Hérault : Le 1er paramoteur électrique à pilotage assisté électrise le vol libre…

L’Homme a toujours rêvé de voler ! La société héraultaise Ionbird a conçu un appareil électrique révolutionnaire. Les commandes affluent. Une idée qui colle à l’air du temps…!

Le rêve ! Tutoyer les cimes. Percer les nuages en silence. N’entendre que le fouet de l’hélice répondant aux battements d’ailes des oiseaux. Prendre de la hauteur… Voler sans se défiler. Sans pour autant jouer les trompe-la-mort comme le célèbre Franck Zappatta et son coûteux flyboard à 1,8 M€. Non, juste accomplir le plus vieux rêve de l’humanité : voler. Pour soi. Sans contrainte. C’est ce que l’actuel paramoteur à essence permet, mais avec pas mal de gênes : un bruit de mobylette lancinant, un carburant huile/essence des plus polluants… L’appel est d’autant plus fortement ressenti que nous vivons une période de confinement. De masque sur la lippe.

Premier paramoteur électrique avec assistance

La société Ionbird, basée à Lauret (Hérault), permet justement de réaliser ce rêve avec davantage de facilité qu’avec paramoteur thermique. En inventant le premier paramoteur électrique avec assistance au pilotage. L’invention s’est cristallisée autour d’un passionné, Georges Blottin, pilote lui-même, instructeur de parapente et paramoteur, de l’Esma l’école de pilotage d’avions de Montpellier et ancien d’Air Littoral (1). Certes, pour l’un ou l’autre, thermique ou électrique, il faut d’abord en passer par un brevet idoine pour piloter légalement ; soit une vingtaine d’heures de de cours dans une école un peu comme on le fait pour le permis de conduire.

Il faut aussi débourser la coquette somme de 15 800 € (11 500 € sans l’aile) pour acquérir ce bijou capable de percer la limite des 1 500 mètres d’altitude et de voler à 30 km/h pendant une heure d’autonomie. Mais à y regarder de près ce n’est pas plus cher que beaucoup d’autres sports mécaniques ; qu’une moto équipée pour le cross ou qu’un simple et bruyant jet ski… Ce paramoteur – sans entretien – a, lui, des particularités qui font grimper sa cote et remplir le carnet de commandes.

Nous prévoyons d’en fabriquer 200 unités cette année et nous avons un millier d’intentions d’achat »

Vick Hayford, directeur exécutif
Vick Hayford. DR.

« Beaucoup de gens rêvent de voler, pose Vick Hayford, directeur exécutif de Ionbird. Aujourd’hui, la seule culture du vol c’est de monter dans un mono-couloir pour une destination plus ou moins lointaine… La 3e génération de notre paramoteur Exomo est pourvue d’un moteur électrique. Nous en avons déjà vendu 30 exemplaires, 25 autres sont en commande, nous prévoyons d’en fabriquer 200 unités cette année et nous avons un millier d’intentions d’achat. » Cette niche commerciale surfe sur cette envie bien compréhensible de liberté, de s’aérer en toute liberté, et en toute discrétion, l’attention totalement tournée vers un seul but : la contemplation…

Trois publics distincts intéressés

« Trois publics distincts s’intéressent à notre machine, précise-t-il. Celui qui pourrait en faire un usage professionnel, comme le secours à personne, par exemple, ou pour la prise de vue à une hauteur que le drone ne peut pas atteindre. C’est un marché émergent. » Ensuite, il y a les passionnés de vol libre, en paramoteur traditionnel, qui redécouvrent cette activité se pratiquant avec davantage de sérénité, silence de l’électrique oblige. Et puis, il y a les ceux que les qualités de cette machine vont décider à franchir le pas. « Ce sont des gens qui rêvent de voler et qui songent à passer au vol libre grâce à l’électrique. Et notre modèle plait tout de suite : il pèse 35 kg mais il est positionné haut sur les épaules de telle sorte que l’on en ressent pas ce poids-là ; il est fiable, facile à déployer et permet de s’arnacher et de s’envoler en dix minutes chrono. » Autres clients potentiels, les écoles de pilotage justement.

Demander à la machine de revenir à son point de départ

Et l’Exomo Copilot, c’est son nom, a un atout majeur : « C’est une machine de rupture. Elle peut s’industrialiser facilement ; le design a été revu par rapport aux deux autres générations. Le système électronique embarqué permet une assistance au pilotage à tel point qu’un instructeur peut par exemple prendre les commandes ou que l’on peut programmer un vol ou encore demander à la machine de revenir, seule, à son point de départ. On peut faire des vols en palier et y rester, etc. » Sans oublier que les batteries sont garanties quatre ans et que « l’on peut arrêter la propulsion dès que l’on veut en relâchant les gaz dès que l’on sent une ascendance thermique et monter comme un parapente pour prolonger le vol », dit la société.

