Famille Syx : De Montpellier à Tahiti pour la vie !

Françoise Syx : ""Ici, notre famille est sportive et on ne quitte pas le lagon ! C'est vrai que la principale difficulté, c'est d'avoir notre famille très loin ; ce n'est pas facile surtout quand certains vieillissent. Mais c'est un choix qu'on assume." Photos : DR.

A la tête d’une filiale d’une banque spécialisée, Françoise Syx, son mari et ses deux enfants, sont établis à Tahiti, capitale de la Polynésie française, depuis 15 ans. Elle n’envisage absolument pas de revenir à Montpellier. Même si la vie y est très chère et que sa famille est très loin. « On a totalement changé de mode de vie », dit-elle. C’est une bonne approche : il est plus difficile de revenir des tropiques que de s’y installer.

Il est plus difficile de revenir de l’étranger que de s’y installer. C’est un postulat immuable. Il faut retrouver ses marques dans son pays de naissance où l’on peut finir par s’y sentir  comme un étranger… La situation de l’Hexagone évolue année après année. En… pire. La crise, qui vous a peut-être donné un argument supplémentaire pour fuir une métropole angoissante, a aussi enfoncé un peu plus le pays dans la sinistrose. Quant à la paperasse à remplir pour revenir fouler le sol natal ? Elle vous surpasse… Sans parler de retrouver un job : blocages administratifs, baisse de salaire et même difficulté à valoriser son expérience passée sous les cieux ensoleillés. Le précédent gouvernement – l’actuel semble le confirmer – avait d’ailleurs annoncé une batterie de mesures pour améliorer la réinstallation de ceux, des milliers chaque année, qui, parmi les quelque 2,5 millions d’expat’ de par le monde, rentrent at home.

En Polynésie, on a un mot pour définir cet état entre deux états : avoir le fiu. Le cafard. Une mini-dépression. Tu fermes tes volets et tu adresses aux autres une image de ton mal-être, en disparaissant du paysage. En bon Sétois, on appelle cet état le beuel. La sénatrice des Français de l’étranger et ex-ministre, Hélène Conway-Mouret, a même produit un rapport qui fait date. Commandé par l’ex-Premier ministre Manuel Valls, il préconise un choc de simplification, un soutien plus important de Pôle emploi enjoint de former ses conseillers en conséquence, idem pour les autres administrations, prestations familiales, fisc, CPAM…

La génération Erasmus, puis la génération Schengen, ont montré que la mobilité internationale va crescendo ; que les voyages forment la jeunesse et remplissent le CV autant que le bagage intellectuel ; ouvrent l’esprit à une adaptation locale parfois aux forceps…  « On se sent plus reconnus avec une expérience à l’étranger », commente ce jeune trentenaire vivant en Espagne et travaillant dans une compagnie d’assurance.

Entre deux millions et deux millions et demi de nos compatriotes vivent – et à 80 % travaillent – dans un autre pays, soit entre 3 % et 3,5 % de la population française

La mondialisation s’accentue : au 31 décembre 2015, les registres consulaires français faisaient état de 1,7 millions de Français vivant à l’étranger, soit une hausse de… 35% en dix ans ! Tous les expat’ ne sont pas inscrits sur ces registres. Mais la tendance générale se confirme : entre deux millions et deux millions et demi de nos compatriotes vivent – et à 80 % travaillent – dans un autre pays, soit entre 3 % et 3,5 % de la population française.

Il est plus difficile de revenir de l’étranger que de s’y installer. A moins d’y rester définitivement ! C’est le choix de la famille Syx, membre de Racines Sud. Françoise, 50 ans dans un mois, ne reviendrait pas à Montpellier, pourtant adorée, pour rien au monde. « S’il le fallait, bien sûr, nous reviendrions mais notre vie est ici », confie cette responsable régionale de Crystal Finance, à Papeete, la capitale de la Polynésie française. Cette banque, dont le siège est à Montpellier, est spécialisée dans les produits financiers, les conseils en placements et retraites pour les expatriés et non résidents justement.

