Innovation : Ils créent un “drive producteurs” pour faciliter la vente locale en circuit court

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Deux frères, Maxime Donato et Maxime Peyron, et un développeur web, Christian Nana, proposeront en septembre un site internet, où l’on pourra aller dénicher des produits de producteurs locaux. Principalement pour l’instant dans l’Hérault. A ces jeunes entrepreneurs d’être à la hauteur de la promesse du bon et bien manger.

Pour Maxime Donato, 27 ans, le plus court chemin, c’est la double ligne droite. En même temps qu’il sera diplômé d’un master de commerce à l’IAE de Montpellier, il trace sa double route sur un seul axe en lançant en même temps sa plateforme internet.

Avec son frère, Alexis Peyron, 24 ans, vendeur de profession, et Christian Nana, développeur web, il est en train de tester une belle et simple innovation qu’il a appelée Drive Producteurs grâce à laquelle il se rémunèreront à hauteur de 10 % du coût de chaque achat via la plateforme. Un niveau de panier moyen qui décidera in fine de la viabilité de l’entreprise, actuellement sous forme d’auto-entreprise qui a vocation à devenir une société, selon les deux agréablement ambitieux frangins.

Le site est en test auprès d’une trentaine de producteurs. Plus de 850 consommateurs dans l’Hérault se sont pré-inscrits, plus 300 ailleurs en France”

Maxime Donato

Leur idée : créer un site internet qui serve d’interface entre producteurs (maraîchers, ostréiculteurs, éleveurs, apiculteurs, arboriculteurs…) auxquels ils proposent davantage de visibilité, et les consommateurs. Ceux-ci, grâce à cette solution qui leur sera accessible dès septembre, seront en capacité d’embrasser d’un coup d’oeil l’éventail des producteurs à proximité de chez eux.

Produits locaux. Photo d’illustration : Olivier SCHLAMA

Les circuits courts ont connu une bel engouement depuis la crise du covid-19 comme nous vous l’expliquions ICI. Depuis, ce choix s’est un peu tassé devant les prix, en hausse ; et les propositions foisonnantes. Amap, paniers, vente à la ferme… Avec Drive Producteurs, on franchit un cap : “Le site est en test auprès d’une trentaine de producteurs. Plus de 850 consommateurs dans l’Hérault se sont pré-inscrits, plus 300 ailleurs en France.” Le Gard, historique terre d’arboriculteurs, intéressent les deux entrepreneurs.

“Pour nos grands-parents, manger des produits de producteurs, c’était normal”

Tout commence par une bonne éducation alimentaire. Les deux frères entrepreneurs n’y échappent pas. “Originaires des Hautes-Alpes, on a bougé et déménagé. On a toujours été habitués à bien manger. Pour nos grands-parents, manger des produits provenant de producteurs à quelques centaines de mètres de la maison, c’était normal. On avait aussi un potager”, rembobine Maxime Donato.

Et, à chaque fois, que la famille déménageait, notamment pour les études des deux frères, à Lyon et Montpellier, la préoccupation du bien manger perçait. “Cette recherche est devenue un réflexe.” Mais elle était difficile voire impossible en tant que consommateurs à trouver des producteurs “autour de chez nous” surtout que la plupart des producteurs ne sont pas géolocalisables et référencés sur un seul site, ce que Drive producteurs propose.

Pas de livraison mais des points de retrait

Maxime Donato précise : “Un producteur qui veut se référencer a plusieurs façons de le faire. Il peut avoir son propre site web ; recourir aux réseaux sociaux mais c’est une action isolée ; chacun a plus ou moins le temps de s’y consacrer. Et pour le consommateur, ce n’est pas simple de les trouver. Quand un consommateur s’inscrira sur notre site, il donnera son adresse et, de fait, aura une visibilité sur les boutiques des producteurs et ses points de retraits des marchandises. Cela peut être un marché, un parking, son exploitation… En fait, là où il a l’habitude de travailler.” Et : “On voit ses stocks, ses prix, le lieu de retrait. Il n’y a pas de livraisons. On commande directement sur le site.” 

C’est un moyen de mettre en avant les producteurs locaux. Comme je suis nouveau, cela m’offre de la visibilité”

Luc Michelet, du Potager des Monts d’Orb
Luc Michelet, le Potager des Monts d’Orb. Ph. DR

Pour le producteur du Potager des Monts d’Orb (Hérault), Luc Michelet, 34 ans, faire pousser des légumes et fruits locaux de saison (en ce moment, tomates, aubergines, courgettes, pêches, melons…), produire du miel, vendre des oeufs est une reconversion originale récente, débutée en avril dernier. Cet ancien salarié de Darty durant 10 ans a acheté 1 500 m2 de terrain à la Tour-sur-Orb, à côté de chez lui, il y a un an.

Le maraichage et les fruits en légumes “en agriculture raisonnée et donc non traitée”, “c’est tout nouveau pour moi”, dit-il. A peine familiarisé qu’il était jusque-là au travail de la terre via “le jardinage et à titre de loisir”. Il ajoute : “Les gens recherchent des produits de qualité, sans pesticides.”

