Confinement : L’amour au temps du coronavirus

Le baiser, geste naturel ou acte transgressif en confinement ? Photo D.-R.

Cette période peut aussi être « un temps parfait pour renforcer notre communication, notre délicatesse, notre écoute de soi et de l’autre, sans quoi le confinement risque de nous abîmer… » souligne le site de L’Ecole de Capucine, fondée en 2017 à Toulouse par la sexologue Capucine Moreau. Cette spécialiste a évoqué pour nous divers aspects de l’intimité dans cette situation extrême. Et des couples nous disent comment ils ont choisi de la vivre…

« Un temps parfait donc pour renforcer notre communication, notre délicatesse, notre écoute de soi et de l’autre… » Photo D.-R.

Certes le confinement est plutôt anxiogène. Mais, comme le conseille L’Ecole de Capucine : « On peut en profiter pour s’explorer, se faire plaisir, étirer le temps, découvrir de nouvelles manières de se caresser… ou bien juste bouquiner (…) Vous pouvez en profiter pour partager quelques séances érotiques, et voyez comment cette période spéciale et ces contraintes peuvent jouer et renforcer votre créativité ! Ou bien, juste, pour écouter ensemble de la musique ou ire à haute-voix… »

Mais il y a aussi la face sombre du confinement. Ainsi, la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa a également souligné le risque que le confinement pouvait faire courrir aux personnes victimes de violences conjugales (lire l’entretien avec Caucine Moreau ci-dessous à ce sujet). Le gouvernement propose diverses solutions et souligne notamment que le numéro d’écoute du 3919 reste actif, tout comme le site du CIDFF.

« Porter un condom n’y changera rien« 

Bref, au-delà de la santé publique, le confinement constitue également un problème de société qui ne sera pas vécu partout de la même façon. Alors comment passer de façon aussi brutale à une vie commune 24h/24h sans se « prendre en grippe » ? Quelques personnes nous ont raconté comment elles abordent cette expérience.

Proches donc, mais pas trop, souligne sur le site canadien TVA-Nouvelles le docteur François Marquis, chef des soins intensifs de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (Montréal) : « Porter un condom n’y changera rien pour la Covid-19. C’est la proximité avec sa ou son partenaire qui vous met à risque de contracter le virus. » souligne-t-il.

Ph. M.

L’entretien : « On peut envisager qu’il y ait une augmentation des séparations »

Le confinement a officiellement commencé et nombreux sont ceux qui appréhendent cette épreuve, inédite pour tous. Les couples pourraient être les premiers touchés par ces nouvelles restrictions. Les craintes de dispute, violence et séparation dues à un manque d’espace sont omniprésentes dans l’esprit de ceux qui se trouvent ainsi confrontés à une cohabitation permanente. Capucine Moreau, sexologue et fondatrice de l’École de Capucine, un lieu toulousain permettant de cultiver l’érotisme, a accepté de donner à Dis-Leur ! son avis sur la situation.

Quelles peuvent être les conséquences du confinement sur les couples ?

Capucine Moreau parle du couple face au Coronavirus. Photo D.-R.

Capucine MOREAU : Le confinement représente un risque d’explosion pour certains ménages. Tout dépendra des conditions de vie. Chaque couple qui a décidé de vivre ce confinement ensemble ou séparé, devra installer des rituels quotidiens. Je préconise qu’ils réservent un moment en solitaire, pour pouvoir respirer. Pour les couples avec enfants, il est primordial de prévoir un temps de repos où les conjoints pourront se retrouver. Évidemment, il ne faudra pas hésiter à communiquer. Pour les couples qui vont vivre l’épreuve séparés, je conseille une communication moins ordinaire. Partager des photos, des musiques ou se lire des textes érotiques au téléphone par exemple. Tous les couples vivront les prochaines semaines différemment, certains seront frustrés et d’autres renforceront leur esprit de créativité. »

La peur de donner ou recevoir le virus de son partenaire pourrait-elle limiter les contacts physiques ?

C.-M. : C’est très compliqué de rester éloigné de son compagnon surtout quand on partage le même lieu. Si les consignes de sécurité instaurées par le gouvernement sont respectées, il n’y aura pas de raison d’éviter son conjoint.

Le confinement en Chine a donné lieu à une statistique insolite : le taux de divorce a augmenté de façon spectaculaire. La France pourrait-elle connaître la même situation ?

Des risques de séparation irréversible… Photo D.-R.

C.-M. : On peut envisager qu’il y ait une augmentation des séparations. Le problème est qu’en cas de dispute, on ne pourra pas aller faire un tour pour respirer et se calmer. Je préconise donc à chacun des partenaires de travailler leur délicatesse. Ce qui sera primordial également, c’est la patience. Il ne faudra pas prendre de décisions hâtives donc éviter la rupture avant la fin du confinement.

Une seconde statistique insolite avec l’explosion de la vente de sextoys, qui a quasiment  doublé en France et dans les pays voisins. Cela vous étonne ?