La France est morose. Quand on est expat’, « un fossé se creuse avec les amis restés en France ; on n’a pas le même mode de vie, même si on a un plaisir infini de revenir régulièrement les voir comme revoir la famille. En un mot : on a adopté un autre mode de vie. »

Françoise Syx
Françoise Syx

« On a d’abord eu une expérience qui s’est avérée finalement assez traumatisante en Côte d’Ivoire fin 1999, au moment du coup d’état. On est finalement restés trois ans et demi au total mais on n’avait pas envie de rentrer en France », lâche cette montpelliéraine de « coeur », née à Carcassonne (Aude), et maman d’une jeune fille de 16 ans, Lilou, et d’un fils de 10 ans, Kévin. Pourquoi ? « La France est morose. Quand on est expat’, « un fossé se creuse avec les amis restés en France ; on n’a pas le même mode de vie, même si on a un plaisir infini de revenir régulièrement les voir comme revoir la famille. En un mot : on a adopté un autre mode de vie. »

L’envie de « se poser dans un pays où l’on peut penser sereinement à l’avenir des enfants a fait le reste : « On a choisi la Polynésie où l’on s’est installés le 3 mars 2003 parce que le stress n’y existe pas ni l’insécurité. Il y a une vraie douceur de vivre. Et puis on a un peu l’esprit d’aventure. » Partir sous les tropiques, c’est la tarte à la crème : l’idée traverse l’esprit de tout un chacun. Mais, même « s’ils ne sont pas satisfaits de leur vie,  la très grande majorité ne franchit pas le pas ».

Un jour, dans un séminaire, un ami me dit : « Qu’est-ce que tu t’emmerdes en France, part à l’étranger ! »

Pourquoi ne pas envisager le retour un jour dans l’Hexagone ? « Je ne pensais jamais quitter Montpellier, remonte Françoise Syx, qui a fait ses études au Clapas. J’ai épousé un Montpelliérain, et j’étais persuadée que je passerai toute ma vie à Montpellier. Et puis mon mari, directeur commercial d’une chaine de magasins de sports à l’époque, avait été muté à Nice. J’étais déjà salariée de Crystal finances mais, à Nice, il n’y a pas beaucoup d’expatriés. Du coup, j’ai bossé comme mandataire. » La situation professionnelle ne la satisfait pas. « Un jour, dans un séminaire, un ami me dit : « Qu’est-ce que tu t’emmerdes en France, part à l’étranger ! » Ce fut la Côte d’Ivoire pour commencer avec une grande satisfaction, celle « d’être attendue et bien accueillie par les non résidents, heureux de pouvoir rencontrer un conseiller. Et pour moi une grande joie de passer un seul coup de fil – au lieu de 50 en France – pour prendre un rendez-vous ! »

Et quand nos propres enfants auront besoin de faire des études en métropole, eh bien on fera avec. Ils les feront sans nous. On a posé nos valises. Et on les laisse ici. »

« En fait, on a totalement changé de mode de vie », explicite Françoise Syx. « Et celle-ci nous plaît. » Ah, c’est vrai que si l’on est un indécrottable citadin, habitué à vivre de nombreux événements culturels, Tahiti où il y a certes deux cinémas et le fameux Heiva (compétitions annuelles d’écoles de danses polynésiennes, une religion dans l’archipel des îles de la Société) qui dure des semaines, peut être vécu comme une prison dorée.

« Ici, notre famille est sportive et on ne quitte pas le lagon ! C’est vrai que la principale difficulté, c’est d’avoir notre famille très loin ; ce n’est pas facile surtout quand certains vieillissent. Mais c’est un choix qu’on assume. Et quand nos propres enfants auront besoin de faire des études en métropole, eh bien on fera avec. Ils les feront sans nous. On a posé nos valises. Et on les laisse ici. »

Il faut cependant aussi avoir la capacité financière pour faire ce choix : la vie en Polynésie est 40 % plus chère qu’en France. Surtout si l’on veut aller skier au Chili ou en Californie ! Car même les Polynésiens aiment s’expatrier… le temps des vacances !

Olivier SCHLAMA