Au printemps, il voit un post de Drive Fermiers et se propose d’être un testeur de cette plateforme. “C’est un moyen de mettre en avant les producteurs locaux. Comme je suis nouveau, cela m’offre de la visibilité. Et cela va permettre au consommateur de sélectionner à côté de chez soi un producteur qui vend du frais.”

Luc Michelet va mettre en place son organisation : à l’occasion de certains marchés, où il tiendra son étal, les consommateurs qui auront auparavant acheté ses produits via Drive Producteurs pourront aller y retirer leur commande. À d’autres moments, précise-t-il, “il y aura des points de collecte dans des communes. Un parking d’un supermarché à la Tour ou sur une place à Bédarieux, par exemple”.

“Notre but, c’est de démontrer que notre offre en temps réel est simple et pratique”

Ph DR.

Pourquoi le consommateur, qui a déjà mille choix aujourd’hui comme aller récupérer des produits directement à la ferme, chez un producteur, de s’abonner à une Amap, de recourir à un Drive fermier réseau créé par les chambres d’agriculture etc., serait-il client de Drive Producteurs ?

Il dit : “Si je connais un producteur personnellement, et que je veux m’y rendre, il faut que je prenne ma voiture pour aller à sa boutique ou à sa ferme. Il faut qu’il ait du stock ; que les prix n’aient pas forcément changé sans que je le sache. Et puis avec notre solution, vous pouvez vous rendre compte, par exemple, qu’à côté de votre lieu de travail, il y a un marché où un fermier propose du click and collect. Pourquoi ne pas envisager cette solution dans ces conditions ?”

Quant aux chambres d’agriculture, “elles ont juste mis en lumière ce qui existe, y compris des revendeurs. Les Drive Fermiers ou les Bienvenues à la Ferme, cela peut fonctionner comme nous mais à l’échelle d’une ville ou d’une métropole, analyse Maxime Donato. Notre but, c’est de démontrer que notre offre en temps réel est simple et pratique.”

Leur défi : que la promesse de départ soit au rendez-vous, y compris que le site fonctionne sans bug

Il ajoute un fait important : la qualité des produits, la certification bio, par exemple, même si celle-ci n’est pas un gage en soi de qualité gustative, aromatique et au niveau des vitamines. “C’est prévu. Cela fait partie de la prochaine étape. Déjà pour s’inscrire il faut être producteur. Il y a une demande de documents à l’inscription. Pareil pour les produits transformés. C’est de la vente directe, pas de la revente.”

Un effort sur les produits frais… Photo d’illustration DR

Côté producteurs, complète Maxime Donato, “c’est un outil où leurs produits sont mis en avant. Il pourra gérer son planning, ses créneaux, ses conditions d’ouverture. Et, à côté, il peut gérer ses stocks. C’est le producteur qui gère lui-même ses commandes ; qu’il les accepte ou qu’il les refuse. Et les prépare”. Il complète : “On essaie de se positionner comme un outil complétant l’activité du producteur. Il va nous utiliser pour communiquer et se mettre en avant. Chez nous, il n’y aura pas de revendeurs. Ou de produits venant d’Espagne ou d’ailleurs.” 

Leur défi : que la promesse de départ soit au rendez-vous, y compris que le site fonctionne sans bug. “L’offre existe mais elle pourrait être nettement simplifiée si la demande répond, précise-t-il encore. Aujourd’hui, une Amap, la grande distribution, ce sont des offres hyper-visibles et accessibles. Si j’oublie une salade, je vais faire spontanément un détour par une grande surface… Nous, demain, en se connectant sur notre site, on verra instantanément les possibilités et les prix autour de chez soi. Et là, on pourra se rendre compte que la salade à 1 € chez le producteur du coin se retrouve à 1,6 € en GMS et qu’elle n’est pas forcément d’un producteur français.”

De vrais producteurs de la région

Et il faut que la promesse soit de qualité. Frais ou ultra-frais, aussi, s’agissant des oeufs ou des salades, par exemple. “C’est vrai que pas mal de consommateurs disent vouloir acheter du bio, pose Maxime Bonato. Pour nous, ce sera indispensable et pour cela il faut que l’on puisse le vérifier. Aujourd’hui, on se concentre déjà sur les vrais producteurs ; qu’il n’y en ait pas qui revendent d’Espagne. Ensuite, ce sera intéressant de pouvoir proposer des produits bios ou qui ont d’autres certifications. Quand à une salade qui ne soit pas chiffonnée, cela est entré très tôt dans ma réflexion. En fait, proposer des produits frais et bons, cela en va de la survie des producteurs. Si demain, des produits ne sont pas bons ; s’il vend des salades de trois jours ; des tomates qui se détériorent, le producteur n’aura pas de clientèle.” Ce qui desservira aussi la réputation de Drive Producteurs. “Ce ne sont pas des craintes que j’ai.”

La crise a été un formidable accélérateur du circuit court. Ce système favorise le bon et le bien manger, en respectant le producteur. Mais elle a aussi engendré nombre d’opportunistes. L’une des grandes spécialistes dans ce domaine, Yuna Chiffoleau, de l’Inrae de Montpellier, nous avait expliqué comment distinguer le bon grain de l’ivraie. Et cite des exemples vertueux à suivre.

Olivier SCHLAMA

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