Bourdons, carillons et sonnailles : fondez pour les cloches d’Occitanie

Le clocher de la cathédrale Saint-Etienne, à Cahors (lot) a fait l'objet d'une restauration financée par l'Etat... Photo D.-R.

La mairie de Toulouse a bien l’intention de se faire entendre, en lançant un financement participatif pour la fonte publique de trois nouvelles cloches, destinées à la basilique Notre-Dame de la Daurade… Un projet exceptionnel qui va enrichir la liste des cloches de la région, sans la moindre référence péjorative ! Avec notamment le carillon de 24 timbres de Portet-sur-Garonne et bien d’autres, recensés sur l’exceptionnel site de l’école occitane de Carillon. Et pour en savoir un peu plus, envisagez donc une visite à Hérépian (Hérault), au musée de la cloche et de la sonnaille…

Lancer un financement participatif (jusqu’au 30 juin, pour participer c’est ICI) pour la fonte en public de trois nouvelles cloches, c’est un pari qui ne manque pas d’audace… Ce projet exceptionnel s’inscrit dans le cadre de la rénovation de la Basilique Notre Dame la Daurade. Cette année, la ville de Toulouse se consacre à la restauration de l’ensemble campanaire, avec la restauration des cloches existantes et, donc, la fonte en public de trois nouvelles cloches.

5,3 M€ pour restaurer La Daurade

Un vaste plan de rénovation a été entrepris pour la basilique. Photo D.-R.

L’ensemble campanaire actuel est constitué de cinq cloches situées dans le petit clocher : Les trois plus grosses sont à l’intérieur (dont deux équipéesz pour sonner « à la volée »), Les deux plus petites sont placées dans la fenêtre Nord. Parmi les cinq cloches actuelles, l’une d’entre elles (initialement Fa #) émet un son faux, c’est pourquoi elle doit être refondue. L’objectif est donc d’en fondre une nouvelle de 115 Kg afin qu’elle puisse jouer la note Fa #, et deux cloches supplémentaires qui enrichiront le carillon : Do # (225 Kg) et La # (52 Kg). Ainsi, les toulousains pourront entendre de nouveau les cloches de la Basilique, et celles-ci pourront notamment jouer l’air de La Toulousaine (1) l’hymne historique de la Ville Rose (1882), avant que Nougaro n’immortalise à son tour la cité avec son Toulouse !

Le montant total de la restauration de la Basilique s’élève à 5,36 M€. Parmi ce budget, 47 000 € permettront la restauration de l’ensemble campanaire. « Nous faisons aujourd’hui appel à la générosité des Toulousains, à hauteur de 30 000€ pour financer la fonte en public des 3 nouvelles cloches. Le rendez-vous est fixé aux 15 et 16 septembre prochains, à l’occasion des journées européennes du Patrimoine, pour assister sur le quai de la Daurade à la fonte de ces trois nouvelles cloches en public… », explique-t-on du côté de la municipalité.

 A terme, l’intérieur de la Basilique dans sa totalité sera restauré, ainsi que l’ensemble des toitures, des façades et le clocheton de l’édifice. La mise aux normes, avec réalisation d’un accès pour les personnes à mobilité réduite, et la réouverture du grand portail, situé quai de la Daurade, font également partie du projet. Au total, la Mairie de Toulouse consacrera plus de 5,3 M€ à cette restauration qui va bénéficier d’une subvention de l’Etat à hauteur de 20 %. La French Heritage Society, association américaine de défense du patrimoine français auprès de laquelle la Mairie de Toulouse a candidaté, a attribué un prix de 10 000$ pour la restauration des fresques de la Basilique.

Le singulier carillon de Portet-sur-Garonne

Le carillon très spécial de Portet-sur-Garonne. Photo D.-R.

En 2017, c’est l’église Saint-Martin de Portet-sur-Garonne (Haute-Garonne), classée monument historique, qui avait tenu la vedette. Son clocher-mur arbore cinq cloches, la plus ancienne datant de 1558, dont deux Demoiselles de Louison, du nom de leur créateur, le fondeur toulousain Louison. Autre particularité de l’édifice : les cloches sont accompagnées d’un carillon indépendant qui possède 24 timbres (photo), dont la sonnerie en volée tournante est spécifique à la région.

