Cinq ans après #Metoo : Une étude inédite sur les violences intrafamiliales

Cinq ans après l’affaire Weinstein et la libération de la parole, en 2021, au sein de la population âgée de 18 à 74 ans, plus d’une femme sur quatre et d’un homme sur cinq déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences psychologiques par partenaire et 12,4 % des hommes et des femmes ont été des victimes directes, avant leurs 15 ans, de la violence de leurs parents.

Violences subies pendant l’enfance ; violences commises au sein du couple “par partenaire” et les violences commises par des “non partenaires” : cette enquête est inédite en France. Pour la toute première fois, on dispose d’une enquête statistique, baptisée Genese, et conduite par Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) du ministère de l’Intérieur. Ce panorama inédit sur les violences, lancé en 2021 auprès d’un très large échantillon de femmes et d’hommes habitant en France métropolitaine, a été financé dans le cadre d’un appel à projets européen de 2019.

Retracer l’historique des violences intrafamiliales

Fait remarquable, au-delà de la statistique, l’enquête explore systématiquement le vécu des victimes sur vie entière selon une approche genrée, afin de caractériser finement les violences subies (psychologiques, physiques ou sexuelles) et de fournir certains éléments sur les caractéristiques des victimes et des auteurs. Enfin, elle offre également des premiers éclairages sur les comportements à caractère sexiste ou sexuel au travail. Il s’agit d’une panorama des violences qui s’appuie sur une questionnaire rétrospectif, permettant donc de retracer l’historique des violences intrafamiliales.

Vue d’ensemble des violences en France

Cinq ans après l’onde de choc produite par l’affaire Harvey Weinstein en octobre 2017 et la vague #MeToo qui a suivi, dans un contexte de libération de la parole et de mobilisation accrue des pouvoirs publics (grandes causes nationales autour des violences faites aux femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes, Grenelle des violences conjugales, …), cette publication offre une vue d’ensemble sur les violences en France métropolitaine et ouvre la voie à de multiples travaux plus approfondis.

En 2021, plus d’une femme sur cinq et près d’un homme sur six, de 18 à 74 ans, déclarent avoir subi une violence intra-familiale avant 15 ans”

Les femmes sont davantage soumises aux atteintes de toutes sortes. Cette enquête inédite est surtout cruciale pour la compréhension des violences durant l’enfance au sein de la famille. Il en ressort que 12,4 % des hommes et des femmes ont été des victimes directes, avant leurs 15 ans, de la violence de leurs parents. Dans une quasi-parité.

En 2021, plus d’une femme sur cinq et près d’un homme sur six, âgés de 18 à 74 ans, ont déclaré avoir subi une violence intra-familiale avant l’âge de 15 ans (psychologique, physique ou sexuelle). Les femmes sont surexposées à ces violences commises au sein de la sphère familiale et en particulier aux violences sexuelles (6 % contre 2 % pour les hommes). Ces violences commencent très souvent à de jeunes âges, avant l’adolescence, et se caractérisent par leur durée et leur répétition. Le père est plus souvent mentionné que la mère en cas de violences physiques ou psychologiques parentales. Un autre membre de la famille (grand-parent, oncle, tante, cousin, cousine, neveu, nièce, etc.) est plus souvent cité concernant les violences sexuelles.

10 % des femmes ont subi des violences hors famille

Ce n’est pas tout. Près d’une femme sur dix et près d’un homme sur vingt-cinq dit avoir subi une violence (psychologique ou sexuelle) dans l’enfance commise en dehors de la famille. Comme pour les violences intrafamiliales, les femmes sont plus exposées que les hommes, en particulier concernant les violences sexuelles (5 % contre 2 %). Contrairement aux faits survenus dans la sphère familiale, ces violences s’exercent autant, voire plus souvent pour le harcèlement, à la pré-adolescence (après 10 ou 12 ans) que plus tôt dans l’enfance. “Les violences sexuelles rapportées sont le plus souvent des faits uniques. Ces faits survenus en dehors de la sphère familiale sont le plus fréquemment commis par une personne connue de la victime.”