C.-M. : Non, c’est logique. Cela va permettre aux couples séparés par le confinement et aux célibataires de découvrir leur corps.

Un baby boom, est-ce une retombée possible de cette période de confinement ?

C.-M. : Pour les couples qui vivent avec des enfants, il sera compliqué de trouver un moment d’intimité. Cependant pour les couples qui n’en ont pas, ils feront surement plus l’amour. Avec mes consultions, j’ai remarqué que certains n’avaient pas la tête à cela à cause de la pandémie. Même constat pour les couples où l’un des conjoints est soignant, ils ont peu d’énergie à attribuer à cela en ce moment. Tout ce que l’on peut espérer, c’est de ne pas voir des bébés naître car leurs parents auront eu peur ou n’auront pas eu assez d’énergie pour sortir acheter des moyens de contraception.

La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité Marlene Schiappa, alerte sur sur le risque de violences conjugales durant le confinement, Craignez vous un accroissement du nombre de féminicides ?

C.-M. : Je pense d’abord au couple violent. Homme, femme, enfant, malheureusement tout le monde va subir cette situation. Je ne sais pas si il y a des solutions actuellement. De plus, nous sommes dans un tel niveau d’anxiété que je ne vois pas ces femmes prendre la fuite. Le confinement peut faire augmenter l’agressivité et cela m’inquiète…

Propos recueillis par Arthur DIAS

Le couple ne doit pas s’arrêter de vivre… Photo D.-R.

Tranches de vie… confinées…

Si les couples sont fortement impactés par ce confinement, les célibataires doivent également faire face à cette situation inattendue. Sorties interdites, bars fermés et applications de rencontres perdant de leur intérêt, les célibataires sont destinés à le rester… du moins le temps du confinement.

Sur les applis, « ça tourne vite en rond« 

« Toutes les bios ne parlent que de ça ! » Marion, 23 ans, utilise Tinder fréquemment et son constat est sans appel. Le coronavirus a aussi envahi les applications de rencontre. « Les premiers messages d’approches sont essentiellement en rapport avec la situation actuelle. Le plus souvent ce sont des blagues vaseuses ou des mauvais jeux de mots. » commente-t-elle. Un sujet original mais qui peut vite se montrer redondant comme l’affirme l’amatrice d’applications de rencontres, « Mon dernier message reçu était une proposition à partir à l’autre bout du monde pour se confiner. Ça tourne vite en rond.. »

Cependant, le problème actuel des célibataires utilisant ce type d’applications ne se limite pas à quelques messages un peu lourds… Mais bien au principe des applications de rencontres qui ne sont plus d’une grande efficacité en ces temps de confinement. Bastien, 20 ans, également utilisateur d’applications de rencontre  avoue : « J’avais un rendez-vous de prévu mais à cause du confinement on a dû l’annuler… »

Pour certains, l’occasion de renforcer le couple… Photo D.-R.

Marion, elle, s’est finalement rendu à l’évidence, les semaines qui vont suivre ne seront pas les plus agréables pour les célibataires. « Toute cette situation rajoute une barrière aux rencontres. Autant pour ma sécurité que pour la leur, je ne prendrai pas le risque d’avoir un rendez-vous. » Courage, le confinement finira bien un jour !

Couples : se confiner ensemble… ou pas ?

À l’annonce du confinement, les couples récents ont du faire face à un choix :  passer le confinement ensemble ou séparés. Brice, responsable commercial et en couple depuis six mois, a choisi la première option. « On a envisagé de ne pas faire le confinement ensemble. Mais nous somme un jeune couple, cela peut nous être bénéfique. On est allé chez un membre de la famille de ma conjointe qui possède une maison et un jardin. Cela nous permet d’avoir plus d’espace et de pouvoir s’isoler. »

Le jeune homme ne manque pas de souligner certains « risques », mais il ne regrette pas ce choix : « C’est rare de passer autant de temps avec sa moitié, cela peut-être à double tranchant. Ça ne m’étonnerait pas que le confinement signe la fin de quelques relations. »

« On va être heureux de se retrouver, à la fin« 

Valentin, assistant de rédaction et en couple depuis plus d’un an a, lui, choisi de vivre ce confinement séparé. L’homme a subi les conséquences d’une telle décision avant même le commencement : « Ma campagne voulait que je la rejoigne. J’ai refusé pour éviter tout risque de propagation. Elle l’a mal pris et cela a engendré une dispute. Je pense quand même avoir pris la bonne décision ! »

L’assistant de rédaction préfère se concentrer sur le dénouement de la situation. « C’est une étape à passer. Je ne pense pas que cela nous sera fatal. On va être heureux de se retrouver à la fin et on ne sera pas les seuls. Tout le monde va se précipiter dans les bars et autres lieu de vie, il y aura surement un pic de natalité d’ici quelques mois », augure-t-il en souriant…

Arthur DIAS