La commune a confié à la société spécialisée Bodet (premier fabricant français d’horlogerie d’édifices), la restauration du carillon de l’église et de son clavier à poing en bois. Une mission délicate, -comprenant la restauration du clavier et de la cabane du « sonneur » à effectuer sur-place-  qui a nécessité l’aide d’une grue, a été menée par l’équipe de Pascal Minier, chef d’agence Sud-ouest de Bodet Campanaire : «Nous sommes fiers de participer chaque jour à la sauvegarde du patrimoine culturel» indiquait ce dernier, au moment du lancement de l’opération. La cabane du «sonneur» abrite le clavier qui permet au carillonneur de jouer ses mélodies. Habituellement elle se trouve à l’intérieur du clocher. Ici la particularité du clocher-mur fait qu’elle est placée à l’extérieur en porte-à-faux dans le vide. Et pour tout savoir sur les carillons d’Occitanie une seule adresse sur internet, en cliquant ICI.

De 2016 à 2017, l’Etat a réalisé 360 000 euros de travaux de restauration pour la cathédrale Saint-Etienne de Cahors (dans le Lot), un édifice classé monument historique. A l’issue des travaux, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) maître d’ouvrage, jugeait que « les entreprises, sélectionnées pour leur savoir-faire, Rodrigues-Bizeul, Camblong, Mas-Boras, Bodet et Laumaillé, ont su répondre en parfaite coordination aux exigences de Jean-Louis Rebière, architecte en chef des monuments historiques. » En 2013, avaient été inaugurés des vitraux de l’artiste Gérard Collin-Thiébaut et du maître-verrier Pierre-Alain Parot. Un autre site à noter, donc, sur l’itinéraire des cloches occitanes !

Bienvenue à Hérépian, des cloches et des bulles

Bienvenue à Hérépian dans le département de l’Hérault… Photo D.-R.

A quelques 200 kilomètres de Toulouse, dans le département de l’Hérault, la commune de Hérépian propose quant à elle son Musée de la cloche et de la sonnaille. Il proposera notamment, le 25 avril, une visite commentée sensorielle, dans le cadre des Journées nationales Tourisme et Handicap (pour tous publics, en particulier pour les déficients visuels). La saison d’ouverture de l’établissement est cependant fixée cette année au 2 mai (et jusqu’au 31 octobre). En savoir plus en cliquant ICI. Une bonne étape pour ceux qui suivent la voie verte qui traverse le Parc Naturel régional du Haut-Languedoc.

L’idée de créer un tel site à Hérépian est née de la présence dans le village d’une fonderie de cloches restée dans la famille Granier de 1600 à 1994. Cloutiers depuis 1600 à St Laurent des Nières dans l’arrière pays héraultais, ils deviennent ensuite  esquilièrs (sonnaillers en occitan). Au début du XXe siècle, ils commercialisent leurs productions dans tout le midi de la France, en Espagne, et même au-delà vers l’Argentine.

Les cloches, au centre de la cité de Hérépîan… Photo droits réservés

Après la première guerre mondiale, Joseph Granier étend les activités de l’atelier en se lançant dans la fonderie proprement dite avec la production de  grelots et de clochettes. C’est à partir de 1931 qu’ils décident de réaliser des cloches d’église après avoir acheté les tracés nécessaires en Allemagne. Une première coulée est bientôt réalisée pour les cloches du village d’Autignac puis pour le bourdon de Lodève (2 tonnes). Peu à peu la fonderie assoit sa renommée. En 1935, Joseph Granier fond la sonnerie de l’Abbaye d’En Calcat (5 cloches pour un poids total de 4t). La  plus grosse cloche coulée par la famille Granier est le bourdon de la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers en 1938 : un si bémol de 4000 kg.