Les filles pourraient être plus présentes que les garçons pendant les violences…”

L’étude pointe aussi sur le “climat de violence entre parents” que l’on parle d’humiliations ou de coups. Eh bien, la perception des sondés est différente en fonction de leur sexe : 9,8 % des hommes en font état contre 14,9 % des femmes. Les auteurs de cette enquête SSMSI évoque un paramètre : “Les filles pourraient être plus présentes que les garçons pendant les violences.” Pour quelles raison…? Il y a aussi, possiblement, “des différences de perception et une libération de la parole plus grande chez les femmes que chez les hommes”.

Dans tous les cas, c’est le père qui est le plus souvent désigné comme l’auteur des violences physiques avant 15 ans (44 %) mais la mère, quand elle est mise en cause l’est tout autant que le père pour des “humiliations répétées”. Quant aux violences sexuelles intrafamiliales, près d’un tiers des sondés évoquent oncle, cousin ou grand-parent. Ce sont là aussi en quasi-totalité les hommes (95 %) désignés auteurs présumés avec des femmes surreprésentées parmi les victimes.

Une femme sur six victime depuis ses 15 ans

Violences par partenaire. En 2021, au sein de la population âgée de 18 à 74 ans, plus d’une femme sur quatre et d’un homme sur cinq déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences psychologiques par partenaire. Dans ce cas-là, les violences physiques ou sexuelles par partenaire sont plus rares mais les écarts entre hommes et femmes plus importants : en 2021, une femme sur six déclare en avoir été victime au moins une fois depuis l’âge de 15 ans contre un homme sur dix-huit.

Qu’il s’agisse de violences psychologiques  – contrôle, dénigrement ou intimidations – ou de violences physiques ou sexuelles – coups, bousculades, étranglements, viols, tentatives de viol – , l’analyse fine du vécu des victimes montre que les femmes cumulent une plus grande diversité de situations violentes, rapportent plus fréquemment les types de violences potentiellement les plus graves et subissent des faits sur des durées et à des fréquences plus élevées que les hommes.

Une minorité se tournent vers les services sociaux

Et d’analyser : “Une minorité de victimes de violences physiques ou sexuelles par partenaire déclarent s’être tournées vers des services médico-sociaux (27 % des femmes victimes et 10 % des hommes victimes), associatifs (14 % et 7 %) ou les services de sécurité (25 % et 9 %) pour parler des faits subis. Les jeunes femmes sont fortement surreprésentées parmi les victimes de violences par partenaire au cours des cinq dernières années. En contrôlant l’effet de l’âge, les caractéristiques sociodémographiques des femmes victimes de violences par partenaire sont relativement proches de celles de l’ensemble de la population.”

Violences physiques par non-partenaire : les hommes victimes rapportent deux fois plus souvent que les femmes en avoir subi au moins une fois

Violences par non-partenaires. En 2021, 20 % des hommes et 15 % des femmes âgés de 18 à 74 ans déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences physiques commises par une personne hors partenaire actuel ou ex-partenaire (non-partenaire). Les violences sexuelles par non-partenaire sont beaucoup plus rares pour les hommes (3 %) que pour les femmes (17 %).

Image d’illustration… Photo D.-R.

“En matière de violences physiques par non-partenaire, les hommes victimes rapportent deux fois plus souvent que les femmes avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des coups (66 % contre 30 %) ou des violences avec arme ou sous la menace d’une arme (33 % contre 17 %). Les attouchements sexuels sont prépondérants parmi les violences sexuelles par non-partenaire subies depuis l’âge de 15 ans, néanmoins les viols ou tentatives de viol sont décrits par deux victimes sur cinq, dans des proportions équivalentes chez les femmes et les hommes.”

Étudiants : un quart des victimes de violences physiques

Beaucoup de jeunes étudiants habitant les grandes agglomérations parmi les victimes de violences par non-partenaire au cours des cinq dernières années. Qu’il s’agisse de violences physiques ou sexuelles, les jeunes sont particulièrement sur- représentés parmi les victimes de violences par non-partenaire subies au cours des cinq dernières années. En 2021, 52 % des hommes victimes et 54 % des femmes victimes de violences physiques par non-partenaire au cours des 5 dernières années sont âgés de 18 à 29 ans alors que les 18-29 ans représentent moins de 20 % de l’ensemble de la population des 18-74 ans.” La part des 18-29 ans atteint même 65 % parmi les femmes victimes de violences sexuelles par non-partenaire. Les étudiants représentent un quart des victimes de violences physiques par non-partenaire et un tiers des femmes victimes de violences sexuelles par non-partenaire contre 6 % en moyenne dans la population des 18-74 ans, soit des proportions 4 à 5 fois plus élevées.

