Foot et BD (6) : Sommets en tricolore, des Bleus et des Diables rouges

Faro, l'un des spécialistes du football en BD... Avec ici l'album "Deschamps 1er roi des Bleus (éd. Jungle/France Football)

Si la BD franco-belge est au coeur du 9e Art et les deux pays indissociables, les équipes de foot des deux nations ont aussi une vieille histoire commune qui remonte au… 1er mai 1904 ! pour un score de 3 buts à 3. Dernier match en date, en 2015 et victoire des Diables rouges sur les Bleus, 4 buts à 3. Le 7 juillet 2017, les féminines ont inversé les rôles, sur la pelouse du stade de La Mosson, à Montpellier, 2-0 pour les Françaises. Mais tournons la page ou, plutôt, les pages…

Double face pour Le Journal de Spirou (n°3972)

Le 28 mai 2014, Le journal de Spirou proposait à ses lecteurs un Spécial Brasil double-face. Avec une face Bleu-Blanc-Rouge pour l’équipe de France, l’autre Noir-Jaune-Rouge pour la sélection belge, les Diables Rouges. Bel hommage de la BD franco-belge à ces deux formations qui ont maintes fois eu les honneurs des albums… Le 1er juin 2016, fidèle à sa tradition sportive, l’hebdomadaire proposait cette fois un spécial Euro (qui se déroulait en France) avec de nombreux courts récits autour du ballon rond. Pour l’événement, les éditions Dupuis proposaient même d’offrir un maquillage de supporter pour l’achat d’un album ! A l’intérieur, quelques clins d’oeil aux deux équipes tricolores, bien sur…

Même si ce n’est pas toujours pour le meilleur, les deux sélections nationales ont ainsi souvent nourri l’inspiration des auteurs, fournissant une belle brochette d’albums sur tous les tons : histoire, humour, coulisses, exploits ou toile de fond pour une enquête…

De Reding à Bercovici… Tout sur les Diables rouges !

Comme de juste, les deux pays phares de la bande dessinée dite franco-belge ont une place à part dans cette chronique. En 1982, Raymond Reding réalise un album hors-série de sa série Eric Castel : Allez les Diables Rouges ! (Novedi), récit des phases de qualification qui mèneront l’équipe de Belgique à la Coupe du Monde en Espagne, où elle échouera au second tour alors disputé par poules de trois équipes pour accèder aux demi-finales. En 1990, à l’aube de la Coupe du Monde en Italie, le lion mascotte de l’équipe de Belgique était le héros de Diabolix et les Diables rouges (Attanasio/Khalid, Paul-Ide éditions)…

Plus récemment, André Lebrun et Philippe Bercovici (un dessinateur habitué des pelouses dessinées) ont déjà livré cinq tomes de leur série Les Diables Rouges, commencée avec Destination Brésil (2013, Joker Editions) pour les qualifications à la Coupe du Monde 2014, le tome 5 de la série affirme On peut le faire ! (2016, Joker Ed.) en annonçant la participation à l’Euro 2016, en France. Deux des meilleures productions en la matière.

La période faste du football belge dans les années 2000 a aussi inspiré d’autres auteurs. Ainsi Philippe Glogowski imagine dès 2013 les Diables Rouges en finale de la Coupe du Monde brésilienne (Le rêve brésilien, T1 et 2, 2013, TJ Editions). Le tome 1 est aussi enrichi de plusieurs pages réalisées par Renaud, retraçant sous forme de flash-backs l’histoire de la sélection depuis 1930. Moins ambitieux, les auteurs ont évité les pronostics en réalisant Les Diables à l’Euro (2016, TJ Ed.), avec toujours des pages historiques sur le football belge. Un troisième tome paru en 2016, à l’occasion de l’Euro en France.

Humour et autodérision… deux valeurs belges

L’humour, une des grandes valeurs de l’esprit belge (la « belgian touch » chère à la journaliste Rosanne Mathot) se retrouve dans les deux tomes de la série Les Diables Rouges… du FC Petit-pont (En live depuis la Cinquième provinciale, 2013 et Petit-Pont et… company, 2014 ; Joker Editions) , petits bijoux d’autodérision mettant en scène les joueurs d’une équipe de 5e Provinciale, écrits par l’échevin des Sports de la commune de Jette, Benoît Gosselin et dessinés par Marc Daniëls. Humour et dérision, ce sont aussi les ingrédients des Diablitos (Ecolage immédiat, 2016, Joker éd.) dans lequel Jean Derycke et Philippe Bercovici (il est partout !) plongent avec une malice parfois grinçante dans l’enfance imaginaire de l’effectif actuel des Diables.

Jules et Léo Loden sauvent la Coupe

Au moment d’évoquer les Bleus en bande dessinée se pose un dilemme : faut-il tout de suite évacuer le pire ou bien savourer d’abord le meilleur ? Par prudence, commençons par la BD officielle de l’Euro 2016 en France… puisqu’elle a existé. Signée Benjamin Ferré et Dario Brizuela elle met en scène Super Victor (mascotte de la compétition) à la recherche du ballon de l’Euro qui a été volé (2016 , Soleil)…

Léo Loden, héros récurrent des éditions Soleil et Jules, mascotte de la FFF… La BD officielle de 1998 promet une finale… prémonitoire !