En 1990, Marc-Hervé Bruneau prend la succession de François Granier et la fonderie s’associe alors à la société France Carillons. Les deux entreprises s’installent en mai 1994 dans les bâtiments à proximité du musée. A côté de la traditionnelle fabrication de cloches, elle développe également une importante activité de fonderie d’art. Fermée en 2011, elle était la fonderie la plus ancienne de France et la seule à fabriquer les trois sortes de cloches : Sonnailles de tôle cuivrée utilisées pour le bétail, grelots et clarines en métal fondu, et cloches d’église. En 1989, une étude ethnologique et technique a été décidée pour enregistrer son savoir faire. Cette étude programmée par l’Odac du Conseil Général de l’Hérault a permis la réalisation d’un film et d’un mémoire  qui a abouti à la création du musée. (Accès au site, horaires, tarifs, etc en cliquant ICI).

Un tout autre sujet, mais qui concerne également Hérépian, c’est ici que du 25 au 27 mai prochain aura lieu la 9e édition du festival de bande dessinée BD’Répian, un rendez-vous sympathique et champêtre…

Non loin de là, toujours dans l’Hérault, l’espace Vins et Campanes de Magalas regroupe deux activités séculaires, le musée François GRANIER de L’art des Cloches, avec sa collection unique dont la pièce maîtresse est le carillon Jan Donnes, composé de 40 cloches. Le lieu s’enrichit d’un espace viticole, vitrine promotionnelle de vins et produits du terroir local (dégustation gratuite et animations toute l’année) En savoir plus sur la région : en cliquant ICI.

En Lozère, au son des sonnailles…

Un autre son de cloches, en Lozère le 28 mai prochain… Photo D.-R.

Allez ! Encore 180 kilomètres pour rejoindre le col de Bonnecombe, en Lozère. C’est ici que chaque année, lors du week-end le plus proche de la date du 25 mai, a lieu la fête de la transhumance.

Pour la saint Urbain, les troupeaux de bovins montent en effet depuis les vallées environnantes sur le plateau de l’Aubrac et passent tout l’été dans les verts pâturages avant de redescendre en octobre pour la saint Géraud. Depuis 1993, cette tradition ancestrale de la transhumance est devenue une grande fête populaire vive et colorée, bercée par le son des cloches qui pendent au cou des bovins. Le spectacle du passage des troupeaux décorés, est accompagné de nombreuses animations et d’un repas avec au menu l’incontournable aligot. Cette année, c’est le dimanche 28 mai (plus en cliquant ICI)…

Philippe MOURET

Carte illustrée reproduisant un homme chantant « La Toulousaine ». Sous le dessin partition et paroles en occitan du refrain . Carte postale couleur, 10 x 14cm ; imprimerie, Barré et Dayez, 1949. Archives municipales de Toulouse, 9 Fi 6849
(1) De la « Toulousaine » à Nougaro… S’il est une chanson qui, avant celle de Claude Nougaro, a représenté de manière forte l’identité locale, c’est bien cette « Toulousaine » ou plutôt cette « Toulousaino » en langue d’oc. C’est en 1845 que Louis Deffès (1819-1900) mit en musique ce poème que l’écrivain occitan Lucien Mengaud (1805-1877) avait écrit l’année précédente, mais ce n’est qu’en 1882 que le grand musicien l’offrit à la Ville de Toulouse. Cet hymne fut chanté pour la première fois sur la scène du théâtre du Capitole le 30 avril 1845, et on en fêta le cinquantenaire en grande pompe au Grand-Rond en 1895. Trois ans plus tard, à l’occasion de la fête des Cadets de Gascogne, Léon Bourgeois, ministre de l’Intérieur, s’exclama après l’exécution de ce morceau : « Il n’est pas au monde une ville qui ait un chant pareil à celui que nous venons d’applaudir ; la Toulousaine est le chant national de Toulouse, connu de toute la France. » De nombreux maires l’entonnèrent par la suite mais cet air n’est pratiquement plus aujourd’hui chanté que dans la cour de l’hôtel du May, chez les Toulousains de Toulouse. Il est également chanté lors de chaque finale du Concours international de chant de Toulouse. Il a été supplanté depuis 1967 par la belle chanson de Claude Nougaro, « Toulouse », dont le refrain n’est d’ailleurs autre que le premier vers de la Toulousaine : « Ô moun pays! ô moun pays ! ô Toulouso,  Toulouso ! »… Source : archives de Toulouse