Interfaces vocale et visuelle en projet, réalité augmentée

Demain, ses ingénieurs seront à même d’y ajouter des interfaces vocale et visuelle dans une visière ou des lunettes ; y ajouter de la réalité augmentée pour enrichir cette expérience du vol. « Connaître l’histoire patrimoniale du lieu que l’on survole, tout savoir sur un ouvrage d’art, un pont, d’un type d’oiseau que l’on croise… » Ce n’est pas tout. L’engin pourrait servir à l’avenir à la sécurité civile, comme solution intercalaire de l’hélicoptère, à l’utilisation très coûteuse. Pour dépêcher un sauveteur sur le lieu d’un randonneur blessé.

Ionbird a été créée en 2019, après cinq années d’essais et de mises au point en solo. « Dès lors, le créateur Georges Blottin a voulu donner un coup d’accélérateur à son invention, précise Vick Hayford, en faisant appel à une société spécialisée dans l’accompagnement de chefs d’entreprises, Changeons d’Allure, que je dirige », confie  Vick Hayford. Dès lors tout va vite : « Nous avons été accueillis par l’incubateur des Mines d’Alès, une référence ; des pilotes qui croient à ce projet ont mis de l’argent, 50 000 € au total, pour structurer et muscler la société » qui semble prendre son envol.

Taxis volants, vols verticaux…

Il faut dire que c’est une solution alléchante. « D’un côté, il y a le drone dont l’utilisation « explose » mais personne n’imagine embarquer quelqu’un à son « bord » ; De l’autre, il y a l’industrie de l’aviation légère qui réfléchit sérieusement à des solutions « encapsulées » ; des sortes de « taxis volants » ; des vols verticaux, probablement avec de l’hydrogène comme carburant. C’est pour dans 20 ans à 25 ans. De quoi rendre le vol et le ciel plus accessibles… »

En tout cas, ce paramoteur est une première en France où « la fabrication des aérodynes de cette catégorie, à propulsion électrique, relève de l’artisanat ». « Nous assemblons le paramoteur à Lauret. Pour l’instant, le moteur est fabriqué en Europe, en République Tchèque et plusieurs pièces, notamment les composants électroniques sont fabriqués en Asie ; il n’y a que là que l’on en trouve, précise Vick Hayford. Mais nous travaillons de sorte que nous puissions nouer un partenariat d’ici deux ans avec une entreprise toulousaine pour le moteur et nous faisons tout pour trouver des pièces en France. Nous embaucherons dix personnes cette année pour porter nos effectifs à quatorze salariés. »

Olivier SCHLAMA

  • (1) Le créateur. Moniteur de parapente depuis 1992, instructeur paramoteur et créateur de la base Aéronature (à Campagne), Georges Blottin a créé la SAS Ionbird à Buzignargues (Hérault) en juillet 2019, pour concrétiser le lancement à grande échelle des paramoteurs électriques Exomo.
    Georges Blottin.
    Ces derniers sont nés en 2015 de la rencontre avec Francis Deborde, parapentiste, paramotoriste, pilote d’avion et dirigeant de la société Aéro Composites Saintonge (en Charente-Maritime). ACS est devenu le fournisseur principal d’Ionbird pour l’assemblage des batteries. L’équipe s’est renforcée en 2020 avec l’arrivée de Vick Hayford à la direction exécutive, pour piloter l’accélération de l’entreprise. Georges Blottin, président de la SAS, a pris la direction du développement produits. En 2021, le siège social d’Ionbird a été transféré à Lauret.
  • Ionbird est accompagnée depuis mai 2019 par l’Incubateur IMT Mines Alès et a intégré l’Open Tourisme Lab en mars 2020. L’entreprise a obtenu un prêt d’honneur Créalia de 25 000 € en 2020 et bénéficie du soutien de la Région Occitanie. Elle est aussi accompagnée par AD’OCC Sport.
  • Ionbird est membre du pôle de compétitivité sectoriel aéronautique et spatial Aerospace Valley (Toulouse). La start-up est notamment impliquée dans l’initiative Mobilité AErienne Légère et Environnementalement responsable (MAELE), qui rassemble des acteurs régionaux innovants dans le domaine de la mobilité aérienne légère et décarbonée.

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