Une BD officielle, c’était déjà le cas de l’album Léo Loden et Jules (la mascotte de la Coupe du Monde 1998) sauvent la Coupe du monde, en 1998 (éd. Soleil). Seul fait marquant, les auteurs (Arleston et Glaudel au scénario, Carrère pour les dessins) y prévoyaient une prémonitoire victoire de la France sur le Brésil en finale

On peut s’attarder un peu plus sur Deschamps 1er Roi des Bleus (2016, Jungle/France Football) par Faro, dessinateur pour l’Equipe, France-Football et La chaîne L’Equipe, qui propose de partir à la découverte des coulisses de l’Equipe de France depuis l’arrivée de Didier Deschamps aux commandes (2011). Si l’esprit est à la parodie, Faro montre qu’il est un fin connaisseur du milieu du foot et les situations décrites sont le plus souvent très proches d’une réalité qui, il est vrai, semble parfois plus improbable que la fiction. Le sélectionneur des Bleus est plutôt épargné, ce qui n’est pas le cas de tout le monde !

Et en particulier d’un autre sélectionneur : Raymond Domenech. Désormais chroniqueur fort plaisant sur La chaîne L’Equipe, l’ancien boss des Bleus au caractère bien trempé et aux péripéties mémorables était une cible idéale pour les humoristes de la BD, avec plusieurs albums. Citons Domenech, en bleu… et contre tous de Faro (éd. Carabas), les deux premiers tomes de la série Banc de touche (La bande à Raymond ! et Le grand fiasco; Tourriol, Fernandes, Carrères, éd. Kantik) et Il faut shooter Domenech (Mickay et Juga; éd Hugo BD).

Des expériences surprenantes…

Humour encore, avec l’incontournable Bercovici qui a signé le one-shot Objectif deuxième étoile ! sur scénario de Lebrun (2014, Joker), avant la Coupe du Monde au Brésil de 2014. Certes l’album étant réalisé sous l’égide de la FFF (Fédération française de football) il reste dans les limites du raisonnable, mais le ton est amusant et plutôt bien réussi, au point de figurer cette année là dans le Top 20 de Livres Hebdo, tous genres confondus. Et humour, toujours, avec Le réveil des Bleus (Carrère, Tourriol, Fernandes, éd. Hugo BD). voilà, c’est dit.

Il faut bien avouer que l’engouement pour l’équipe de France a rarement enfanté des albums inoubliables. Mais quelques expériences surprenantes… telle l’éphémère « première revue de football en bandes dessinées », avec Michel Hidalgo comme conseiller sportif, destinée à soutenir les Bleus alors en partance pour l’Argentine (1978)… Ou Les enfants du foot (Chatard/Gohérel, éd. Lavauzelle) préfacé en 2012 par le président de la FFF, Noël Le Graët. Et en 2008, JPS et Fénix signaient Au coeur des Bleus (éd. Jungle), dans lequel le jeune Théo était adopté comme « mascotte » par la génération des Anelka, Ribéry, Benzema (T2 en 2010)… Pas de quoi marquer l’histoire de la bande dessinée !

Vingt ans après… Sortie en mai 2018 pour ce rappel des coulisses de l’équipe de France avant la première étoile !

On peut souhaiter  un meilleur destin au tout récent album signé par Gérard Ejnès (ancien rédacteur en chef de L’Equipe) et Faro (encore lui) : Bleus 98, de l’enfer au paradis (éd. Jungle). Cette fois, pas de plans sur la comète en prévision de la Coupe du Monde 2018 en Russie, mais la présentation bien informée des coulisses de l’équipe de France de 1993 à 1998, sous la houlette d’Aimé Jacquet : « Une équipe à laquelle peu de gens croyaient et qui s’est construite face aux critiques… » Une bonne occasion de se replonger sur cette époque glorieuse, juste vingt ans après ! Et un ultime strip à savourer qui nous transporte en… 2028 !

Beaucoup de productions, mais hélas pas grand chose de mémorable. Comme quoi, les plus grandes équipes n’inspirent pas forcément la créativité. Un dernier mot, cependant, sur les productions Disney (qui feront l’objet d’un prochain chapitre), avec Le journal de Mickey qui a fréquemment publié des numéros spéciaux à l’occasion des grandes compétitions. Le 7 juin 2006, par exemple, avec un spécial Coupe du Monde et deux BD de Donald consacrées au foot. Mais il reste encore quelques chapitres, avant le 14 juin, pour découvrir combien la BD peut se nourrir des pelouses du monde… A suivre !

Philippe MOURET

Toutes les chroniques précédentes en cliquant ICI !

Hommage à Henri Michel (1947-2018), décédé le 24 avril dernier, présent dans un album de la série Eric Castel (Droit au but !, T4) qui voyait un affrontement entre le FC Nantes et son capitaine emblématique et le FC Barcelone du héros de BD, sur la pelouse du stade Marcel-Saupin…