre régionale des comptes Languedoc-Roussillon. Elle fut, à l’occasion de la mise en place des grandes régions en 2016, une des seules institutions d’Occitanie regroupée en totalité à Montpellier.

Même si jusqu’à la dernière minute, son implantation était prévue dans la nouvelle capitale régionale, à Toulouse, il faut croire que le destin de cette institution demeurait bien enraciné à Montpellier, où la ville garde encore l’empreinte architecturale, artistique et scientifique de son histoire.

Coline ERLIHMAN

(1) Lettre du conseiller Coulomb le 20 février 1770, cité par P. Vialles, dans Études historiques sur la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier, Montpellier 1921