Les habitants des grandes agglomérations plus touchés

Par ailleurs, les habitants des grandes agglomérations sont également fortement sur-représentés : 63 % des hommes et 69 % des femmes victimes de violences physiques par non-partenaire vivent dans une agglomération d’au moins 100 000 habitants contre la moitié de la population environ. Enfin, les descendantes d’immigrés sont également surreprésentées parmi les victimes de violences par non-partenaire au cours des cinq dernières années : 21 % des femmes victimes de violences physiques et 15 % des femmes victimes de violences sexuelles contre 12 % de l’ensemble des femmes âgées de 18 à 74 ans.

Les comportements sexistes ou sexuels au travail concernent trois fois plus de femmes que d’hommes au cours de leur vie professionnelle”

Les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, témoigne une policière de Montpellier ; “Même si on les croit, on ne sait pas comment les aider, ces femmes” Photo D.-R.

Comportements à caractère sexiste ou sexuel au travail. Les comportements sexistes ou sexuels au travail concernent trois fois plus de femmes que d’hommes au cours de leur vie professionnelle”, conclut l’étude. En 2021, 26,7 % des personnes âgées de 18 à 74 ans et 28,4 % des personnes de 18 à 74 ans ayant déjà exercé un emploi disent avoir été confrontées au cours de leur vie professionnelle à “au moins l’une des dix situations ou comportements indésirables à connotation sexiste ou sexuelle mesurés dans l’enquête. Parmi les personnes de 18 à 74 ans en emploi, 9,4 % déclarent en avoir été victimes dans le cadre de leur travail actuel”. Ces situations concernent trois fois plus de femmes que d’hommes. En 2021, plus de deux femmes sur cinq (41,1 % des 18-74 ans ayant exercé un emploi) déclarent avoir vécu l’une de ces situations ou comportements au cours de sa vie professionnelle contre un homme sur 7 (14,9 %).

L’étude affirme encore que “les salariés du privé, les femmes cadres, les hommes employés et les jeunes sont surreprésentés parmi les victimes de comportements sexistes ou sexuels au travail : 75 % des hommes victimes et 68 % des femmes victimes se déclarent salariés du privé contre 70 % des hommes et 62 % des femmes âgé(e)s de 18 à 74 ans actuellement en emploi”.

Les personnes en CDD, intérim, en contrat d’alternance, stage ou dans un autre type de contrat représentent une part plus élevée

Parmi les femmes victimes de comportements sexistes ou sexuels subis au travail, les femmes cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure représentent une proportion un peu plus importante que parmi l’ensemble des femmes de 18 à 74 ans en emploi (17 % contre 14 % des femmes en emploi). Chez les hommes victimes, ce sont ceux employés qui sont surreprésentés (23 % contre 15 % des hommes en emploi).

Enfin, les personnes en CDD, intérim, en contrat d’alternance, stage ou dans un autre type de contrat représentent une part plus élevée parmi les victimes, hommes et femmes, relativement à l’ensemble des personnes de 18 à 74 ans en emploi (respectivement 30 % des hommes victimes et 31 % des femmes victimes contre 13 % des 18-74 ans en emploi). “Ce résultat masque cependant un fort effet d’âge : toutes choses égales par ailleurs en contrôlant des caractéristiques présentées sur l’emploi, du sexe, de l’âge en classes, du lien à la migration et du plus haut niveau d’études, les plus jeunes, âgés de 18 à 29 ans, ont une probabilité plus élevée d’être victime de comportements sexistes ou sexuels au travail. Ainsi, près de la moitié des hommes victimes (46 %) et plus de deux femmes victimes sur cinq (42 %) ont entre 18 et 29 ans. Ce constat pourrait alors s’interpréter par une attitude moins respectueuse des collègues ou supérieurs envers des salariés en début de carrière professionnelle.”

Olivier SCHLAMA

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